Isaïe 26, 12-19 : les douleurs de l’enfantement

 

12.     Seigneur, TU nous assures la paix,

puisque toutes nos œuvres, TU les accomplis pour nous.

13.     Seigneur notre Dieu, d’autres maîtres que toi ont dominé sur nous,

      mais attachés à toi seul, nous invoquons ton nom.

14.     Leurs  morts ne revivront pas, leurs  ombres ne se relèveront pas,

         car TU les as visités, exterminés, TU as détruit jusqu’à leur souvenir.

15.     TU as fait de nous une nation, Seigneur,

         TU as fait de nous une nation et TU as été glorifié.

         TU as fait reculer les limites du pays.

16.     Seigneur, dans la détresse nous t’avons cherché,

         nous nous sommes répandus en prière quand tu nous châtiais.

17.     Comme la femme enceinte à l’heure de l’enfantement

souffre et crie dans ses douleurs,

         ainsi étions-nous devant ta face, Seigneur.

18.     Nous avons conçu, nous avons souffert,

mais c’était pour enfanter du vent :

         nous n’avons pas donné de salut à la terre,

il n’est pas né d’habitant au monde.

19.     Tes morts revivront, tes cadavres ressusciteront.

         Réveillez-vous et criez de joie, vous qui habitez la poussière,

         car ta rosée est une rosée lumineuse,

         et la terre redonnera vie aux ombres.

 

 

1. Contexte

·       On divise usuellement le livre d’Isaïe en trois parties :

- 1-39 :        avant l’exil à Babylone ;

- 40-55 :       pendant l’exil ;

- 56-66 :       après l’exil

·       Mais il y a pas mal de morcellements dans le livre d'Isaïe, il y a des morceaux du 3ème insérés dans le 1er… Il y a ce que l’on appelle la Grande apocalypse d’Isaïe, ch. 24-27, et qu’il faut dater aussi après l’exil à Babylone. Cette apocalypse décrit la destruction d’une cité, qui est probablement Babylone, détruite en 483 par Xerxès 1er.

·       Notre passage fait partie d’un grand poème d’action de grâces, le ch. 26. Le contexte est celui d’un petit reste d’un peuple qui a vécu 49 ans d’exil, dans un pays dévasté par les Babyloniens.

·       Israël a retrouvé son pays, des ruines, quelques restes du temple, entre autres son autel, et a commencé sa restauration. Jérusalem attend encore une population plus grande, et une meilleure tranquillité. Ce n’est pas encore l’allégresse et la prospérité du retour de l’exil telle qu’elle était attendue. On retrouve des ruines, et la pauvreté règne encore.

2. Structure

I.              Dieu qui nous donne la paix, en venant accomplir lui-même nos œuvres en nous.

II.            Nos maîtres ne vivront plus : nous ne sommes plus attachés qu’à Dieu seul.

Dieu a fait de nous une nation – extension

III.          Les douleurs d’un enfantement stérile

IV.          Tes morts revivront ; Réveillez- vous et criez de joie 

// I. et III : En III, nous n’enfantons que du vent ; en I. la paix est établie parce que c’est le Seigneur lui-même qui agit en nous

// II. Et IV. : expressions identiques dans les deux passages. En II., c’est leurs morts, ceux de nos maîtres, qui ne revivront pas. En IV., ce sont tes morts, ceux d’Israël, qui eux ressusciteront.

3. Commentaire

III . Les douleurs de l’enfantement

·       La 4ème partie fait mémoire d’un passé douloureux, qu’on peut relier à l’exil à Babylone. La non fécondité qui est exprimée signifie le faible repeuplement d’Israël après l’Exil : c’est bien un faible « petit reste » qui subsiste.

·       « Nous nous sommes répandus en prières quand tu nous châtiais. » TOB : « Les termes employés évoquent les murmures des incantations magiques, ce qui souligne une prière qui se veut efficace, mais n’en est que plus vaine. » (p. 804 note g)

// Mt 6, 5 : « Quand vous priez, ne rabâchez pas comme les païens : ils s’imaginent qu’en parlant beaucoup, ils se feront mieux écouter. »

Ceci explique la suite, la non fécondité des douleurs de l’enfantement : « Nous avons conçu, nous avons souffert, mais c’était pour enfanter du vent. »

·       Les douleurs de l’enfantement : BIBLE Osty : « L’image a servi au judaïsme pour exprimer la période de souffrance et de malheurs qui devait précéder la venue du Messie. » (p. 1577) Donc l’image a une connotation messianique.

·       Mais dans notre texte, l’image est négative : l’enfantement est stérile, les souffrances sont stériles. Comme quoi les souffrances ne sont pas automatiquement fécondes, rédemptrices. On peut avoir expérimenté dans sa vie des épreuves, des souffrances, apparemment stériles.

·       Mgr Matthieu avait donné une conférence où il distinguait faire des œuvres pour Dieu et faire l’œuvre de Dieu. A moment donné dans la vie spirituelle, on s’investit beaucoup pour le Seigneur, on démultiplie les démarches de piété, prières, apostolats,… Il y a pas mal de générosité dans tout cela, mais la personne est encore très centrée sur elle-même.

En psychologie, on parle d’actes sur-déterminés. La motivation consciente est très généreuse, très noble, mais les vrais motifs, inconscients, le sont beaucoup moins : désir de se valoriser, aux yeux des autres ou à ses propres yeux, besoin de reconnaissance, besoin de se comparer aux autres, se donner le sentiment d’être un bon chrétien, se situer à un bon niveau dans l’échelle spirituelle….

Toutes ces œuvres, c’est nous qui les accomplissons, pas vraiment le Seigneur en nous. Il en résulte qu’elles sont souvent peu fécondes, voire stériles. Nous nous dépensons beaucoup, souffrons beaucoup, mais n’enfantons que  du vent.

·       Ste Thérèse d’Avila exprime cela avec l’image du jardin et de l’arrosage : A un certain moment, dans la vie spirituelle, on dépense beaucoup d’énergie pour l’arrosage : on puise l’eau dans un puits, à la force du poignet, avec une efficacité et une fécondité assez maigre. Plus on avance dans la vie spirituelle, plus c’est le Seigneur qui fait lui-même le travail. A moment donné, c’est le Seigneur lui-même qui arrose en faisant pleuvoir, et la fécondité est alors tout autre.

C’est ce qui est  exprimé au v. 12 : « Toutes nos œuvres, c’est toi-même qui les accomplis pour nous. »

·       Quand je fais mémoire de mon chemin de vie, je me souviens d’une période où j’ai vécu des combats terribles, des épreuves très douloureuses. Avec du recul, je vois que ces souffrances étaient en grande partie causées par l’image de moi-même qui était atteinte, tout le masque que je m’étais péniblement construit au cours des années qui s’effritait. Autrement dit, j’étais moi-même en grande partie cause, de ma propre souffrance.

Un jour, l’Évangile de la Messe était celui-ci : Mt 11, 28-29 : « Venez à moi vous tous qui peinez et ployez sous le poids du fardeau, et moi je vous soulagerai. Prenez sur vous mon joug, et mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur. Oui, mon joug est aisé, et mon fardeau léger. » J’ai vu clairement ce jour-là que le fardeau lourd qui pesait sur mes épaules, c’était le mien.

Tout ce que nous faisons pour préserver notre estime de nous-mêmes boiteuse, tous les masques que nous portons, les attitudes que nous nous croyons obligés de prendre, l’image de nous-mêmes que nous croyons devoir laisser transparaître, les multiples carapaces que nous portons pour nous protéger ; tout cela mange bien 90 % de notre énergie. Néanmoins, toute cette carapace, nous ne pouvons l’abandonner tout simplement, parce que c’est elle qui nous fait tenir debout, qui nous permet d’affronter le monde. Nous avons réellement besoin d’une libération, comme les Israélites en exil  à Babylone.

Si l’on devient « doux et humble de cœur », le fardeau devient léger ; on a plus à défendre, avec une énorme dépense d’énergie, l’image de soi-même que l’on s’est fabriquée. Les douleurs de l’enfantement deviennent alors vraiment fécondes.

·       Nous n’avons pas donné de salut à la terre : Il y a parfois une manière d’exercer de multiples apostolats qui pourraient nous laisser croire qu’on est les sauveurs du monde. Cf. Analyse transactionnelle : les 3 types de personnalités : victime, persécuteur, sauveteur. La 3ème catégorie a plus facilement tendance à vouloir fonctionner comme sauveteur. Nous ne sommes pas les porteurs de salut, seul Dieu peut sauver ; et certains échecs dans nos tentatives de salut ont peut-être pour avantage de nous remettre à notre juste place, à nous rendre plus humbles.

I. Dieu donne la paix en accomplissant lui-même nos oeuvres

·        La paix, le shalom biblique, qui est un des grands thèmes d’Isaïe, est quelque chose d’extrêmement fort : le mot est formé à partir d’une racine signifiant être complet, être parfait, être intègre. La paix représente la conformité au dessein créateur. La paix, c’est l’état de l’homme qui vit en harmonie avec Dieu, avec son prochain, avec soi-même et avec toute la création.  Les relations elles-mêmes sont appelées à être shalom, c'est à dire conformes au dessein divin. C’est ce que le NT exprime par l’annonce de la venue du Royaume de Dieu. [1]

·        La principale chose que devait apporter le Messie, c’est la paix. La paix biblique, c’est la plénitude du salut. Cf. Isaïe 2, 9, 11, …. presque toutes les promesses messianiques.

·        Joan Chittister : « La paix  vient quand nous mettons un terme à la guerre qui se déroule en nous. Mais la guerre qui nous dévore intérieurement est toujours un prélude à la guerre que nous allons porter à l’extérieur. Toute guerre commence à l’intérieur de nos cœurs » La paix commence en nous-mêmes, dans notre cœur.

·        Patriarche Athénagoras : Texte Se désarmer. La paix peut advenir lorsque je me désarme. Lorsque je n’ai plus peur. Lorsque je n’ai plus rien à défendre. Lorsque nous avons peur, nous cherchons à nous défendre, et nous sortons toujours des armes plus ou moins agressives. 

·        La paix est ici mise en lien avec le fait que Dieu accomplit lui-même ses œuvres en nous. Et je crois qu’il y a un lien très fort entre les deux. Les œuvres que l’on fait (soi-disant) pour Dieu, mais que l’on fait en réalité pour  nous-mêmes, sont souvent cause de tensions, divisions, querelles : ex. : toutes les paroisses, les conseils pastoraux, les communautés religieuses, les associations caritatives où l’on se querelle, où l’on se divise, où l’on se tape dessus. Je crois que quand c’est vraiment le Seigneur qui accomplit ses œuvres en nous, quand nous sommes doux et humbles de cœur, il en résulte la paix, nous n’avons plus rien à défendre, plus rien à perdre.

Je mets en lien cette phrase de ce texte avec Ga 2, 20 : « Je vis, mais ce n’est plus moi qui vit, mais le Christ qui vit en moi.  » C’est lui qui, étant né en moi, agit à travers moi.

II. Nos maîtres anéantis

·        « D’autres maîtres que toi ont dominé sur nous» Ces maîtres sont, dans le texte, soit les souverains étrangers, les babyloniens qui les avaient maintenus en captivité pendant 49 ans ; soit les dieux de ces babyloniens ; soit encore d’autres faux dieux, par exemple les Baals.

o   Quels sont dans ma vie ces autres maîtres qui ont dominé sur nous, qui nous ont asservis, qui nous asservissent encore ? Ces maîtres qui nous ont tenus en exil à l’extérieur de nous-mêmes, étrangers à nous-mêmes, à l’extérieur de notre cœur profond, en dehors du lieu où je peux être doux et humble de cœur, à l’extérieur du lieu au centre de moi-même qui réside dans la paix…

o   Quels sont ces faux dieux, dans notre monde, dans notre vie, qui tendent à nous asservir,  à nous empêcher d’être authentiquement libres, ces faux dieux qui me font perdre la paix ?

·        Le v. 14 annonce la disparition complète de ces maîtres, et pas seulement d’eux, mais même de leur souvenir. Il y a un souvenir de nos anciens maîtres qui est mortifère : Cf. Marie Romanens : « Cette mère n’était plus là, mais tu la portais en toi, collée à toi, comme un deuxième vêtement, elle te suivait partout où tu allais, jusque dans tes moindres gestes ; elle décidait pour toi, agissait pour toi…. » Nous avons tous tendance à garder solidement ancrés en nous les schémas parentaux, ou les schémas des personnes qui ont une influence déterminante dans notre éducation. Des schémas mortifères, dont il est extrêmement difficile de se défaire. Ces schémas, même si l’on veut s’en distancier, nous collent à la peau, comme une personnalité annexe. Il faut comme un miracle pour faire disparaître ce souvenir mortifère.

·        Cf. Hébreux sortis d’Egypte : libres, mais avec encore l’Égypte comme incrustée en eux : « Comme Pharaon approchait, les Israélites levèrent les yeux, et voici que les Égyptiens les poursuivaient. Les Israélites eurent grand peur et crièrent vers Yahvé. Ils dirent à Moïse: "Manquait-il de tombeaux en Égypte que tu nous aies mené mourir dans le désert ? Que nous as-tu fait en nous faisant sortir d'Égypte ? Ne te disions-nous pas en Égypte: Laisse-nous servir l'Égypte, car mieux vaut pour nous servir l'Égypte que nous mourions dans le désert ? »

·        L’Égypte revient 5 fois dans ce passage, dont deux fois servir l’Égypte sous forme de regret. De façon évidente, bien que libérés d'Égypte, ils ne sont pas encore libérés des Égyptiens, ils restent aliénés. L'Égypte revient à chaque phrase, sous forme de regret. Pire, les Israélites regrettent même la servitude en Égypte. Il faudra 40 ans de cheminement dans le désert pour libérer les Hébreux de leur Égypte intérieure.

·        « Attachés à toi seul. » J’aime bien le double sens du verbe attacher : tenir lié, emprisonné, ou bien une attache affective. Ici, l’attache qui était aliénante devient une attache affective à Dieu, une attache libérante.

« Tu as fait de nous une nation »

·        Comme la conséquence des v. 13-14 : Nous devenons une grande nation parce que nous ne sommes attachés plus qu’à Dieu seul, et que nous n’avons plus d’autres maîtres.

·        Il faut se rappeler que suite à 49 ans d’exil à Babylone, la nation israélite n’existait plus. Et si notre nation n’existe plus, c’est un peu notre identité qui n’existe plus. Pour les Israélites, c’était encore plus fort : en dehors du pays, la religion ne pouvait plus se vivre. Cf. Ps 136 : « Au bord des fleuves de Babylone, nous étions assis et nous pleurions (…) Comment chanterions-nous un chant du Seigneur sur une terre étrangère ? »

·        En notre monde d’aujourd’hui, les chrétiens ont aussi parfois le sentiment de n’être qu’un petit reste bien timide, sur une terre étrangère, en grande partie païenne. On peut voir cela comme un malheur, mais aussi comme une chance. Le Christ lui-même a pris l’image d’un peu de levain qui suffit à faire lever toute la pâte. Et de la graine de moutarde, si petite, qui suffit à donner une immense plante (Mt 13, 31-33)

·        Il y a aussi en arrière fond le thème de la Terre promise qui est très important dans l’AT. Notion très géographique dans les premiers siècles, mais qui plus tardivement va se spiritualiser. Surtout dans l’Évangile où cette Terre promise devient le Royaume de Dieu, qui est au-dedans de nous, au plus profond de notre être, et non pas un lieu dans le temps ou dans l’espace.

·        Nous avons à rejoindre cette partie de nous-même où Dieu habite et nous attend, cette partie qui nous est un peu comme une terre étrangère. Nous sommes comme en exil par rapport à cette partie de nous-mêmes. Cette partie de nous-mêmes que Dieu veut élargir, dont il veut faire reculer les limites. Cette Terre promise où nous pouvons trouver le silence, le calme  et la paix.

IV. Tes morts revivront

·       Dans cette 4ème partie, c’est le Seigneur qui parle, sous forme d’interpellation, d’oracle de salut.

·       « Tes morts revivront, tes cadavres ressusciteront. »

Peut signifier soit que les exilés qui sont encore à Babylone, et qui vont revenir : être exilé, c’est être comme mort ; revenir sur la terre promise, c’est revenir à la vie. 

Soit aussi une réelle résurrection des défunts. On peut se rappeler le texte d’Ez 37 (les ossements desséchés), écrit précisément pendant l’exil à Babylone, alors que le peuple ne croyait plus à un retour en Israël, était dans le désespoir le plus profond ; désespoir qui ressemblait à des os desséchés : « Nos os sont desséchés, notre espérance est détruite. » (Ez 37, 11) Et Dieu promet un retour à la vie, un retour en Israël : « Voici que j’ouvre vos tombeaux, je vais vous faire remonter de vos tombeaux, mon peuple, et je vous ramènerai sur le sol d’Israël. »

·       « Réveillez-vous » : Dans le NT, c’est un verbe qui est utilisé pour signifier la résurrection (egeirô) : Jn 11, 11 : « Notre ami Lazare dort, je m’en vais le réveiller. »

La fille de Jaïre qui était morte : « Jésus dit : "Ne pleurez pas ; elle n’est pas morte, elle dort." Et ils se moquaient de lui, car ils savaient qu’elle était morte. Mais lui, prenant sa main, l’appela : "Mon enfant, réveille-toi !" Son esprit revint et elle se leva à l’instant même. »

Ep 5, 14 : « Éveille-toi, toi qui dors, lève-toi d’entre les morts, et sur toi luira le Christ. »

Pour Dieu, la mort est comme un sommeil dont il veut nous libérer. Et il y a la mort physique, mais aussi la mort spirituelle, celle dont parle Jésus lorsqu’il dit :  « Laisse les morts enterrer leurs morts » (Mt 8, 22) Il y a des états intérieurs, des enfermements, des paralysies qui ressemblent à la mort.

·        Criez de joie : Présent dans les trois textes parallèles : le texte présent ;  Is 54 : Crie de joie, Pousse des cris de joie ; Is 66 : Réjouissez-vous, exultez en elle, soyez en elle dans l’allégresse.

Ici, criez de joie est reliez à réveillez-vous !  Et il y a probablement un rapport important entre les deux : Dieu veut la joie, le bonheur de l’homme ; il veut lui faire partager sa propre joie, son propre bonheur. Lorsque l’homme ne partage pas cette joie de Dieu, qu’il vit dans la tristesse profonde, il est comme endormi, comme mort. Celui qui expérimente le salut dans sa vie ne peut que se réjouir, d’une joie que le Christ appelle la joie parfaite, celle qui suit les douleurs de l’enfantement :

Jn 16, 21-22 : « La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. Vous aussi, vous voilà tristes ; mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne pourra vous la ravir. » Il s’agit donc de la joie liée à l’enfantement, à la naissance du Christ en nous. Et il y a peut-être aussi une naissance qui est la naissance à la joie.

·       La  Rosée lumineuse : il y a deux éléments dans l’expression : la rosée et la lumière

La rosée : Dieu lui-même se compare à la rosée en plusieurs passages bibliques : Os 14, 6 : « Je serai comme la rosée pour Israël, il fleurira comme le lis. »

La lumière : la lumière est, dans l’ancien orient, le symbole de l'avènement d'un nouveau roi qui, dans les textes égyptiens, était comparé au lever du soleil. C'est pourquoi l’avènement du Messie sera souvent exprimée dans les textes bibliques comme un soleil levant qui vient nous visiter (Cf. Cantique de Zacharie)

La lumière est aussi symbole de libération, de salut et de paix (s'opposant aux ténèbres, à la captivité, la guerre, la perdition), la lumière a une dimension créatrice. Il est intéressant de regarder la chronologie dans la création du monde dans le livre de la Genèse : le premier élément créé par Dieu est la lumière, paradoxalement avant le soleil. Il faut comprendre cette lumière dans un sens plus profond, spirituel. Cette lumière est justice, paix, amour, et elle est par conséquent guérison, création. Après le péché d’Adam et Eve, le monde a été plongé dans les ténèbres. La venue du Seigneur, de sa lumière est comme une recréation. Le rétablissement de l’amour, de la justice et de la paix est une guérison, une recréation.

La rosée associée à la lumière : « sont symboles de la vie et du pouvoir vivifiant. » (TOB, p. 805, note h)

Noter qu’au plan biologique, l’eau + la lumière = ce qui donne la vie : pour que la vie puisse se développer, il faut de l’eau et de la lumière.

·       « La terre redonnera vie aux ombres » : // v. 18 : « Nous n’avons pas donné de salut à la terre. » Ici, en plus, la vie vient de la terre. Il faut se rappeler que, dans la bible, il y a un lien vital entre l’être humain et la terre :

Selon le 2ème récit de la création dans la Genèse, L’homme, Adam, est tiré de la terre, Adamah, qui est comme sa mère. En Gn 2, 7, Dieu façonne l’être humain avec la terre, comme un potier façonne une pièce d’argile : « Alors, Yahvé Dieu modela l’homme avec la glaise du sol, il insuffla dans ses narines un souffle de vie, et l’homme devint un être vivant. ».

Mircea Eliade : « Toutes les civilisations anciennes ont perçu ce lien intime entre la terre et l’homme, au point de l’exprimer sous l’image très réaliste de la terre-mère ou de la terre-femme. »

Il y a donc un lien vital entre l’être humain et la terre, qui est comme sa mère.  Le paradis perdu, c’est un peu la  terre perdue. Retrouver le paradis originel perdu, c’est peut-être retrouver ce lien vital avec la terre-mère.

C’est peut-être pour cela que, dans notre texte, c’est la terre qui redonne vie aux trépassés.

Il y a peut-être un retour à la vie qui doit passer, dans mon existence, par une sortie de l’exil et un retour à ma terre intérieure, cette terre délaissée, abandonnée, cette terre promise, lieu de vie, de joie et de paix.

Thème du salut

·       Un thème biblique fondamental ; en arrière fond de toutes les prophéties messianiques. Vocabulaire de Théologie Biblique 1185 : « Dieu sauve les hommes, le Christ est notre sauveur (Lc 2, 11). L’Évangile apporte le salut à tout croyant. »

·       On ne comprend bien le message de salut que dans le contexte d’un peuple en captivité, et qui attend une libération : peuple en captivité à Babylone au temps d’Isaïe ; peuple sous domination romaine au temps du Christ. La consolation apportée par Dieu est salut, libération.

·       Le nom du Christ lui-même : Yeshouah, signifie Dieu sauve. Vocabulaire de Théologie Biblique 1189 : « Le salut est le but de sa vie : il est venu ici-bas pour sauver ce qui était perdu. (Lc 9, 56), pour sauver le monde et non le condamner (Jn 3, 17 ; 12, 47.) » Il sauve les malades en les guérissant, les possédés en expulsant les démons, il sauve tous les hommes en les libérant du mal, du péché, de tout ce qui les aliène, les tient prisonniers.

Et plus je vis moi-même une expérience d’exil, d’enfermement, de paralysie, et plus cette situation semble définitivement bouchée, plus le salut de Dieu a quelque chose à me dire. C’est justement là que Dieu vient m'interpeller : Voici que je veux te libérer, voici que je viens te libérer !  Et c’est précisément parce que je n’arrive pas à me libérer moi-même que je dois croire en Dieu qui sauve.

                                                                                                        Michel Maret, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges


 



[1]  Cf. J.-D. Macci,  Shalom. La paix dans l’Ancien Testament, in Itinéraires, N° 29, 2000, p. 9