Isaïe 49, 7-23 : Le retour des exilés et Sion à nouveau mère

 

          7.       Ainsi parle le Seigneur, le Rédempteur, le Saint d’Israël,

              à celui dont l’âme est méprisée, et que les gens abhorrent,

à l’esclave des tyrans :

              des rois verront et se lèveront, des princes verront et se prosterneront,

              à cause du Seigneur qui est fidèle, du Saint d’Israël qui t’a choisi.

         8.       Ainsi parle le Seigneur :

              Au temps favorable je t’ai exaucé, au jour du salut je t’ai secouru.

              Je t’ai façonné et j’ai fait de toi l’alliance d’un peuple

              pour relever le pays, pour restituer les héritages dévastés,

9.           pour dire au captifs : « Sortez ! »

              à ceux qui sont dans les ténèbres : « Montrez-vous ! »

                   Ils paîtront le long des chemins,

sur tous les monts dénudés ils auront un pâturage.

10.         Ils n’auront plus faim ni soif,

ils ne souffriront pas du vent brûlant ni du soleil,

car Celui qui les en pitié les conduira, il les mènera vers les eaux jaillissantes.

11.         De toutes mes montagnes je ferai un chemin, et mes routes seront relevées.

12.         Les voici, ils viennent de loin,

ceux-ci du Nord et de l’Occident, et ceux-là du pays de Sinîm.

13.         Cieux, criez de joie, terre exulte, que les montagnes poussent des cris,

              Car le Seigneur a consolé son peuple, il prend en pitié ses affligés.

14.         Sion avait dit : « Yahvé m’a abandonnée, le Seigneur m’a oubliée »

15          Une femme oublie-t-elle son petit enfant,

              est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles ?

              Même si les femmes oubliaient, moi je ne t’oublierai pas.

16.         Vois, je t’ai gravée sur les paumes de mes mains,

              tes remparts sont devant moi sans cesse.

 

17.         Tes bâtisseurs se hâtent,

              ceux qui te détruisent et te ravagent vont s’en aller.

18.        Lève les yeux aux alentours et regarde :

     tous rassemblés, ils viennent à toi.

     Par ma vie, oracle du Seigneur,

     ils sont tous comme une parure dont tu te couvriras,

     comme fait une fiancée, tu te les attacheras.

18.         Car tes ruines, tes décombres, ton pays désolé,

sont désormais trop étroits pour tes habitants,

et ceux qui te dévoraient s’éloigneront.

19.         Ils diront à nouveau à tes oreilles, les fils dont tu étais privée :

« L’endroit est trop étroit pour moi, fais-moi une place pour que je m’installe. »

 

     21.         Et tu diras dans ton cœur : « Qui m’a enfanté ceux-ci ?

                   J’étais privée d’enfants et stérile, exilée et rejetée,

                   et ceux-ci, qui les a élevés ?

                   Pendant que moi j’étais laissée seule, ceux-ci, où étaient-ils ? »

 

     22.         Ainsi parle le Seigneur :

                   Voici que je lève la main vers les nations,

                   Que je dresse un signal pour les peuples :

                   Ils t'amèneront tes fils dans leurs bras,

                   Et tes filles portées sur l'épaule.

     23          Des rois seront tes pères adoptifs,    

                   Et leurs princesses, tes nourrices.    

 

1. iNTRODUCTION

O      Notre passage se situe juste après celui qu’on appelle le 2ème Chant du Serviteur. Le 1er Chant du Serviteur se situe en 42, 1-8 ; le 3ème en 50, 4-11 ; et le 4ème en Is 52, 13 – 53, 12. Le mot serviteur se retrouve 23 fois dans le 2ème Isaïe, c’est donc un thème important. Le nom de serviteur désigne souvent le peuple, plus précisément la partie fidèle d’Israël, mais peut aussi un individu particulier.

O      Le contexte est le même que celui d’Isaïe 43, 14-21 : Exil à Babylone, attente de la libération. Le temps se fait long, déjà 40 ans se sont écoulés depuis la déportation. Des signes de désespoir apparaissent, le sentiment que le Seigneur a abandonné son peuple : « Sion avait dit : Yahvé m’a abandonnée, le Seigneur m’a oubliée » (Is 49, 14). Dans ce contexte, l’oracle vient redonner au peuple une espérance. Celui-ci doit attendre avec confiance le Jour du salut, le temps favorable.

O      Il faut rappeler qu’entre cet  oracle et la libération du peuple près de 10 ans se sont encore écoulés.

2. Lecture suivie

O      La 1ère partie  du texte désigne le destinataire de l’oracle prophétique :  celui dont l’âme est méprisée, et que les gens abhorrent, à l’esclave des tyrans. Il s’agit de ceux qui sont profondément humiliés et opprimés. Il peut s’agir de moi, dans toutes les parts de moi-même qui sont en profonde détresse, humiliées, en servitudes.

O      Cette 1ère partie introduit déjà le thème du 4ème Chant du Serviteur : l’humiliation suivie de la glorification. Israël, humilié par 40 ans d’Exil, va merveilleusement être relevé par le Seigneur :

O      Is 52, 15 : « De même des multitudes de nations seront dans la stupéfaction, devant lui des rois resteront bouche close… Objet de mépris, abandonné des hommes… »

Ce double mouvement, humiliation – glorification, est aussi celui réalisé par le Christ, tel qu’il est bien exprimé dans l’hymne de St Paul aux Philippiens : « Lui qui était de condition divine ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’est anéanti, prenant la condition d’esclave,… Aussi Dieu l’a-t-il exalté et lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom… » (Ph 2, 6-11) On peut parfois aussi repérer ce double mouvement dans notre vie. Chemin douloureux, chemin d’humiliation, puis relèvement…

Est-ce que je peux repérer dans ma vie ce double mouvement ?  Ou peut-être seulement le premier, avec l’espérance que le 2ème viendra inéluctablement ? 

Ainsi parle le Seigneur : On retrouve ces emphases déjà en Is 43 :  Ces formules sont très présentes dans le 2ème Isaïe. Signifie un Dieu tout proche qui ne cesse de parler au cœur de l’homme.

Cette introduction comporte 4 titres pour le Seigneur : le Rédempteur, le Saint d’Israël 2 X, le Seigneur qui est fidèle (au v. 10 il y aura encore un 5ème titre : Celui qui les prend en pitié)

- Le Rédempteur : le go’ël, celui qui est uni par des liens de famille à son peuple, et qui a le devoir de le libérer.

- Le Saint d’Israël : 2 fois : A la fois, le tout autre, et le tout proche. L’infiniment grand qui s’unit à l’infiniment petit. // Isaïe 43, formules présentes tout au long du livre d’Isaïe.

- Le Seigneur qui est fidèle : Le Seigneur est celui qui s’est lié par une Alliance avec son peuple, une alliance nuptiale, une alliance indéfectible. Et le Seigneur reste fidèle à son Alliance, à ses promesses, il est lié par celle-ci. C’est un lien dont la solidité est à l’épreuve de tous les temps et de tous les événements. C'est pourquoi le Seigneur se doit de libérer son peuple. St Paul dira que si nous, nous sommes infidèles, le Seigneur, lui, restera fidèle, car il ne peut se renier lui-même (2 Tm 2, 13)

O      Cette fidélité sera explicitée plus loin par l’image de la mère et de son enfant qu’elle ne peut oublier, et parce que Dieu a gravé Sion sur la paume de ses mains.

- Le 4ème titre est précisé par le « qui t’a choisi » ou « qui t’a élu » : La notion d’élection, ou de choix préférentiel, est une notion biblique fondamentale :
VTB, p. 337 : « Sans l’élection, il est impossible de rien comprendre au dessein et à la volonté de Dieu sur l’homme » Cette notion d’élection est reliée à la notion d’Alliance : Parmi tous les peuple, Dieu s’en est choisi un, privilégié, et a conclu avec lui une alliance : Ex 19, 5 avant de conclure l’alliance au Sinaï : « Maintenant, si vous écoutez ma  voix et gardez mon alliance, je vous tiendrai pour mon bien propre parmi tous les peuples. ». « L’alliance fait d’Israël le bien personnel et sacré de Yahvé » (BJ, p. 104)

O      L’Église, qui est le nouveau peuple de Dieu, est à son tour objet de cette élection divine. 1 P 2, 9 : « Vous, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis ». Chacun de nous est l’objet de ce choix préférentiel de Dieu.

Est-ce que je crois vraiment que je suis réellement pour Dieu celui qu’il choisit entre tous, « son préféré » ?

V. 8. Introduit le thème du temps favorable, du jour du salut :

O      Un élément clef de l'attente dans l'AT est l'attente de ce que l’on appelait le Jour du Seigneur. Jour de l’intervention solennelle de Dieu dans l’histoire humaine. Et  cette attente du Jour  du Seigneur était souvent liée à l’attente de celui qui devait venir, le Messie de Dieu, le Christ, l’envoyé de Dieu qui devait venir sauver Israël.

O      Pour le NT, le Jour du Seigneur est le Jour du Christ : le Royaume des cieux est là. St Paul applique cette prophétie d’Isaïe à aujourd’hui : « C’est maintenant le moment favorable, c’est aujourd’hui le jour du salut » (2 Co 6, 2)

 « Entre le temps de la venue du Christ et celui de son retour s’écoule un temps intermédiaire qui est le Jour du salut. Bien que d’une durée incertaine, ce temps de pèlerinage doit être considéré comme court, chargé d’épreuves et de souffrances qui préparent la gloire à venir. Il importe de veiller et de bien user de ce temps qui reste » (cf. BJ 1671)

Ces paroles résonnent dans nos oreilles de chrétiens habitués : cela fait 2000 ans qu’on nous dit que c’est aujourd’hui le jour du salut ; cause toujours, on t’écoutera une autre fois ! Et pourtant, il y a peut-être précisément un aujourd’hui pour chacun d’entre nous : un peu comme Zachée, Aujourd’hui, le salut est entré dans cette maison. Un Aujourd’hui où Dieu veut me rejoindre et introduire le salut dans ma vie. Et il dépend peut-être précisément que j’accueille cet Aujourd’hui pour que Dieu intervienne dans ma vie. C’est aujourd’hui, et aujourd’hui seulement que Dieu peut me rejoindre dans ma vie ; Dieu ne peut me rejoindre que dans l’instant présent.

O      Le destinataire de ces paroles est un tu non précisé. Il s’agit en fait du serviteur du 2ème Chant, nommé au v. 3 :  « Tu es mon serviteur, Israël. » Ce tu peut désigner chacun d’entre nous.

Que signifie pour moi temps favorable, jour du salut, aujourd’hui ? 

Ce Temps favorable est explicité par trois verbes :  exaucé, secouru, façonné.

O      Je t’ai façonné : renvoie à la notion de Dieu créateur ; un Dieu qui nous a façonné comme un potier façonne l’argile, comme il a façonné Adam à partir de la glaise du sol : Is 64, 7 : « Seigneur, tu es notre Père, nous sommes l’argile, tu es notre potier, nous sommes tous l’œuvre de tes mains »

O      // 49, 5 : « Lui qui m’a modelé dès le sein de ma mère pour être son serviteur »

O      Mais le Dieu créateur est aussi celui qui a créé le Peuple de Dieu, Israël. Celui qui me crée, recrée, crée sans cesse dans ma vie.

relever, restituer, renvoient à la notion de restauration. Le Seigneur veut venir restaurer, relever en moi ce qui est blessé, abîmé, cassé ; restituer la part perdue de moi-même.

Quelles sont ces blessures, ces cassures, ces lieux abîmés dans ma vie qui ont besoin d’être restaurés, refaçonnés ? 

Quelle est cette part perdue de moi-même, que j’ai à recontacter ? 

L'alliance de mon peuple : Le climat de l’Alliance est partout présent dans le 2ème Isaïe. « Au moins depuis le Deutéronome, l’Alliance était la définition même de la relation entre Israël et son Dieu, et la grande question des exilés ; nous l’avons dit, était de savoir si cette alliance n’était pas définitivement rompue. Mais tout le message du Deuxième Isaïe vient dire qu’il n’en est rien. » (CE 20, p. 27)

O      Il y a un passage du 2ème Isaïe qui souligne la solidité et durabilité de cette Alliance : « Car les montagnes peuvent s’écarter et les collines chanceler, mon amour ne s’écartera pas de toi, mon alliance de paix ne chancellera pas, dit Yahvé qui te console. » (Is 54, 16)

J’ai fait de toi : signifie la participation de l’être humain ;  Dieu donne à Israël de quoi réaliser ce qu’il promet. Si l’on regarde en parallèle le v. 5, on voit que la mission de libérer Israël est donnée au « Serviteur de Yahvé » :  « Et maintenant, Yahvé a parlé, lui qui m’a modelé dès le sein de ma mère pour être son serviteur, pour ramener vers lui Jacob, et qu’Israël lui soit réuni. »

J’ai fait de toi signifie aussi que c’est avec moi précisément que Dieu veut faire alliance.

V. 9. Introduit la notion de captivité, associée à celle de ténèbres. Cela fait allusion à la condition pénible des exilés, aux prisons sans lumière et sans air. Les ténèbres symbolisent dans le langage biblique le malheur, la captivité, la mort.

O      Deux autres textes lus durant le temps de Noël avec trois des thèmes présents dans ce texte : la délivrance de la captivité, le passage des ténèbres à la lumière, de la tristesse à la joie : Is 9, 1 : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière, Sur les habitants du sombre pays, une lumière a resplendi. Tu as multiplié l'allégresse, tu as fais croître sa joie; ils se réjouissent devant toi comme on se réjouit à la moisson, comme on exulte au partage du butin. Car  le joug qui pesait sur elle, la barre posée sur ses épaules, le bâton de son oppresseur, tu les as brisés comme au jour de Madiân. »

O      Is 61, 1ss : « L’esprit du Seigneur Dieu repose sur moi, car le Seigneur m’a consacré par l’onction. Il m’a envoyé annoncer la Bonne nouvelle aux pauvres, panser les cœurs meurtris, annoncer aux captifs la libération et aux prisonniers l’éblouissement, proclamer une année de grâce de la part du Seigneur, pour consoler tous les affligés, pour leur donner un diadème au lieu de la cendre, de l’huile de joie au lieu d’un vêtement de deuil, un manteau de fête au lieu d’un esprit abattu ». On verra ce texte de plus près demain.

Ils paîtront sur les chemins dénudés, sur tous les monts dénudés ils auront pâturage : Lorsqu’on se visualise certains monts désertiques du désert de Judée, on comprend mieux la force de ces paroles. Celles-ci  renvoient aussi au thème de Dieu, berger de son peuple, qui le conduit vers de verts pâturages, qui prend soin de ses brebis. Ce thème a déjà été développé dans le 2ème Isaïe 40, 11 : « Comme un berger il fait paître son troupeau, de son bras il le rassemble ; il porte les agnelets dans son sein, il conduit doucement les brebis mères »

Aussi le Ps 22 :  « Yahvé est mon berger, rien ne me manque, sur des prés d’herbe fraîche il me fait reposer. »

V. 10. Ils n’auront plus faim ni soif: // 48, 21 : « Ils n’ont pas eu soif quand Dieu les menait dans les déserts, il a fait couler pour eux l’eau du rocher, il a fendu le rocher et l’eau a jailli ». Il y a là une allusion aux miracles de l’Exode, voulant signifier que Dieu va accomplir un nouvel Exode, faire jaillir l’eau du rocher. Rappelons-nous que le Deuxième Isaïe est parfois appelé le Prophète du Nouvel Exode, et que ce thème est souvent en arrière fond de ses prophéties.

Celui qui les prend en pitié : littéralement Le Miséricordieux (rahamîm, entrailles maternelles) = comme un nouveau titre. Yahvé est Celui qui est saisi de compassion, qui est bouleversé aux entrailles par la misère de son peuple ne peut qu’intervenir pour le libérer. Prend en pitié sera encore répété au v. 13.

O        On a en mémoire deux paraboles néotestamentaires où l’un des protagonistes est saisi de pitié à la vue d’un autre : Celle de l’enfant prodigue, et celle du bon Samaritain.

Que signifie pour moi dans ma vie Celui qui les prend à pitié ? Qu’est-ce qui en moi est à prendre en pitié ? 

Les v. 11-12 décrivent la route que le Seigneur tracera lui-même pour le retour de son peuple de l’Exil à Babylone. Le v. 11. désigne un acte créateur de Dieu. Les miracles annoncés sont la répétition de ceux de Moïse et de Josué ; le retour des exilés est décrit comme un nouvel Exode. Cf. Is 40, 3 : « Dans le désert, préparez le chemin du Seigneur, aplanissez dans la steppe une chaussée pour notre Dieu ». Ici, c’est le Seigneur lui-même qui trace cette route pour l’Exode de son peuple.

Ils viennent de loin. Cette parole peut signifier dans ma vie que je viens, comme l’enfant prodigue de la parabole, de loin. Mais je ne suis jamais trop loin pour que Dieu ne puisse venir me chercher.

     Quel est ce chemin (un peu miraculeux) que le Seigneur veut tracer dans ma vie, dans mon histoire, pour passer de l’Exil à la Terre promise ? 

     Une invitation à rester attentif à ce qui tente de  naître en moi, une sentier qui se trace, un germe encore fragile… puis-je le nommer, voir ses contours         possibles ?

V. 13 : explosion de joie : étonnamment, c’est toute la création qui manifeste sa joie : le ciel, la terre, les montagnes.

O      Le Seigneur a consolé son peuple : introduit le thème de la Consolation, qui est un thème clef du 2ème Isaïe :  celui-ci était d’ailleurs introduit par cette interpellation :  « Consolez, consolez mon peuple, dit votre Dieu. » (Is 40, 1)

O      Cette consolation, dans le contexte du 2ème Isaïe signifie plus que la délivrance du malheur et du mal : elle apporte aussi le reflet de la clarté, de la splendeur, de la gloire de Dieu. Pour le Seigneur, consoler les membres du peuple, c’est leur communiquer réellement sa splendeur divine.

O      Le thème de la consolation est ici lié à celui de prendre en pitié, être saisi de compassion, être bouleversé aux entrailles.

O      St Paul reprendra le thème de la consolation pour l’appliquer aux chrétiens :  « Béni soit Dieu, le Père de Jésus Christ notre Seigneur, le Père des miséricordes et le Dieu de tout réconfort, qui nous réconforte dans toutes nos épreuves, afin que réconfortés par Dieu, nous puissions nous-mêmes réconforter ceux qui subissent toutes sortes d’épreuves. » (2  Co 1, 3-4)

     De quoi dans ma vie ai-je besoin d’être consolé ? 

V. 14-16 : tournent autour de la question : Est-ce que Dieu peut oublier son peuple ? C’est la première fois dans la Bible que le Seigneur parle avec de tels accents. Le verbe oublier revient trois fois dans le v.15.

O      L’image de la mère et du fils de ses entrailles est encore renforcée par l’affirmation que le Seigneur a gravé Sion sur les paumes de ses mains ; il est donc impossible que Dieu oublie. Je suis inscrit sur la paume des mains de Dieu, comme inscrit dans sa chair ; il ne peut donc m’oublier.

O      Ce sont des paroles d’une telle force qu’elles se passent de commentaires. Il n’y a plus qu’à les méditer et à les laisser imprégner sa vie.

V. 17. Signifie que les envahisseurs vont s’en aller, et que l’on pourra reconstruire Jérusalem. Ceux qui détruisent dans ma vie vont s’en aller, et va venir le temps de la reconstruction des ruines. Il faut parfois mieux reconstruire du neuf que de vouloir restaurer de l’ancien.

Cieux – terre – montagnes

O     Il est fréquent dans le livre d’Isaïe que des éléments de la création sont appelés à se réjouir. Une manière de signifier que toute la création, et pas seulement les humains, est concernée par le salut que Dieu vient apporter. Aussi que c’est le Dieu créateur qui intervient, et que c’est une intervention créatrice.

Criez de joie - Consoler - réconforter

O     Consoler : Ce verbe a donné son titre au 2ème livre d’Isaïe, appelé Livre de la consolation. Le terme reviendra 16 fois dans cette partie d’Isaïe.

O     La consolation exprime ici bien plus que des bonnes paroles et des manifestations de douceur destinées à faire oublier les misères de la vie. Le Seigneur vient réellement mettre fin à la servitude et à l’exil. Pour le Seigneur, consoler le peuple, c’est déjà proclamer la fin de sa captivité.

O     Cette consolation, dans le contexte du 2ème Isaïe signifie même plus que la délivrance du malheur et du mal : elle apporte aussi le reflet de la clarté, de la splendeur, de la gloire de Dieu. Pour le Seigneur, consoler les membres du peuple, c’est leur communiquer réellement sa splendeur divine.

O     Bible de Jérusalem, p. 1667 : « La consolation est annoncée par les prophètes comme caractéristique de l’ère messianique, Is 40, 1, et devait être apportée par le Messie. » (note a) Cf. Lc 2, 25 : Siméon : « Cet homme était juste et pieux ; il attendait la consolation d’Israël et l’Esprit Saint reposait sur lui. »

O     En Mt, le Christ commence son ministère par les béatitudes. « Heureux ! » Son Évangile est une Bonne nouvelle, un message de joie et de bonheur.  Lc 4 : « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction, pour apporter la Bonne nouvelle aux pauvres… »

O     St Paul, au début de 2 Co 1, 3-4, définit Dieu comme un Dieu de consolation : « Béni soit Dieu, le Père de notre Seigneur Jésus-Christ, le Père des miséricordes et le Dieu de toute consolation, qui nous console dans toutes nos tribulations, afin que, par la consolation que nous recevons nous-mêmes de Dieu, nous puissions consoler les autres en quelque consolation que ce soit. »

Il prend en pitié ses affligés

O     Une expression qui revient souvent dans le livre d’Isaïe. C’est d’ailleurs un attribut fondamental de Dieu. Lorsque Dieu apparaît à Moïse sur le mont Sinaï : Ex 34, 6 : « Yahvé, Yahvé, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité. » Cette formule revient souvent dans la Bible, elle est comme un Credo, une profession de foi en Dieu.

O     Lc 10, 29ss : Parabole Bon Samaritain : « Mais un Samaritain qui était en voyage arriva près de lui, le vit et fut pris de pitié. Il s’approcha, banda ses plaies, y versant de l’huile et du vin, puis le chargea sur sa propre monture »

O     Mt 9,35ss : « Jésus parcourait toutes les villes et tous les villages, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissant toute maladie et toute infirmité. Voyant les foules, il eut pitié d’elles, parce qu’elles étaient fatiguées et abattues comme des brebis sans bergers . »

O     L’équivalent hébreu de être pris de pitié  (rahamîm) signifie littéralement être pris aux entrailles. La compassion est un sentiment qui s’origine dans les entrailles maternelles. Être saisi de pitié, de compassion, c’est être pris aux entrailles, comme une mère qui verrait son nourrisson être torturé. C’est une sentiment qui ne reste pas un sentiment, mais qui provoque l’agir, une intervention.

Sion :  

O     ou Jérusalem : ne désigne pas seulement la ville de David, qui a été dévastée par Nabuchodonosor, mais l’ensemble du peuple de Dieu.  Ce nom est féminin, et il permet ainsi les images maternelle (mère) et conjugale (épouse). L’autre nom donné au peuple : Israël  ou Jacob, ne permet pas ces images.

Dieu comme Mère :

O      L’image de la mère se trouve à deux endroits dans le texte : V. 14-15 : Dieu qui est comme un mère  ; v. 20-21 : Sion qui est comme une mère

O     C’est peut-être unique dans tout l’AT que Dieu parle avec de tels accents de tendresse. L’image de l’époux et de l’épouse est fréquente et très développée. Celle du Dieu Mère plus rare.  Il se retrouve dans le livre d’Osée (qui développe aussi le thème de l’épouse), encore que moins explicite: « Moi, j’avais appris à marcher à Ephraïm, je le prenais par les bras, et ils n’ont pas compris que je prenais soin d’eux ! Je les menais avec des attaches humaines, avec des liens d’amour ; j’étais pour eux comme ceux qui soulèvent un nourrisson tout contre leur joue, je m’inclinais vers lui et le faisais manger. » (Os 11, 3-4) Le passage d’Osée est peut-être une image paternelle.

Vois, je t’ai gravée sur les paumes de mes mains

O     Une manière de dire que le nom de Sion est ineffaçable. Par extension, on peut dire que notre nom à chacun est inscrit dans le cœur de Dieu, et qu'il ne peut  y être effacé. Dans l'Evangile de Jean, Jésus dit : « Celui qui entre par la porte, c’est le pasteur, le berger des brebis. Le portier lui ouvre, et les brebis écoutent sa voix. Ses brebis à lui, il les appelle chacune par son nom, et il les fait sortir.» (10, 2-3)  « Moi, je suis le bon pasteur ; je connais mes brebis, et mes brebis me connaissent, comme le Père me connaît, et que je connais le Père ; et je donne ma vie pour mes brebis.» (10, 14-15) « Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, et personne ne les arrachera de ma main.» (10, 27-28) En Jésus-Christ se réalisent pleinement ces paroles du prophète Isaïe.

bâtisseurs - ruines - décombres

O     Selon le vocabulaire de théologie biblique, « les thèmes de la construction, du bâtiment qu'on édifie tiennent une grande place dans la Bible, livre d'un peuple qui se construit et bâtit ses maisons, ses cités, son Temple. Bâtir est un besoin naturel de l'homme, Dieu en fera l'un des axes de son dessein de salut.» [i]

O     Le verbe hébreu banah désigne d'abord une construction matérielle, autel, maison, ville. Mais il signifie aussi la construction d'une famille. Le verbe est déjà utilisé dans la Genèse pour le façonnage de la femme à partir d'une côte d'Adam (Gn 2, 22). Derrière cette édification, c'est toujours Dieu qui est l'auteur. Le thème de la construction est passé de la personne à la famille, puis au clan, enfin au peuple tout entier. Et là, c'est toujours Dieu qui agit. Un nom propre yibneya signifie d'ailleurs Dieu bâtit ((1 Ch 9, 8).

O     La destruction est la contrepartie de cette construction : lorsque l'homme construit en s'éloignant de Dieu, ce dernier détruit l'ouvrage édifié sans lui. Mais Dieu ne détruit jamais totalement et définitivement : il est surtout celui qui restaure les ruines. Les images bibliques ont toujours en arrière fond les restaurations matérielles, mais surtout la reconstruction du peuple.  Et après l'exil à Babylone, comme dans notre texte, c'est surtout celle-ci qui est visée. Bien sûr, reconstruction du Temple, reconstruction du pays, mais surtout reconstruction du peuple.

Rassemblés

O      Dès le début de l'histoire humaine, Dieu veut l'unité entre les humains. Déjà dans le livre de la Genèse, celle-ci est rompue entre Adam et Eve, par le péché des origines. Peu après, ce sera Caïn et Abel. Puis l'épisode de la Tour de Babel. Pour réaliser cette unité, Dieu s'est constitué un Peuple avec lequel il a scellé une alliance, et auquel il a donné une terre. Mais infidèle à son alliance, et égaré par le péché, le peuple sera maintes fois dispersé, puis exilé à Babylone. « Les malheurs qui accompagnent l'Exil sont rendus dans la Septante par le mot diaspora (Dt 28, 25 ;   30, 4 ; Is 49, 6…) et ce terme, qui de fait signifie "dispersion", désignera ensuite l'ensemble des Juifs répandus dans le monde païen après la captivité à Babylone. Cette dispersion a pour but la purification (Ez 22, 5) ; une fois celle-ci réalisée, le rassemblement aura lieu (Ez 36, 24) » [ii].

O      Le but de Dieu est toujours de rassembler, de faire l'unité de son Peuple. Selon l'Evangile de Jean, Jésus est venu et est mort « afin de rassembler dans l’unité les enfants de Dieu dispersés. » (Jn 11, 52)

La fécondité de sion

O      Dieu est lui-même fécondité infinie, puisque qu'il engendre éternellement le Fils. Et il a créé l'homme à son image, chargé de fécondité, capable ainsi de survivre dans les générations suivantes. A Adam et Eve, Dieu donne cet ordre : « Dieu les bénit et leur dit : « Soyez féconds et multipliez-vous ! » (Gn 1, 28) Dès la création, Dieu rend l'homme et la femme capables d'engendrer des êtres à leur propre image. La bénédiction donnée par Dieu est chargée de fécondité, et elle le restera à travers toute l'histoire du peuple de Dieu : « Le Seigneur scande cette histoire par des bénédictions qui, en plus de la terre promise, annoncent une postérité aussi nombreuse que les étoiles du ciel et que le sable au bord de la mer" (Gn 22, 17). Il en ira de même de la Jérusalem d'après l'exil, qui voit ses enfants venir de loin vers elle (Is 49, 21 ; 54, 1ss ; 64, 4.15 ;  62, 4) ». [iii]

O      Donc, Dieu renouvelle après l'exil la promesse de fécondité faite à Abraham, promesse qui est comme le garant de la fidélité de Dieu. Telle est la consolation que Dieu adresse au peuple en exil à Babylone.

O      La promesse de fécondité est aussi promesse d'une descendance, dans la lignée de David, en laquelle naîtrait le Messie, l'Elu de Dieu : « Ainsi, toute l'histoire biblique est tout d'abord une généalogie. Selon cette conception de l'existence, l'homme est tout entier tourné vers l'avenir, vers Celui qui doit venir. Tel est le sens de l'impulsion mise en lui par le Créateur : non seulement survivre, mais contempler un jour dans un Fils d'homme la parfaite image de Dieu.» [iv]

                                                                                                                                                                    

                                                                                                             Maret Michel, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges



[i] Article Edifier, p. 313. Je m'inspire de cet article pour ce thème.

[ii] vocabulaire de théologie biblique, Article Dispersion, p. 193.

[iii] op. cit.,, Article Fécondité, p. 434.

[iv] Op. cit., p. 436