L’avent, temps de gestation

 

1. Introduction : l’avent, attente de notre naissance

·      L’avent, temps de gestation, temps d’attente, de la naissance du Christ, mais aussi de notre propre naissance. Selon le Cardinal de Lubac, « chaque fois qu’un homme devient chrétien, c’est de nouveau le Christ qui naît. » (Méditation sur l’Église, Cerf, 2003, p. 285) Un texte de Yves de Chartres va dans le même sens : « La nativité par laquelle le Christ est né dans le temps n’est pas différente de la nativité par laquelle le chrétien naît spirituellement. » (Sermo 8)

·      Toute notre vie est un cheminement, une naissance à notre identité véritable. Chaque jour, nous découvrons un peu plus qui nous sommes, nous devenons un peu plus ce que nous sommes appelés à être ("Deviens ce que tu es"). Et chaque jour, nous perdons un peu de ce que nous ne sommes pas, ou ce que nous sommes plus. Nous perdons l'enfant, l'adolescent que nous avons été. Nous perdons une identité qui est celle d’un autre âge, qui est pour nous trop étroite.

·      Histoire de l’œuvre d’art de Peter Kreeft : « Il n’appartient pas à tous de créer une œuvre d’art extérieure, comme une peinture ou un livre, mais tout le monde crée une œuvre d’art intérieure, sa vie, l’histoire vraie de sa vie (qui est une Histoire Sainte). Tout le monde crée aussi  un personnage : soi-même. Dieu se contente de nous donner le matériel de la vie. A nous de donner une forme, au moyen de nos choix. La première œuvre de créativité d’une personne est de devenir soi-même. Nous peignons sans cesse notre autoportrait éternel. Chaque choix est un coup de pinceau. Nous sculptons notre propre ressemblance. Chaque action est un coup de ciseau » (Pourquoi Dieu nous fait-il souffrir ?)

2. La Nouvelle naissance dans les rites d’initiation

·        Pratiquement toutes les religions et toutes les cultures ont eu, ont ce que l’on appelle des rites d’initiation. Ces rites signifient la mort à un état de vie ainsi que la naissance à un nouvel état de vie meilleur.

·        Selon M. Eliade, un philosophe des religions, « tous ces rituels et symbolismes du "passage" expriment une conception spécifique de l'existence humaine : une fois né, l'homme n'est pas encore achevé; il doit naître une deuxième fois, spirituellement; il devient homme complet en passant d'un état imparfait, embryonnaire, à l'état parfait d'adulte. En un mot, on peut dire que l'existence humaine arrive à la plénitude par une série de rites de passage, en somme d'initiations successives ». (Le sacré et le profane, Paris, 1965, p. 153.)

·        Le philosophe J.-F. Malherbe décrit l'existence humaine comme un accouchement de soi-même: «La vie humaine n'est-elle pas comme une grossesse? Quelque chose (quelqu'un?) vit en nous, grandit, nous bouscule, force notre étonnement [...]. Quelque chose qui, pour apparaître au grand jour, nous contracte, nous fait souffrir [...]. La souffrance de notre vie peut nous aveugler au point que nous refusons de voir ce qui tente de naître en nous». [1]

·     On peut dire que l'existence humaine, est une suc­cession de naissances à quelque chose de nouveau. Les douleurs que nous éprouvons bien souvent dans notre vie sont les douleurs de l’enfantement. Elles sont les signes que quelque chose est en train de se passer ; signes que quelque chose, quelqu’un est en train de naître en nous.

3. La nouvelle naissance dans le NT

A. Les douleurs de l’enfantement

·       Selon St Paul, toute la création, et nous avec, est dans les douleurs d’un long enfantement. Rm 8, 28 : « Nous le savons, jusqu’à ce jour, toute la création gémit dans les douleurs de l’enfantement. Et non pas elle-seule : nous-mêmes qui possédons les prémices de l’Esprit, nous gémissons aussi intérieurement dans l’attente de la rédemption de notre corps. » Cette parole s’applique à toute la création. Donc, toutes les souffrances que nous vivons, avec toute la création, sont celles d’un long enfantement.

·       « La descendance de la femme c’est d’abord le messie, le premier-né ; par rapport à lui, les croyants sont le reste de sa descendance. Ainsi Paul appelle-t-il le Christ : premier-né d’une multitude de frères (Rm 8, 29) » (TOB 799 note v)

·       Jésus disait juste avant sa Pâque, qu’il présente comme un enfantement : Jn 16, 21 : « La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. » Les douleurs de l’enfantement sont une « image biblique traditionnelle pour signifier le douloureux avènement du monde nouveau, Messianique. » (Bible de Jérusalem, p. 1556, note i)  Et notre nouvelle naissance se fera aussi à travers les douleurs de l’enfantement : dans le domaine spirituel, il n’y a pas d’accouchement sans douleurs. On ne peut enfanter une nouvelle manière d’être sans un certain arrachement par rapport à une ancienne manière.

B. Dépouiller le veil homme pour revêtir l’homme nouveau

·       St Paul, dans la lettre aux Colossiens, exprime cette transformation avec l’image du dépouillement du vieil homme pour revêtir l’homme nouveau : « Vous vous êtes dépouillés du vieil homme avec ses agissements, et avez revêtu l’homme nouveau, celui qui s’achemine vers la vraie connaissance, en se renouvelant à l’image de son Créateur. » (Col 3, 9-10) La suite décrit quelle est cette nouvelle manière d’être : « Vous donc, les élus de Dieu, ses saints et ses bien-aimés, revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement, si l’un a contre l’autre quelque sujet de plainte ; le Seigneur vous a pardonné, faites de même à votre tour. Et puis, par dessus tout, la charité, en laquelle se noue la perfection. Avec cela, que la paix du Christ règne dans vos cœurs : tel est bien le terme de l’appel qui vous a rassemblés en un seul corps. » (Col 3, 12-15)

·       St Paul décrivait son ministère aux chrétiens de Galates comme une fonction maternelle, un peu comme le rôle d’une sage-femme : « Mes petits enfants, vous que j’enfante à nouveau dans la douleur, jusqu’à le Christ soit formé en vous. » (Ga 4, 19)

C. Naître à la vie d’enfant de Dieu

·      La notion de vie nouvelle, ou nouvelle naissance, est fondamentale dans le Christianisme, elle se retrouve tout au long du NT. Jésus disait à Nicodème : « En vérité, en vérité je te le dis, à moins de naître à nouveau, nul ne peut voir le Royaume de Dieu » (Jn 3, 3).

·      Être chrétien, c’est naître à une vie nouvelle, à la vie d’enfant de Dieu. C’est le cœur de la révélation chrétienne. Et  cette vie nouvelle, c’est la participation à la nature divine, à la vie divine. Une image qui se retrouve souvent chez Pères de l’Église : Nous participons à la nature de Dieu comme le fer rouge participe à la nature du feu tout en restant du fer.

2 Co 5, 17 : « Si quelqu’un est dans le Christ, il est une création (créature) nouvelle. »

D. Quiconque aime est né de Dieu

·      Cette vie divine est intimement liée à ce que le NT appelle l’agapè, l’amour de Dieu même. C’est la réalisation de la promesse faite en Ez 36, 26-27 : « Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau, j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et je vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit. »

·      La première lettre de St Jean fait plusieurs fois référence à cette nouvelle naissance, en lien avec l’amour, la justice, avec le refus du péché. 1 Jn 4, 7 : « Quiconque aime est né de Dieu. » 1 Jn 2, 29 : « Quiconque pratique la justice est né de Dieu. » 1 Jn 5, 18 : « Nous savons que quiconque est né de Dieu ne pèche point. » Déjà le prologue de Jn faisait référence à cette nouvelle naissance : « A ceux qui l’ont accueilli, à ceux qui croient en son nom, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu. Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu. » (Jn 1, 12-13 ; Traduction TOB)

E. Une naissance progressive

·        Cette nouvelle naissance est commencée lors de notre baptême, mais sous forme de semence. Celle-ci est appelée à être mise en terre, mourir, germer et à croître tout au long de notre vie. Il y a des étapes dans notre naissance, comme lors d’un accouchement : d’abord la tête, puis le tronc, les jambes et enfin les pieds. Cet engendrement se fait grâce à la collaboration de notre liberté. Toute la vie du chrétien est une naissance progressive à la vie de Dieu. Elle ne sera pleinement achevée qu’au jour de notre résurrection corporelle, au jour de la parousie. Ph 3, 21 : « Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux, d’où nous attendons ardemment comme sauveur le Seigneur Jésus-Christ, lui qui transfigurera notre corps de misère pour le conformer à son corps de gloire. » La résurrection corporelle sera comme la coupure du cordon ombilical.

·        Un passage de la lettre aux Romains exprime bien le déjà et le pas encore de cette naissance : « Baptisés dans le Christ, c’est dans la mort que vous avez été baptisés. Nous avons donc été ensevelis avec lui dans le baptême dans la mort, afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle. Car si c’est un même être (en croissance) avec le Christ que nous sommes devenus par une mort semblable à la sienne, nous le serons aussi par une résurrection semblable. Comprenons-le : notre vieil homme a été crucifié avec lui, pour que fut réduit à l’impuissance ce corps de péché, afin que nous cessions d’être asservis au péché. » (Rm 6, 3-7)

F. La Jérusalem nouvelle, L’Église, le sein maternel de cet enfantement

·       Le lieu de cet engendrement est l’Église, qui est comme le sein maternel. Pour bien comprendre cela, il faut avoir en arrière fond l’image du Corps mystique du Christ. Col 2, 19 : « En ce moment, je trouve ma joie dans les souffrances que j’endure pour vous, et je complète ce qui manque aux épreuves du Christ en ma chair, pour son Corps, qui est l’Eglise. » L’Église est le Corps du Christ, Corps dont le Christ lui-même est la tête. De ce Corps, la tête, le Christ, est déjà née. Le reste de ce Corps, l’ensemble des fidèles, doit encore naître.

·       Un texte fondamental pour comprendre la théologie du Corps du Christ, Ep 4, 15-16 : « Vivant selon la vérité et dans la charité, nous croîtrons en tout jusqu’à celui qui est la Tête, le Christ, dont le Corps tout entier reçoit cohésion et étroite unité par toutes sortes de jointures qui le nourrissent et l’actionnent, et par l’activité assignée à chaque partie, opérant ainsi sa propre croissance pour se construire lui-même, dans l’amour. »

Dans ce Corps, « nous devons parvenir, tous ensemble à ne faire plus qu’un dans la foi et la connaissance du Fils de Dieu, et à constituer cet Homme parfait, dans la force de l’âge, qui réalise la plénitude du Christ. » (Ep 4, 13)

Croître jusqu’à ce que nous puissions dire avec St Paul, « je vis, mais ce n’est plus moi qui vit, mais le Christ qui vit en moi, » (Ga 2, 20), en ayant entre nous « les mêmes sentiments qui sont dans le Christ Jésus. » (Ph 2, 5)

·       Cette naissance est à la fois une œuvre individuelle, mais aussi une œuvre collective. Père Placide : « Une œuvre de rassemblement, de réunion dans le Christ pour construire ce temple nouveau, pour édifier, faire naître ce Christ total. » (L’Église, un lieu pour renaître) Ce Christ total dont parle St Augustin, avec son corps personnel, ressuscité, auquel sont reliés tous les croyants (Cf. Homélie 1ère Épître de Jean, 1, 2) Selon St Augustin, c’est par la charité que le Christ demeure uni à son Corps qu’est l’Église. André Brombard : « La charité qui, dans le christ total, unit la tête aux membres, assure aussi la cohésion entre les différents membres. (…) C’est donc par la charité fraternelle que l’homme peut être agrégé au Corps du Christ, le Fils de Dieu. » (Le Christ total, in Internet ChristTotal.html)

G. Patience : Il faut du temps pour une naissance

·       Il y a un caractère progressif dans cette naissance, dans cette croissance. Comme dans l’avent, comme pour une gestation, il faut du temps pour que vienne la naissance, il faut de la patience. La patience est d’ailleurs une qualité fondamentale de l’avent. Jc 5, 7 : « Soyez donc patients, frères, jusqu’à l’Avènement du Seigneur. Voyez le laboureur : il attend patiemment le précieux fruit de la terre jusqu’aux pluies de la première et de l’arrière-saison. Soyez patients vous aussi ; affermissez vos cœurs, car l’Avènement du Seigneur est proche. » Patience donc jusqu’à ce que l’Avènement, la naissance du Christ en nos cœurs soit pleinement réalisée.

4. Nous naissons à nous-mêmes par nos choix libres

·      Selon Grégoire de Nysse, un Père de l’Église, nous sommes nos propres parents, nous nous enfantons nous-même en posant des actes libres : « Tous les êtres soumis au devenir ne demeurent jamais identiques à eux-mêmes. Ils passent sans cesse d’un état à l’autre et naissent continuellement. (…) Mais ici la naissance ne vient pas d’une intervention étrangère : elle est le résultat d’un choix libre. Nous sommes ainsi, en un sens, nos propres parents, nous créant nous-mêmes tels que nous voulons être, et, par notre volonté, nous nous façonnons selon le modèle qui nous a attirés. » (Vie de Moïse, II, 2-3[MM1] )

5. Le Dieu matriciel, Dieu utérin, Dieu qui fait naître

·      La Révélation vétéro-testamentaire définit Dieu comme le Dieu de miséricorde  (rahamîm), littéralement le Dieu aux entrailles maternelles ; le Dieu matriciel comme le dit Chouraqui ; ou, selon la formule audacieuse de Maria Terasa Porcile Santiso, « le Dieu utérin »  (La femme et la vie : idéal, réalité et action, Uruguay 1991). Dit encore autrement, le Dieu qui donne la vie, le Dieu qui fait naître. Dieu n’a pas d’autre désir que de nous enfanter à la vie, à sa propre vie.

·      La Bible parle beaucoup de connaissance de Dieu. Il faut prendre connaissance dans le sens fort, dans le sens qu’avait perçu Maurice Claudel, c'est à dire le sens de co-naissance. La vraie connaissance de Dieu nous fait naître avec, naître à la vie de Dieu, naître à nous-mêmes, à ce que nous sommes appelés à  être. 

Faire con-naître Dieu, c’est faire naître quelque chose de Dieu dans le cœur de l’homme.

6. La symbolique de la gestation chez Zundel

A. L’univers, placenta de notre condition mortelle

Dans la pensée de Maurice Zundel, notre vie comporte deux dimensions, auxquelles correspondent deux sortes de morts :

·        La vie a une dimension physiologique ; à cette vie biologique correspond la mort physique. L'univers physique est comme le placenta de notre condition corporelle: c'est lui qui nous permet de vivre en nous procurant l'oxygène, l'eau, la nourriture, le soleil, etc. Le corps est pour ainsi dire le cordon ombilical qui nous relie à cet univers physique. La mort n'est que la rupture de ce cordon et la naissance dans la Cité céleste.

·        L’être humain comporte aussi une dimension spirituelle, et cette dimension spirituelle n'est pas atteinte par la mort physiologique. Si nous sommes vivants spirituellement, la mort biologique n'est alors que la rupture du cordon ombilical qui nous relie à l'univers physique. Cette mort, mettant un terme à la gestation qu'est l'existence terrestre, constitue comme une naissance à la vie définitive, un passage du monde visible au monde invisible faisant continuer sous une forme transfigurée la vie déjà commencée ici-bas. 

B. Jésus, l’accoucheur de notre vraie humanité

·        L’idée de nouvelle naissance était chère à Zundel : L’Homme existe depuis son entrée en ce monde, mais il doit ensuite naître à lui-même, naître à ce qu’il est appelé à devenir, naître à la vie éternelle, et cela peut être un accouchement de toute une vie. Jésus est en chacun l’accoucheur de notre vraie humanité.  Il nous fait naître d’en haut, naître à la vie éternelle, la vie d’enfant de Dieu, ou la vie selon l’Esprit. Jésus, image du Dieu invisible, et en même temps modèle de l’homme parfait, peut nous permettre de devenir réellement à l’image et à la ressemblance de Dieu. Mais cette naissance à notre vraie identité se fait à travers un chemin pascal qui peut être douloureux : il n’y a pas d’accouchement, pas d’enfantement sans douleurs, du moins pas au plan spirituel.

7. Apocalypse 12 : la femme dans les douleurs de l’enfantement

·       Un texte majeur dans le NT sur les douleurs de l’enfantement. Ap. 12, 1-6 : « Un signe grandiose apparut au ciel : une Femme ! Le soleil l’enveloppe, la lune est sous ses pieds et douze étoiles couronnent sa tête ; elle est enceinte et crie dans les douleurs de l’enfantement. Puis un second signe apparut au ciel : un énorme dragon rouge feu, à sept têtes et dix cornes, chaque tête surmonté d’un diadème. Sa queue balaie le tiers des étoiles du ciel et les précipite sur la terre. En arrêt devant la femme en travail, le dragon s’apprête à dévorer son enfant aussitôt né. Or, la femme mit au monde un enfant mâle, celui qui doit mener toutes les nations avec un sceptre de fer ; et son enfant fut enlevé auprès de Dieu et de son trône, tandis que la femme s’enfuyait au désert, où Dieu lui a ménagé un refuge pour qu’elle a soit nourrie mille deux cent soixante jours. » (Ap 12, 1-6)

·       La tradition catholique a vu dans cette Femme Marie, en tant que figure de l’Église.  Mais aussi, « cette femme désigne Sion (cf. Es 54 ; 60 ; Os 2, 21-25) c'est à dire le peuple de Dieu, qui engendre le messie et les croyants. » (TOB 797 note i) La descendance de la Femme, c’est d’abord le Christ, le Messie ; mais aussi l’ensemble du Peuple de Dieu, comme le dit St Paul : « Ceux qu’il a d’avance discernés, il les a aussi destinés à reproduire l’image de son Fils, afin qu’il soit l’aîné d’une multitude de frères. » (Rm 8, 29)

·       Ce passage d’Ap 12 exprime le chemin que les chrétiens sont appelés à vivre. Nous sommes appelés à enfanter le Christ en nous, à  reproduire en nous l’image du Fils Dieu. Un enfantement qui ne se fait pas sans douleurs. Et puis, aussitôt né, le dragon, Satan, s’apprête à dévorer l’enfant dès sa naissance. Nous sommes appelés, comme la femme, à nous enfuir au désert, où Dieu nous a préparé une place, à l’abri du dragon.

8. En Marie qui attend

·        Comment Marie a vécu l'attente de la venue de son fils? Marie ne voit pas encore celui qu'elle porte en elle depuis plusieurs mois. Mais pour elle, attendre c'est se laisser habiter par celui qui est déjà là. De même, pour nous, attendre, c'est rejoindre celui qui est déjà là et qui nous attend.

·        Les Pères de l’Église disaient que Marie a conçu Jésus dans son cœur, dans la foi, avant de le concevoir dans sa chair. Au cours des mois de gestation, alors que Jésus se développe corporellement en elle, c'est aussi et surtout dans son cœur qu'il grandit. Elle lui laisse prendre de plus en plus de place en elle. Tous les battements de son cœur, toutes ses respirations sont pour lui; c'est la seule condition pour qu'il grandisse en elle, et pour qu'un jour il puisse naître.

·        Pendant ces neuf mois, Jésus reçoit tout de Marie, au plan biologique. Et pourtant, au plan spirituel, Marie reçoit tout de celui qui est le Verbe de Dieu et qui vit en elle. Telle est l'attente de Marie. Telle est aussi pour nous la manière d'attendre Jésus. Car si c'est seulement de Marie qu'il a voulu naître dans la chair, c'est en chacun de nous qu'il veut naître spirituellement.

 

                                                                                                              Michel Maret, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges

 



[1] "Souffrances humaines et absence de Dieu", in G. Durand, J.-F. Malherbe, Vivre avec la souffrance, p. 109.


 [MM1] Cité in Bruguès, Précis II 2, p. 137)