Isaïe 66, 5-14 : la jérusalem nouvelle

4.            Écoutez la Parole du Seigneur, vous qui tremblez à sa Parole,

Ils ont dit, vos frères qui vous haïssent

et vous excluent à cause de mon nom :

« Que le Seigneur manifeste sa gloire,

et que nous soyons témoins de votre joie ! »

Mais c’est eux qui seront confondus.

5.            Une voix, une rumeur qui vient de la ville

une voix qui vient du sanctuaire,

la voix du Seigneur qui paie le salaire à ses ennemis.

7.            Avant d’être en travail elle a enfanté,

avant que viennent les douleurs, elle a accouché d’un garçon.

8.            Qui a jamais entendu rien de tel ? Qui a jamais vu chose pareille ?

Peut-on mettre au monde un pays en un jour ?

Enfante-t-on une nation en une fois ?

A peine était-elle en travail que Sion a enfanté ses fils.

9.            Ouvrirai-je le sein pour ne pas faire naître ? dit le Seigneur.

Si c’est moi qui fais naître, fermerai-je le sein ? dit ton Dieu.

10.        Réjouissez-vous avec Jérusalem, exultez en elle vous tous qui l’aimez,

soyez avec elle dans l’allégresse, vous tous qui avez pris le deuil sur elle,

11.     afin que vous soyez allaités et rassasiés par son sein consolateur,

afin que vous suciez avec délices sa mamelle plantureuse.

12.   Car ainsi parle le Seigneur :

voici que je fais couler vers elle la paix comme un fleuve,

et comme un torrent débordant, la gloire des nations.

Vous serez allaités, on vous portera sur la hanche,

on vous caressera en vous tenant sur les genoux.

13.     Comme celui que sa mère console, moi aussi je vous consolerai,

à Jérusalem, vous serez consolés.

14.     A cette vue, votre cœur sera dans la joie,

et vos os seront florissants comme l’herbe ;

la main du Seigneur se fera connaître à ses serviteurs

et sa colère à ses ennemis.

 

1.   Contexte

Ø  On est ici dans la troisième partie du Livre d’Isaïe, et donc après l’exil. On est un petit peu plus tard qu’en Is 26. On a commencé la reconstruction du Temple, et de la ville.

Ø  Ce texte présente la promesse que Dieu restaurera bientôt Jérusalem dans sa gloire : Elle est promise à une nouvelle fécondité ; ses enfants seront rassasiés par son sein consolateur et caressés sur ses genoux.

Ø  Grande quantité d’expressions qui font référence à la maternité : au moins 17. Il s’agit bien d’une nouvelle naissance qui va avoir lieu.

2.   Structure

I. Introduction : interpellation :       Écoutez la Parole du Seigneur !

II. L’enfantement                          Passé

III. Réjouissez-vous :                    impératif - présent - futur

3. Commentaire

Ecoutez

Ø  Pour les Hébreux, l’écoute est une dimension fondamentale… Le Shema, est une prière qui est priée chaque jour par les juifs : « Écoute Israël, le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Que ces paroles que je te donne aujourd’hui restent dans ton cœur » (Dt 6, 4-6// Dt 4, 1 ; 5, 1 ; 6, 3 ; 7, 12 ; 9,1 ; 30,16.17.20.) Écoute est comme un leitmotiv dans le Dt.  Écouter au sens biblique c’est plus qu’entendre. C’est adhérer, faire sien, mettre en acte.

Ø  Un passage qui fait mémoire de la manifestation de Dieu au mont Sinaï, et dans laquelle le peuple a reconnu la voix du Seigneur : Dt 5, 24-27 : « Voici que le Seigneur notre Dieu nous a montré sa gloire et sa grandeur, et que nous avons entendu sa  voix du milieu du feu. Nous avons vu aujourd’hui que Dieu peut parler à l’homme, et l’homme rester en vie. Et maintenant, pourquoi devrions-nous mourir ? Car ce grand feu pourrait nous dévorer si nous continuons à écouter la voix du Seigneur notre Dieu, et nous pourrions mourir. Est-il en effet un être de chair qui puisse rester en vie après avoir entendu comme nous la voix du Dieu vivant parlant au milieu du feu ? Toi approche pour entendre tout ce que dira le Seigneur notre Dieu, puis tu nous répéteras ce que le Seigneur notre Dieu t’aura dit ; nous l’écouterons et nous le mettrons en pratique. »

Ø  Un autre passage de l'AT qui renvoie à l'écoute d'un Dieu qui nous parle parfois comme une « brise légère » : « Et voici que le Seigneur passa. Il y eut un grand ouragan, si fort qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers, mais le Seigneur n’était pas dans l’ouragan ; après l’ouragan un tremblement de terre, mais le Seigneur n’était pas dans le tremblement de terre ; et après le tremblement de terre un feu, mais le Seigneur n’était pas dans le feu ; et après le feu, le bruit d’une brise légère. Dès qu’Élie l’entendit, il se voilà le visage avec son manteau, il sortit et se tint à l’entrée de la grotte. «  (1 Rois 19, 11-13)

Ø  L’écoute est aussi dans le NT une attitude fondamentale :

- La parabole des deux maisons, bâties sur le sable et sur le roc : « Celui qui écoute mes paroles et les met en pratique est semblable à un homme qui a bâti sa maison sur le roc… »

- Lors des 2 grandes théophanies, baptême du Christ et Transfiguration : « Celui-ci est mon fils bien-aimé, écoutez-le ! »

- Lc 8, 21 : « Qui sont ma mère, qui sont mes frères : quiconque écoute la Parole de Dieu est pour moi une mère, un frère »

- Jn 10 : « Mes brebis écoutent ma voix »

- Jn 5, 25 : « Qui écoute mes paroles a la vie éternelle »

Ø  Il y a plusieurs types d’écoute :

- Écoute de Dieu, de sa Parole

- Écoute de la création à travers laquelle Dieu nous parle

- Écoute  des événements, à travers lesquels Dieu veut nous dire quelque chose ; cf. plus loin : les événements peuvent devenir Parole de Dieu pour notre vie.

- Écoute de nos frères et sœurs à travers qui Dieu nous parle aussi. Dans notre Règle de vie, il y a un passage sur l’obéissance mutuelle : « L’obéissance veut aussi que tu écoutes les autres, non seulement ce qu’ils disent, mais ce qu’ils sont. Cette attitude t’apprendra à  ne pas écraser, ni dominer, ni troubler tes frères et sœurs, mais à les aider à être eux-mêmes, et à les conduire à la liberté. » 

La parole du Seigneur

Ø  Il faut se rappeler qu’en hébreu, le même mot, davar, signifie à la fois événement, vision et parole. On trouve souvent dans la bible ce schéma : « Après ces événements (devarîm), la Parole (davar) de Dieu fut adressée au prophète. » La parole de Dieu vient donner sens à ces événements, et ces événements deviennent parole.
La parole de Dieu, c’est souvent Dieu qui nous parle à travers les événements de notre vie. Nous avons à lire ces événements sous la lumière de Dieu pour qu’ils deviennent parole de Dieu dans ma vie. Donc, écouter la parole de Dieu, c’est aussi écouter les événements pour voir ce que Dieu veut me dire à travers eux.

Ø  Il faut aussi garder l’idée de vision que contient le terme hébreu davar. La Parole de Dieu est aussi vision, vision d’avenir, parole qui nous montre, nous ouvre un chemin d’avenir.

Ø  La Parole du Seigneur est aussi une parole qui fait ce qu’elle dit, une parole efficace : Is 55, 10, 11 : « De même en effet que la pluie et la neige descendent su ciel n’y retournent pas sans avoir abreuvé la terre, sans l’avoir fécondée et fait germer, pour qu’elle donne la semence au semeur et le pain à celui qui mange, ainsi en est-il de la parole qui sort de ma bouche : elle ne retourne pas vers moi sans effet, sans avoir exécuté ce que je voulais, et fait réussir ce pour quoi je l’ai envoyée. »

Ø  // revient au v. 12 : Ainsi parle le Seigneur… 

Vous qui tremblez à sa parole

Ø  // v. 2 : « Celui vers qui je porte les yeux, c’est le pauvre, l’humilié, celui qui tremble à ma parole. » Dans la Bible, on a parlé d’une option préférentielle de Dieu pour les pauvres, les anawîm, les humbles.

Ø  Il y a en arrière fond la notion de  crainte du Seigneur, qui n'est pas à confondre avec la peur : il s'agit d'une crainte filiale, faite de respect et de révérence; elle est l'attitude de l'être humain devant la transcendance divine, mais jointe à une confiance en Dieu.

Selon l’Ecclésiastique, « le principe, la racine, la plénitude, le couronnement de la sagesse c’est de craindre le Seigneur. » (Ec 1, 14-18) une formule qui se  retrouve à de multiples reprises dans les livres sapientiaux.  C’est donc une attitude religieuse fondamentale, si elle est bien comprise.

Les frères qui vous haïssent et vous excluent

Ø  Il s’agit probablement des frères restés au pays pendant la période de l’exil, et qui ne partageaient pas les mêmes espoirs que les exilés, ni leur foi purifiée par le creuset de l’épreuve. (cf. Osty 1651, note 5)

Ø  Il peut s’agir aussi des personnes haut placées à Jérusalem qui excluaient et exploitaient les plus humbles

Une voix

Ø  Écouter, entendre la voix du Seigneur revient aussi dans le Dt.

Ø  Savoir reconnaître la voix du Seigneur, qui n’est pas forcément dans le tremblement de terre, dans l’ouragan, mais dans le murmure d’une brise légère. Cf.  Élie à l’Horeb : 1 Rois 19, 11-13

Ø  Dans le Ch. 10 de St Jean, sur le bon pasteur, la caractéristique des brebis est de savoir reconnaître et d’écouter la voix du berger.

V. 7-9 : L’enfantement de Sion

Ø  Une grande insistance : 7 verbes pour exprimer l’enfantement.

Ø  On a ici en quelque sorte la situation inverse d’Is 26 : en Is 26, il y avait les douleurs de l’enfantement, mais pour enfanter du vent ; ici, il y a l’enfantement avant que viennent les douleurs.

Ø  Il y a des termes qui expriment la surabondance, et aussi quelque chose qui vient subitement, prodigieusement, quand on ne l’attendait pas.

Ø  Aussi des termes qui parlent au passé, de cet enfantement comme quelque chose de déjà réalisé : Pour Dieu, le futur est comme du passé, de l’accompli : il le voit déjà à son état de réalisation. Dieu voit tous les événements de l’histoire du salut, de notre vie dans la perspective de l’avenir, dans la perspective de leur accomplissement, de leur terme : ce vers quoi Dieu veut les conduire.

C’est le sens de toutes les prophéties : montrer l’avenir pour que nous ajustions notre présent, notre agir, à ce projet de Dieu.

Ø  Il y a aussi des termes qui présentent cet enfantement comme quelque chose qui arrivera en toute certitude : « Ouvrirai-je le sein pour ne pas faire naître ? dit le Seigneur. Si c’est moi qui fais naître, fermerai-je le sein ? dit ton Dieu ». Nous devons donc croire à cette naissance, car Dieu la voit déjà comme réalisée.

Ø  Dieu est présenté comme celui qui fait naître, la sage-femme. Se rappeler ce que j’ai dit lors de l’exposée précédent : le Dieu aux entrailles maternelles, « le Dieu utérin », le Dieu qui donne la vie, le Dieu qui fait naître. Ou encore le Dieu matriciel, selon Chouraqui. Ce dernier a inventé le mot matriciel comme attribut fondamental de Dieu ; dans sa traduction de la bible, il traduit systématiquement le mot miséricordieux par matriciel, pour rendre l’idée de matrice de rahamîm ; Dieu est matriciel ;  mais s’il a inventé le mot, la réalité était déjà bien présente dans la Bible.

V. 10-11 : Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse

Ø  Le thème de la joie, de la consolation, même s’il n’est pas aussi central que dans le livre de la Consolation, est bien présent dans notre texte : Réjouissez-vous, exultez en elle, soyez dans l’allégresse, je vous consolerai, vous serez consolés, sein consolateur, votre cœur sera dans la joie.

Ø  Cet appel à la joie vient sous forme impérative : Réjouissez-vous ! Tout le projet de Dieu peut se résumer à ces deux mots : Sois heureux ! Dieu a créé l’être humain pour le bonheur, et il veut lui communiquer son propre bonheur, sa propre béatitude. St Ignace : « C’est le propre de Dieu de donner la véritable allégresse et joie spirituelle. « (329) Et la Parole de Dieu est donnée à l’homme pour lui montrer le chemin de ce bonheur.

Ø  Dans le 1er discours de Jésus en Mt, le premier mot est Heureux ! Jésus est venu apporter la Bonne Nouvelle, et cette Bonne Nouvelle est le bonheur de l’homme. Les Béatitudes en sont comme la charte. Un bonheur paradoxal, qui se réalise à travers ce qui semble apparemment son contraire. Mais si on garde l’image des douleurs de l’enfantement, et de la joie qui en découle, on comprend mieux la nature de bonheur, et pourquoi il passe par les béatitudes

Ø  Un parallèle à notre passage dans le NT, aussi lu pendant le temps de l’avent : Ph 4, 4-7 : « Réjouissez-vous dans le Seigneur, je le redis encore, réjouissez-vous. (…) Le Seigneur est proche. N’entretenez aucun souci ; mais en tout besoin recourez à la prière et à l’action de grâces, pour présenter vos requêtes à Dieu. Alors la paix de Dieu, qui surpasse toute intelligence, prendra sous sa garde vos cœurs et vos pensées, dans le Christ Jésus. »

J.-L. Bruguès : « L’homme est heureux en réalisant ce pour quoi il est fait. » (2, II, p. 48)  En devenant ce à quoi il est appelé, en devenant pleinement lui-même, pleinement image et ressemblance de Dieu. Il est vraiment heureux en participant à la vie même de Dieu, au bonheur même de Dieu.

Donc un appel impératif à la joie, à l’action de grâces, qui semble même être une caractéristique fondamentale des chrétiens.

Un passage de notre Règle de vie qui dit : « Ton cheminement sur les sentiers de la vie variera au cours des années. Il y a des années de bonheur, des années de souffrances ; des temps d’abondance, des temps de dénuement ; (…) Tout cela fait partie de la vie, et cela vaut la peine de ne pas s’arrêter en chemin. Tout peut devenir occasion de croissance, de naissance » (ch. 13) et d’action de grâces.

Il y a peut-être là une clef du bonheur, comme le disait St Ignace : « Trouver Dieu en toute chose et toute chose en Dieu. » Si l’on voit, si l’on trouve Dieu en toute chose, et toute chose en Dieu, on a trouvé le vrai bonheur sur cette terre.

Ø  Maître Eckhart : « Accueille Dieu en toute chose… car Dieu est en toute chose…car Dieu est Un… Toutes les choses seront pour toi une manifestation de Dieu. » (Cité in A. Grün, Conquérir, p. 80) Cf. davar = à la fois événement et parole.

V. 11 : afin que vos soyez allaités

Ø  Jérusalem est celle qui enfante et qui allaite ses enfants. Jérusalem est celle dont découle la vie des enfants. Et les termes expriment une grande générosité et surabondance… On retrouvera au v. 12 des images maternelles, d’une incroyable tendresse, en lien avec Jérusalem.

Ø  Cf. exposé précédent : nous sommes appelés à une nouvelle naissance, et le lieu de cet engendrement est l’Église, la nouvelle Jérusalem, qui est comme le sein maternel.

Ø  A plusieurs reprises dans le 3ème Isaïe on trouve des images maternelles, en Is 49, elles sont même reliées directement à Dieu : « Sion avait dit :"Yahvé m’a aban­donnée, le Seigneur m’a oubliée." Une femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles ? Même si les femmes oubliaient, moi je ne t’oublierai pas. Vois, je t’ai gravé sur les paumes de mes mains. » (Is 49, 14-15) Ici, la mère c’est Dieu, et l’enfant Sion ou Jérusalem.

Ø  Les « afin que » relient cette surabondance à la joie et l’allégresse, mais dans un ordre étonnant : la joie est la cause de la surabondance, et non l’inverse. Qu’est-ce que cela veut nous dire ? Le Ps 36, 4 dit : « Mets ta joie dans le Seigneur, il comblera les désirs de ton cœur. Dirige ton chemin vers le Seigneur, fais-lui confiance et lui agira. » Même inversion.  Oui, dans la mesure où je mets ma joie dans le Seigneur, lui pourra me combler, et même plus que les désirs de mon cœur….

V. 12 : voici que je fais  couler vers elle la paix comme un fleuve

Ø  On retrouve ici la paix, le shalom, mais ici avec la surabondance d’un fleuve.

Ø  v. 11 : Jérusalem qui était source. Mais Jérusalem trouve elle-même sa source en Dieu.

Ø  Il y a un texte d’Ézéchiel qui décrit le temple de Jérusalem comme une source de vie (mais sans utiliser l’image maternelle) Ez 47 parle de l’eau qui jaillit du temple : « Au bord du torrent, sur chacune de ses rives, croîtront toutes sortes d’arbres fruitiers dont le feuillage ne se flétrira pas, et dont les fruits ne cesseront pas : ils produiront chaque mois des fruits nouveaux, car cette eau vient du sanctuaire. Les fruits seront une nourriture et les feuilles un remède. » (v. 12)

TOB 1084 : « Les écrits johanniques ont vu la réalisation de l’oracle prophétique dans le corps de Jésus-Christ, Temple nouveau (Jn 2, 21), qui laisse s’épancher, se son côté (Jn 19, 34), une eau "jaillissant pour la vie éternelle" (Jn4, 14 ; 7, 37-39) » (Note f)

On a vu dans l'exposé précédent que selon St Paul (Ga 4, 27) la Nouvelle Jérusalem, la Jérusalem messianique est le peuple chrétien, et elle est notre mère.

Le ch. 21 de l’Apocalypse de St Jean, qui décrit la Jérusalem céleste, reprend la citation d’Ézéchiel 47, en signifiant ainsi que là est sa pleine réalisation.

Ø  Il y a la Jérusalem historique, la Jérusalem nouvelle, messianique, qui peut être identifiée au Corps du Christ. Nous sommes appelés à un enfantement, une nouvelle naissance. Le lieu de cet engendrement est cette Jérusalem nouvelle, l’Église, le Corps du Christ, qui est comme le sein maternel, le lieu matriciel.

v. 14 : Vos os seront florissants comme l’herbe

Ø  Pour nous, les os ne signifient rien, la mort tout au plus. Mais ils sont très importants dans la pensée biblique. On les retrouve tout au long des psaumes. Osty : « Les os tiennent une grande place dans la physiologie biblique. » (p. 1651, note 14) Les os, c’est la colonne vertébrale de l’être humain, ce qui le tient debout. Des os florissants sont le signe d’un être humain en pleine santé.

Ø  Il est dit dans le Ps 34, 20-21 : « Malheur sur malheur pour le juste, mais de tous, le Seigneur le délivre. Le Seigneur garde tous ses os, pas un sera brisé. »

Et quand il est dit de Jésus mort sur la croix que « aucun de ses os ne sera brisé » (Jn 19, 36), c’est pour signifier que, malgré tout ce qu’on lui a fait, on n’a pas pu atteindre son intégrité, la partie la plus centrale de lui même est restée intacte.

Dit autrement, vous pouvez toujours atteindre mon corps, la surface, la partie extérieure de moi-même, mais vous ne pouvez rien contre mes os, contre mon intégrité. Il y a en moi une partie solide, qui peut résister à tout.

La main du Seigneur se fera connaître

Ø  C’est bien évidemment une métaphore, puisque Dieu n’a pas de mains.

Ø  La main, c’est « le signe de l’action, de l’expression, de la relation. » (VTB 138) Au début du ch. 66 d’Isaïe, il est dit que le ciel et la terre, c’est la main du Seigneur qui les a faits. « Comme la main du potier, elle façonne » (VTB 138), elle crée. Elle est la manifestation de la puissance de Dieu.

Ø  « Connaître la main du Seigneur », c’est connaître sa puissance créatrice, c’est croire à sa capacité de créer, de recréer toute chose, à sa capacité de faire toute chose nouvelle ; de faire que toute chose puisse devenir occasion de naissance. C’est peut-être « voir Dieu en toute chose et toute chose en Dieu », comme dit St Ignace.

Ø  J. Philippe : « C’est une vérité absolument fondamentale : Dieu est capable de tirer profit de tout, du bien comme du mal, du positif comme du négatif. C’est en cela qu’il est Dieu, et qu’il est le "Père tout-puissant" que nous confessons dans le Credo. » (La liberté, p. 44)

4. Conclusion

Ø  La force des mots et des images exprimés pour décrire la nouvelle Jérusalem va bien au-delà d’un simple rétablissement historique de la ville. Il y a en arrière fond le projet de Dieu dans la Jérusalem messianique, la Jérusalem d’en haut.

Ø  Il y a sous-jacente l’image de la Nouvelle Jérusalem comme d’un lieu source de vie, d’un lieu matriciel dirait Chouraqui, d’un lieu qui fait naître, qui enfante à la vie.

Ø  L’image de Dieu que nous révèle ce texte :

« Dieu est comme une "mère pleine de tendresse, d'une affection démesurée et sans conditions". Et le peuple peut alors garder cette confiance que ce Dieu-mère ne saurait abandonner ses enfants quels que soient les erreurs et les fautes qu'ils auraient pu commettre. N'est-ce pas en effet le propre de l'amour maternel que d'aimer ses enfants sans raisons objectives, sans conditions: une mère qui n'aimerait ses enfants que s'ils sont beaux ou s'ils réussissent dans la vie, que s'ils sont parfaits et sans défauts, nous la considérerions comme une mère indigne! Une mère aime et continue à aimer simplement parce que ce sont ses enfants - et que cela est une raison suffisante!

Dieu éprouve pour chacun de nous un amour maternel - voilà ce dont on peut prendre conscience avec cette invocation : "Dieu, père et mère de tout ce qui vit".   Un amour que nous n'avons pas mérité et qui nous est donné et re-donné par pure grâce, un amour gratuit quelle que soit notre réponse à cet amour…et même si nous suivons des chemins de vie parfois tortueux… On pourrait dire que dans le texte d'Esaïe, le peuple d'Israël est comparé à un adolescent rebelle, qui a voulu prendre son indépendance, ne plus obéir à ses parents, et qui s'est fourvoyé sur des chemins qui ont eu des conséquences désastreuses [l’exil à Babyone]. On pourrait imaginer un discours culpabilisant à cet adolescent -discours paternel sévère- : "Voilà, tu as bien mérité ce qui t'arrive! C'est la conséquence de ta désobéissance…Je te l'avais bien dit"… C'étaient les discours de la plupart des théologiens de l'époque… qui invitaient le peuple à la repentance et à l'obéissance pour calmer la colère divine…et pour atténuer un peu la punition… Esaïe lui dit à l'adolescent de se réfugier dans les bras de sa mère, d'accepter sa tendresse et son amour, de ne pas se sentir abandonné, mais de faire l'expérience intime de cet amour plus fort que toutes les fautes et toutes les trahisons! Pas de repentances, pas de punitions, mais les pleurs de joie et peut-être de regrets de celui qui reconnaît qu'il a fait du mal à sa mère par son attitude et qui ne demande qu'à ressaisir cet amour.

N'est-ce pas de ce Dieu maternel dont ne cesse de témoigner Jésus dans tout l'évangile? Un Dieu de tendresse et de miséricorde, un Dieu qui nous aime simplement parce que nous sommes ses enfants et qui ne cherche aucune autre raison pour nous aimer. C'est notamment le sens de la parabole du fils prodigue…où l'on voit cette attitude tendre et maternelle manifestée par… le père, signe qu'il ne faut pas absolutiser ces images et ces symboles.

Comme un enfant a besoin d'un père et d'une mère pour grandir, évoluer et s'épanouir (ou du moins, d'un référent paternel et d'un référent maternel qui ne sont pas forcément le père et la mère biologiques!), de même dans notre vie de foi, nous avons besoin de cet équilibre d'un Dieu paternel et maternel, d'un Dieu qui donne la Loi, dit l'Interdit et place les limites, qui nous sépare des fusions dangereuses qui peuvent devenir des confusions où nous n'arrivons plus à trouver notre place… d'un Dieu Père… mais nous avons aussi besoin d'un Dieu qui nous tend les bras, nous accueille avec tendresse, nous permet de vivre une intimité forte, un Dieu à l'amour inconditionnel…bref d'un Dieu mère, pour ne pas nous figer dans une attitude d'obéissance servile sans affection et sans joie. » (Baden, Lenzbourg, Zofingue, dimanche 11 mai 2003)

Isaïe 66, 5-14 : la jérusalem nouvelle : appropriations

1.    Je peux méditer sur la notion d’écoute : écoute de Dieu, de sa Parole, de la création, des événements, de mes frères et sœurs (ce qu’ils disent et ce qu’ils sont)

2.    Je peux méditer sur certains événements peut-être douloureux de ma vie, pour qu’ils deviennent Parole, lieu de naissance.

3.    Est-ce que je sais bien reconnaître la voix du Seigneur dans la brise légère (= dans des manifestations ténues, discrètes), et est-ce que j’ai tendance à la chercher dans l’ouragan, le tremblement de terre (= derrière des signes trop criants)

4.    Je peux prier avec la notion de Dieu matriciel de Chouraqui, de Dieu aux entrailles maternelles, Dieu qui fait naître, dans le contexte de cette parole d’Isaïe.

5.    En quoi les impératifs Réjouissez-vous, exultez, soyez dans l’allégresse, m’interpellent (éventuellement en lien avec les paroles de Ph 4, 4-7 ; 1Th 5, 18 ; Ep 5, 20 ; ou l’extrait de la Règle de vie du Cénacle.)

6.    Je peux méditer avec les nombreuses images maternelles du texte en les transposant à Dieu et à ma vie.

7.    Que signifie pour moi l’expression : « Vos os seront florissants comme l’herbe » ?

 

                                                                                                    Maret Michel, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges