IX. Chrétien, deviens ce que tu es 

 

O      On avait déjà eu une anthropologie biblique dans le dernier parcours sur l’estime de soi, et nous ne voulions pas répéter ce qui avait déjà été fait. Cette fois-ci, je suis parti du Nouveau Testament. Si la première anthropologie biblique présentait le Qui suis-je ? en tant qu’être humain, aujourd’hui je le présenterai en tant que chrétien. Je le ferai sous la forme de 10 propositions commençant toutes par Tu es. Pour chacune, je ferai ressortir l’exigence de devenir conforme à ce Tu es. Chrétien, deviens ce que tu es !  Dix propositions qui sont comme 10 facettes d’une même réalité :  l’être chrétien.

O      Pour chaque proposition, il y a ce qui est donné, comme potentialité, comme une semence ; il y a ce qui doit être activé, sans quoi ce donné reste comme endormi. Au­tre­ment dit : « Deviens ce que tu es ! » Active ces forces de vie qui sommeillent en toi !

O      L’image des graines est à ce propos très éclairante. Toutes les graines, une fois arrivées à maturité, sont en dormance. Quelque chose doit casser ce mécanisme de dormance pour les activer. Ainsi, on a trouvé des graines de blé dans les pyramides d’Egypte, et on les a fait germer ; il leur fallait seulement un peu d’eau pour qu’elles puissent entrer en germination. Plus encore, la plupart des graines ont un tégument (une enveloppe) très dur qui empêche l’eau de pénétrer. Un exemple caractéristique :  les graines de bananier qu’il faut limer profondément pour qu'elles puissent germer. Quelque chose doit percer ce tégument pour que l’eau puisse pénétrer. Ce peut être le gel, les intempéries, l’usure, le feu… Dans notre vie, ce qui peut casser ce mécanisme de dormance, ce peut être les épreuves, les deuils, les pertes, un accident, une maladie…

O      Une autre image de St Grégoire de Nysse, celle du sculpteur :  « Le sculpteur n’ajoute rien à la matière dont il dispose, il lui retire ce qui est de trop pour faire voir de qui était déjà :  faire jaillir le fondement en brisant l’apparence de la forme. » Faire voir ce qui était déjà là :  deviens ce que tu étais déjà ! Vaste chantier :  tout au long de notre vie, nous avons à laisser naître l’homme intérieur en nous, à aider l’homme intérieur à faire surface, à sortir du tombeau ; accueillir le souffle créateur de Dieu qui, par sa Parole venue en ma chair, en ma vie, ne cesse de nous enfanter à notre identité profonde.

1. Tu es une parcelle du Royaume de Dieu :  Celui-ci est au plus intime de toi

O      Dans le récit de la création dans la Genèse, il faut regarder Adam et Ève comme les modèles de l’humanité. Suite à la désobéissance d’Adam et Ève, ceux-ci sont exclus du Jardin d’Eden, ou plutôt, ce sont eux qui s’en sont exclus. Lu plus spirituellement, ils se sont exilés de leur terre intérieure, de leur cœur, de leur être profond, là où Dieu réside. Et tout le projet de Dieu au cours de l’histoire du Salut sera de les y ramener.

O      Cela se fera d’abord d’une manière assez terre à terre, par la délivrance de la servitude en Egypte, et la promesse de la Terre promise (servitude en Egypte qui est le modèle de toutes nos servitudes intérieures). Puis par l’établissement d’un Royaume, avec la promesse d’un Royaume éternel. Lors de l’Exil à Babylone (modèle de tous nos exils intérieurs), ce sera la promesse du retour sur la Terre promise. Peu à peu, cette notion de Terre promise, de Royaume, va se spiritualiser. L’être humain est appelé à quitter son exil, et à cheminer vers sa terre intérieure, à retrouver son cœur profond, les couches profondes de son être. Je suis appelé à retrouver cette part de moi-même de laquelle je suis comme exilé.

O      Jésus va complètement spiritualiser le Royaume : Lc 17, 21-22 : « La venue du Royaume ne se laisse pas observer ostensiblement, et l’on ne dira pas : Voici, il est ici ! Ou bien : il est là ! Car voici que le Royaume de Dieu est au dedans de vous. » Ou « au cœur de vous » ; autrement dit, dans votre cœur. Ou encore autrement : La Terre promise est au-dedans de toi ; tu es une parcelle du Royaume de Dieu.

·        Est-ce que je peux repérer en moi, une parcelle de mon être dont je suis comme exilé, une parcelle que je suis appelé à recontacter ?

O      Aujourd’hui encore, Dieu nous appelle au cœur de notre vie, en famille, au travail, en Eglise et dans la société à être le terreau où peut germer et se construire cette communauté humaine au sein de laquelle chacun peut devenir en vérité ce qu’il est appelé à être. Peut-être me poser les questions : 

·        Est-ce que je repère les semences du Royaume dans cette terre promise, qui est un au-dedans de soi, et que je suis appelé à cultiver ?

·        Est-ce que je prends suffisamment le temps au cours d’une journée, d’une semaine, d’un mois, d’habiter consciemment cette terre intérieure pour la visiter et l’abreuver ; dit autrement, d’être attentif au mouvement de la vie qui m’habite, d’y discerner les appels de la vie ?

2. Tu es le temple de Dieu

O      Dans ses écrits aux Corinthiens, St Paul exprime l’incroyable grandeur, dignité de l’être humain, et la conséquence qui est de nous comporter à la mesure de cette grandeur. 1 Co 3, 16 : « Ne savez-vous pas que vous êtes un Temple de Dieu, et que l’Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu’un détruit le Temple de Dieu, celui-là Dieu le détruira. Car ce Temple de Dieu est sacré et ce Temple c’est vous. »

O      1 Co 6, 19-20 : « Ne savez-vous pas que votre corps est un Temple du Saint-Esprit, qui est en vous et que vous tenez de Dieu, et que vous ne vous appartenez pas ? Glorifiez donc Dieu dans votre corps. »  Encore 2 Co 6, 16.

O      Si je suis le Temple de Dieu, je dois respecter ce Temple, et me comporter en conséquence. Je suis appelé à un immense respect envers mon corps qui est plus qu’une enveloppe charnelle, mais qui est comme les murs d’un temple, lequel est quelque chose de sacré, d’infiniment précieux.

·        Comment est-ce que je regarde, comment est-ce que je traite, je respecte mon corps ? Comment est-ce que je traite le corps, tout l’être de ceux que je côtoie, et qui sont aussi des temples de Dieu ? Selon la manière dont je traite mon corps, il en résultera une paix intérieure, une unification, signes d’une présence habitée.

·        Comment pourrais-je mieux habiter ce temple, mieux le respecter ?

O      « Glorifiez Dieu dans votre corps ! » :  Ceci est un appel à notre responsabilité de veiller sur le rapport à notre corps, dans ces trois dimensions qui sont constitutives de notre être :  physique, psychologique, spirituel. Négliger l’un entraîne des conséquences négatives sur les autres.

·        M’interroger sur la manière dont je nourris mon corps à travers les 5 sens : 

- La vue :  ce que je regarde et la manière de le regarder, ce que je lis…

- L’ouïe :  comment j’exerce mon écoute, comment je me nourris des moyens audio…

- Le toucher :  proximité et distance ; respect vis-à-vis de moi – de l’autre ?

- Le goût : mon rapport à la nourriture, à la boisson ?

- L’odorat :  sentir l’odeur de la vie ; mais aussi reconnaître et sentir que chaque être humain a un parfum, une couleur particulière qui révèle quelque chose de la beauté de son être.

3. Tu es collaborateur de Dieu

O      Dans d’autres passages, Paul utilise des images plus dynamiques : « Nous sommes les coopérateurs de Dieu, vous êtes le champ de Dieu, l’édifice de Dieu » (1 Co 3, 9) Il y a donc ce qui est donné, mais aussi la part qui nous revient : un terrain à travailler, un édifice à construire.

O      J’aime à dire que nous sommes co-créateurs aux côtés de Dieu : nous avons pour mission de continuer son œuvre de création, ou de recréation, dans le monde.

O      Ceci est bien exprimé dans le 2ème récit de la création par l’image d’Adam, jardinier de Dieu en Eden : il y est dit que rien ne poussait encore sur la terre avant que l’homme soit là pour cultiver le sol. Donc Dieu veut se rendre dépendant de l’être humain pour continuer sa création :  « Au temps où Yahvé Dieu fit la terre et le ciel, il n’y avait encore aucun arbuste dans les champs et aucune herbe des champs n’avait poussé car (…) il n’y avait pas d’homme pour cultiver le sol. » (Gn 2, 4b-5)  Et Dieu met l’homme dans le jardin pour le garder et le cultiver. Selon ce récit de la Genèse, la création n’est pas achevée sans le travail de l’homme.

O      Être co-créateur aux côtés de Dieu conduit nécessairement au discernement des esprits et au combat spirituel (cf. plus loin) pour chercher au plus profond de nous les ressources afin de poser des actes responsables qui sont en cohérence avec notre parole et notre foi.

·        Ai-je vraiment conscience de ma dimension de co-créateur aux côtés de Dieu, créateur d’un monde juste et bon ? Comment pourrai-je être plus collaborateur de Dieu en ce monde ? Quels sont les terrains que j’ai à travailler.

·        A quel chantier est-ce que je me sens appelé à mettre en route ?

4. Tu es une créature nouvelle, une création nouvelle

O      St Paul utilise encore l’image de la créature nouvelle pour qualifier notre être de chrétiens. 2 Co 5, 17 : « Si donc quelqu’un est dans le Christ (vit de la vie du Christ), il est une créature (création) nouvelle. L’être ancien a disparu, un être nouveau est là. »

O      Il y a beaucoup de chrétiens qui sont comme des graines en dormance, qui n’ont pas activé la force de germination du Royaume qui est en eux ; la créature nouvelle reste à l’état de semence, sans déployer ses forces de vie. Tu es une création nouvelle :  deviens ce que tu es profondément, active cette vie nouvelle qui sommeille en toi !

O      C'est pourquoi Paul insiste à multiples reprises sur la nécessité de la participation du chrétien pour que cette créature nouvelle soit active : Ep 3, 22-24 : « Il vous faut aban­don­ner votre premier genre de vie et dépouiller le vieil homme (…), pour vous renou­veler par une transformation spirituelle de votre intelligence, et revêtir l’Homme Nouveau qui a été créé selon Dieu dans la justice et la sainteté qui viennent de la vérité. »

O      Dans la lettre aux Colossiens, St Paul explicite en quoi cela consiste concrètement, ce qui est le cœur de l’attitude chrétienne : « Vous donc, les élus de Dieu, ses saint et ses bien-aimés, revêtez des sentiments de tendre compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous mutuellement les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement, si l’un a contre l’autre quelque sujet de plainte. Le Seigneur vous a pardonné, faites de même à votre tour. Et puis, par-dessus tout, la charité en laquelle se noue la perfection. Avec cela, que la paix du Christ règne dans vos cœurs : tel est bien le terme de l’appel qui vous a rassemblés en un même Corps. Enfin, vivez dans l’action de grâces. » (Col 3, 12-15) Si je suis une créature nouvelle, je dois avoir dans ma vie des comportements renouvelés, sans quoi je ne suis pas fidèle à ce que je suis.

·        A quels comportements renouvelés est-ce que je me sens appelé ? Quel changement de vie ? Quelles attitudes est-ce que je perçois comme pas compatibles avec l’état de créature nouvelle, avec la vie du Royaume de Dieu et avec l’Evangile ?

·        Est-ce que pourrais me sentir appelé à une démarche explicite d’adhésion à mon état de créature nouvelle ? (par exemple :  « Aujourd’hui, je fais le choix d’adhérer à mon être de créature nouvelle, et d’agir en conséquence,…)

·        Qu’est ce qui me met en situation de « dormance », de léthargie ? Peut-être absence de connaissance de mes propres désirs au plus profond de mon être ? Absence de sens et d’orientation, de projet de vie porteur de sens ? Non reconnaissance de mes propres dons-talents enterrés ?

5. Tu es ressuscité avec le Christ

O      Selon St Paul, je suis ressuscité avec le Christ, je suis porteur de la force de vie de sa résurrection. Col 3, 1-4 : « Du moment que vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses d’en haut, là où se trouve le Christ, assis à la droite de Dieu. Songez aux choses d’en haut, non à celles de la terre. Car vous êtes morts, et votre vie est désormais cachée avec le Christ en Dieu. » (// Ep 2, 4-6) Être ressuscité avec le Christ, c’est vivre des valeurs évangéliques, vivre de la vie du Christ ressuscité, vivre de son Évangile ; c’est cela « rechercher les choses d’en haut. ».

O      Comme pour la semence, il s’agit de ne pas rester en dormance. Nous portons en nous une semence de résurrection, qui est prête à produire ses fruits de vie, de recréation, mais qui demande à être activée. C'est pourquoi Paul en appelle à un agir concret : Rm 6, 3…12 : « Baptisés dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que nous avons été baptisés. Nous avons donc été ensevelis avec lui dans le baptême dans sa mort afin que, comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions nous aussi dans une vie nouvelle. » Nous sommes appelés à une vie nouvelle, qui témoigne de la force de vie de la résurrection. Chaque fois que je fais le choix de la vie, face à un choix de mort, j’active la force de vie de la résurrection du Christ, et je deviens un peu plus ressuscité avec lui.

O      St Jean explique cela d’une manière moins théologique et plus concrète : 1 Jn 3, 14 : « Nous savons, nous, que nous sommes passés de la mort à la vie parce que nous aimons nos frères. Celui qui n’aime pas demeure dans la mort. » Passer de la mort à la vie, c’est passer de la haine, de la rancune, du non-amour, à l’amour du prochain.

O      Tu es ressuscité avec le Christ, alors comporte-toi en ressuscité, et non pas en mort vivant, comme le disait M. Zundel.

Selon M. Zundel, la vraie question n’est pas de savoir s’il y a une vie après la mort : «Il est donc bien clair que la vraie question, c’est d’être un vivant avant la mort. Il est bien vrai qu’on entre pas dans le ciel comme s’il s’agissait d’aller quelque part. Il faut devenir le ciel… Il faut devenir la vie éternelle, il faut la devenir dans tout son être ». (In. M. Donzé, Témoins d’une présence, p. 126-127)

Autrement dit, il faut se laisser imprégner de la vie éternelle. Si je vis à la hauteur de ma dignité, si je suis fidèle aux valeurs évangéliques impérissables, si j’habite mon intério­rité, si je suis pleinement homme, alors je deviens la vie éternelle, je m’en imprègne.

·        Ai-je souvenir dans mon histoire d’être  déjà passé « de la mort à la vie » ?

·        Ai-je souvenir dans ma vie de situations difficiles ou douloureuses que j’ai traversées  et qui sont devenues des lieux où Dieu m’a rejoint avec sa force de résurrection ?

·        Qu’est-ce qui en moi aurait besoin de passer de la mort à la vie ? 

6. Tu es enfant de Dieu

O      1 Jn 3, 1 : « Voyez quelle manifestation d’amour le Père nous a donnée pour que nous soyons appelés enfants de Dieu. Et nous le sommes ! Bien aimés, dès maintenant, nous sommes enfants de Dieu, et ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. »

O      Nous sommes enfants de Dieu par son Esprit qui nous es donné. Rm 8, 14 : « Tous ceux qu’anime l’Esprit de Dieu sont fils de Dieu. Aussi bien, vous n’avez pas reçu un esprit d’esclaves pour retomber dans la crainte ; vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait écrier : Abba ! Père ! »

O      Être enfant de Dieu entraîne une confiance de base en la vie, en Celui qui est le Créateur de la vie, une certitude d’être accepté et aimé tel que je suis, une confiance dans l’instant présent.

O      Comme pour la création nouvelle et la résurrection, nous devons nous comporter conformément à ce que nous sommes. Nous sommes appelés à imiter Dieu en suivant l’exemple de l’amour du Christ qui nous a aimés jusqu’à la mort, ainsi que le dit St Paul : 

Ep 5, 1 : « Oui, cherchez à imiter Dieu, comme des enfants bien-aimés, et suivez la voie de l’amour, à l’exemple du Christ qui vous a aimés et s’est livré pour vous. »

·        Ai-je bien conscience d’être enfant de Dieu, et qu’est-ce que cela signifie concrètement pour moi dans ma vie ? A quelle confiance est-ce que cela m’appelle ?

7. Tu es né de nouveau (d’en haut)

O      Chaque chrétien est appelé à naître de nouveau, à naître d’en haut, appelé à naître à la manière d’être et d’agir de Dieu. Autrement dit, naître à la vie de Dieu.

O      Dans l’entretien de Jésus avec Nicodème, Jésus dit : « En vérité, en vérité je te le dis, à moins de naître d’en haut, nul ne peut voir le Royaume de Dieu. (…) A moins de naître d’eau et d’esprit, nul ne peut entrer dans le Royaume de Dieu. Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est esprit. » (Jn 3, 3)

O      Encore une fois, les textes bibliques nous disent que devons être conformes à ce que nous sommes : 1 Jn 4, 7 : « Bien-aimés, aimons-nous les uns les autres, puisque l’amour est de Dieu et que quiconque aime est né de Dieu et connaît Dieu. »

O      Cette idée de nouvelle naissance était chère à M. Zundel : L’Homme existe depuis son entrée en ce monde, mais il doit ensuite naître à lui-même, naître à ce qu’il est appelé à devenir, naître à la vie éternelle, et cela peut être un accouchement de toute une vie. Jésus est en chacun l’accoucheur de notre vraie humanité.

Mais cette naissance à notre vraie identité, à la vie éternelle, se fait à travers un chemin pascal qui peut être douloureux : il n’y a pas d’accouchement, pas d’enfantement sans douleurs. La formule peut être inversée : il n’y a pas de douleurs sans possibilité d’enfantement. Cette nouvelle naissance est commencée lors de notre baptême, mais elle est l’œuvre de toute une vie.

O      Selon St Paul, « toute la création jusqu’à ce jour gémit en travail d’enfantement. Et non pas elle-seule : nous-mêmes qui possédons les prémices de l’Esprit, nous gémissons aussi intérieurement dans l’attente de la rédemption de notre corps. » (Rm 8, 22-23) Donc nous sommes, avec toute la création, dans les douleurs d’un long enfantement, enfantement à la manière d’être, à la vie de Dieu.

·        Ai-je le sentiment parfois d’avoir encore une naissance à vivre ? De passer par les douleurs d’un enfantement ?  Lequel ? 

·        A quelle vie nouvelle m’appelle le fait que je suis né de nouveau ? A quel pas concret cela m’appelle ?

8. Tu es un Porteur du Christ, un théophane

O      Ga 2, 20 : « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi. »

O      Un peu plus loin, Paul utilise l’image du vêtement : Ga 3, 27 : « Vous tous, en effet, qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. » En se rappelant que pour les Hébreux, le vêtement symbolise la personne tout entière. Donc, revêtir le Christ, c’est laisser le Christ pénétrer au plus profond de l’être. Il s’agit d’une transformation, d’un renouvellement de tout l’être.

O      Une notion très importante dans le NT est celle de Corps du Christ : 1 Co 12, 12. 27 : « De même que le corps est un, tout en ayant plusieurs membres, et que tous les membres du corps, en dépit de leur pluralité, ne forment qu’un seul corps, ainsi en est-il du Christ. (…) Or, vous êtes, vous, le Corps du Christ, et membres chacun pour sa part. » Vous êtes le Corps mystique du Christ.

O      On parlait beaucoup autrefois de l’imitation du Christ. De fait, les épîtres de Paul vont plus loin. Annick de Souzenelle le souligne très bien : « J’ose dire que nous ne devons pas imiter Jésus-Christ, mais le devenir. C’est infiniment plus juste, plus fort, plus bouleversant. Chacun de nous est ensemencé d’une semence divine que nous avons à faire croître pour devenir des Christs. » (L’alliance oubliée, Albin Michel, 2005, p. 57)

O      Comme chrétiens, nous avons la vocation de devenir des Théophanes (porteurs de Dieu), des Christophanes (porteurs du Christ) : porteur au sens de porter en soi ; mais aussi de porter au dehors, manifester, rendre visible.

O      L’Évangile n’est pas un écrit, mais Quelqu’un, une personne, Jésus-Christ. D’où l’importance de contempler les attitudes du Christ, sa manière de vivre pour éclairer et nourrir notre propre vie. Pour devenir un porteur du Christ, il faut contempler le Christ.

·        Prendre comme pain de la route, de temps en temps, un passage d’Evangile : 

- L’approfondir et laisser monter ce que me rejoint dans ma conception de la vie, du bonheur, de ma relation aux autres.

- Noter ce qui me touche dans la « manière » du Christ :  dans ses paroles, son comportement différent selon les moments et les situations, là où il a réussi, là où il a échoué.

- Regarder les moyens qu’il prend, ceux qu’il refuse de prendre, ses points d’appui humains et spirituels, les obstacles auxquels il se heurte.

- Qu’est-ce qui en Christ éclaire, conforte, ou interpelle ma propre manière de vivre, de croire et d’aimer ?

- Relever les points de résonance et de dissonance avec ce que je suis, ce que je fais. A quels ajustements suis-je appelé ?

8. Tu es un sacerdoce royal

O      De par le baptême, nous sommes prêtres ; dit autrement, nous sommes appelés à nous offrir nous-mêmes, à offrir notre vie, pour construire le Corps du Christ, pour construire l’Eglise : 1 Pi 2, 5 : « Vous-mêmes, comme des pierres vivantes, prêtez-vous à la construction d’un édifice spirituel, pour un sacerdoce saint, en vue d’offrir des sacrifices spirituels, agréables à Dieu par Jésus-Christ. »

O      Rm 12, 1-2 explicite bien ce sacerdoce spirituel, qui est don de soi : « Je vous exhorte, frères par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu : c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre. » Ce sacerdoce spirituel, c’est transformer dans notre vie ce qui est subi (ce que nous ne pouvons pas changer, déterminismes, épreuves, maladies…) en offrande. Passer du subi à l’offrande.

·        En quel domaine de ma vie est-ce que je me sens appelé à passer du subi à l’offrande ?

9. Tu es prophète :  lumière du monde et sel de la terre

O      De par le baptême, nous sommes aussi prophètes, nous avons une mission de témoignage. Témoins de l’Évangile du Christ. Témoins de l’amour de Dieu. Témoins de la vie plus forte que la mort. Témoins de la force de vie de la résurrection du Christ qui doit se répandre dans le monde.

O      Mt 5, 13-16 : « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel vient à s’affadir, avec quoi le salera-t-on ? Il n’est plus bon à rien sinon à être jeté dehors et piétiné par les gens.

O      Vous êtes la lumière du monde. Une ville au sommet d’un mont ne peut se cacher. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais bien sur le lampadaire, où elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. Ainsi votre lumière doit-elle briller devant les hommes afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux. »

O      Être prophète, on le verra dans le film tout à l’heure, c’est aussi regarder le monde, les événements avec le regard de Dieu, un regard d’espérance, qui sait repérer les signes de vie, un regard qui sait voir le bien qui se cache derrière le mal de ce monde.

·        Que signifie pour moi dans ma vie être prophète, sel de la terre, lumière du monde ?

10. Tu es appelé au combat spirituel

O      La vie chrétienne est un combat permanent :  combat entre les ténèbres et la lumière, combat entre la vie et la mort, combat entre le bien et le mal. Ce combat se déroule à l’intérieur de notre cœur. Saint Paul exprime bien ce combat spirituel à mener, sous une forme imagée : 

« Rendez-vous puissants dans le Seigneur et dans la vigueur de sa force. Revêtez l’armure de Dieu pour pouvoir résister aux manœuvres du diable. Car ce n’est pas contre des adversaires de sang et de chair que nous avons à lutter, (…) contre les esprits du mal qui habitent les espaces célestes. C’est pour cela qu’il vous faut endosser l’armure de Dieu, afin qu’au jour mauvais vous puissiez résister, et après avoir tout mis en œuvre, rester fermes. Tenez-vous donc debout, avec la Vérité pour ceinture, la Justice pour cuirasse, et pour chaussures le Zèle à propager l’Évangile de la paix, ayez toujours en main le bouclier de la Foi, grâce auquel vous pourrez éteindre tous les traits enflammés du Mauvais ; enfin recevez le casque du Salut et le glaive de l’Esprit, c'est-à-dire la Parole de Dieu. » (Ep 6, 10-17)

O      Être chrétien, c’est choisir la vie et refuser la mort ; refuser tout ce qui s’oppose à la vie, ce qui la détruit, la défigure. Cela ne se fera pas sans un combat intérieur. Et ce combat implique précisément un discernement des esprits, discernement entre le bien et le mal, entre l’esprit de vie et de mort.

O      Choisir le Christ, devenir soi, réaliser son unité intérieure, conquérir sa liberté, cela ne se fait pas tout seul, ne se fait pas sans un certain combat.

O      Mais il ne faut pas oublier que ce combat est spécial : C’est Dieu qui combat à nos côtés, pour nous. Il a mené ce combat dans le Christ. Par lui est acquise la victoire sur les puissances du mal et de la mort, et nous sommes donc assurés de la victoire. Mais comme le dit St Augustin, « Dieu qui t’a créé sans toi ne te sauvera pas sans toi. » Le Christ combat pour nous, mais il ne combat pas sans nous.

O      Un aspect de ce combat spirituel est l’ascèse, quelque peu disqualifiée aujourd’hui. Pourtant si on cherche l’étymologie du mot ascèse, on voit qu’en grec il est exprimé par askêsis, qui signifie exercice. L’ascèse « est le travail à réaliser sur soi pour mieux servir et aimer. » (B. Régent, Celui qui veut venir derrière moi,, in Christus N° 215, juillet 2007, p. 287)

O      On se rapproche des Exercices spirituels de St Ignace dans lesquels se vit aussi un certain combat. Il vaut la peine de faire parfois de l’ascèse, de s’exercer à discerner le bien et à renoncer au mal ; ou à refuser une réalité bonne pour une autre meilleure ; devenir soi est à ce prix.

·        Ai-je conscience de vivre dans mon existence des combats intérieurs, des luttes dans lesquels sont engagés le bien et le mal, la vie et la mort ?

·        A quel combat est-ce que je me sens appelé pour vivre authentiquement l’Évangile ?

·        Ai-je des domaines d’ascèse à vivre dans mon existence, pour mieux être fidèle au Christ ?

 

                                                                                                                                          Maret Michel, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges