3.  Deutéronome 30 : Choisis la vie

 

Dt 30, 1-20

1.    Lorsque toutes ces paroles se seront réalisées pour toi,

cette bénédiction et cette malédiction que je t’ai proposées,

si tu les fais revenir en ton cœur,

parmi toutes les nations où le Seigneur ton Dieu t’aura fait errer,

2.    si tu reviens au Seigneur ton Dieu,

si tu écoutes sa voix en tout ce que je t’ordonne aujourd’hui,

de tout ton cœur et de toute ton âme, toi et tes fils,

3.    le Seigneur ton Dieu changera ta destinée, il aura pitié de toi,

il te rassemblera à nouveau du milieu de tous les peuples

le Seigneur ton Dieu t’a dispersé.

4.    Serais-tu banni à l’extrémité des cieux,

       de là même le Seigneur ton Dieu te rassemblerait et il viendrait t’y prendre,

5.    pour te ramener au pays que tes pères ont possédé,

       afin que tu le possèdes à ton tour.

       Le Seigneur te rendras heureux et te multiplieras plus que tes pères.

6.    Le Seigneur ton Dieu circoncira ton cœur et le cœur de ta postérité

       pour que tu aimes le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme, 

       afin que tu vives.

7.    Le Seigneur ton Dieu fera  retomber toutes ces imprécations

sur tes ennemis et sur tes adversaires qui t’ont persécuté.

8.      Toi, tu écouteras de nouveau la voix du Seigneur ton Dieu

et tu mettras en pratique tous ces commandements que je te prescris aujourd’hui.

9.      Le Seigneur ton Dieu te rendra prospère en toute œuvre de tes mains,

dans le fruit de tes entrailles, dans le fruit de ton bétail et dans le fruit de ton sol.

Car de nouveau le Seigneur prendra plaisir à ton bonheur,

comme il avait pris plaisir au bonheur de tes pères,

10.   si tu écoutes la voix du Seigneur ton Dieu, en gardant ses commandements

 et ses décrets, inscrits dans le livre de cette Loi,

si tu reviens au Seigneur ton Dieu de tout ton cœur et de toute ton âme.

11.   Car cette Loi que je te prescris aujourd’hui

 n’est pas au-delà de tes moyens ni hors de ton atteinte.

12.   Elle n’est pas dans les cieux, qu’il te faille dire :

« Qui montera pour nous aux cieux nous la chercher,

que nous l’entendions pour la mettre en pratique ? »

13.   Elle n’est pas au-delà des mers qu’il te faille dire :

« Qui ira pour nous au-delà des mers nous la chercher,

que nous l’entendions pour la mettre en pratique ? »

14.   Car la parole est tout près de toi, elle est dans ta bouche et dans ton cœur

pour que tu la mettes en pratique.

15.   Vois, je te propose aujourd’hui  vie et bonheur, mort et malheur :

16.   Si tu écoutes les commandements du Seigneur ton Dieu que je te prescris aujourd’hui,

et que tu aimes le Seigneur ton Dieu, que tu marches dans ses voies,

que tu gardes ses commandements, ses lois et ses coutumes,

tu vivras et te multiplieras,

le Seigneur ton Dieu te bénira dans le pays où tu entres pour en prendre possession.

17.   Mais si ton cœur se détourne, si tu n’écoutes point

et si tu te laisses entraîner à te prosterner devant d’autres dieux et à les servir,

18.  je vous déclare aujourd’hui que vous périrez certainement

et que vous ne vivrez pas de longs jours sur la terre

vous pénétrez pour en prendre possession en passant le Jourdain.

19. Je prends aujourd’hui à témoin le ciel et la terre :

je te propose la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction.

Choisis donc la vie, pour que toi et ta postérité vous viviez,

20.  en aimant le Seigneur ton Dieu, écoutant sa voix, t’attachant à lui.

Car là est la vie, ainsi que la longue durée de ton séjour sur la terre

que le Seigneur a juré à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob, de leur donner.

 

 

Ø Dieu veut le bonheur de l’homme, il prend même plaisir à son bonheur.

Ø Lien entre l’agir humain et le bonheur, un lien entre cet agir et un plus ou moins de vie. La Parole de Dieu est donnée à l’homme pour lui montrer le chemin de la vie.

Ø Sous-jacent : la liberté humaine, avec son corollaire, la possibilité de choisir la vie ou la mort.

Ø Un appel à écouter la voix du Seigneur pour prendre le chemin de la vie.

1. Le Seigneur te rendra heureux

Ø Dieu a créé l’homme pour le bonheur. Et la principale réalité que Dieu veut offrir à l’homme c’est de lui communiquer son propre bonheur, sa propre béatitude.

Ø J.-L. Bruguès : « L’homme est heureux en réalisant ce pour quoi il est fait. » (Précis de théologie morale, T 2, II, p. 48)  En devenant ce à quoi il est appelé, en devenant pleinement lui-même, pleinement image et ressemblance de Dieu. Il est vraiment heureux en participant à la vie même de Dieu, au bonheur même de Dieu. La Parole (la Loi ou les Commandements) ne fait que tracer le chemin pour arriver à ce bonheur, elle montre les chemins de mort, de malheur.

Ø Au v. 9, il est même dit que le Seigneur prendra plaisir à ton bonheur.  Rien ne peut plus réjouir Dieu que de voir ses enfants heureux. Et inversement, rien ne l’attriste autant que de voir ses enfants malheureux, qui prennent des chemins de mort, de malheur.

2. La Loi, la Parole, l’alliance

Ø La Loi, au sens biblique, c’est l’ensemble du Pentateuque, des 5 premiers livres de la Bible.  Le sens du mot Loi, tout comme celui de commandement, est très proche de celui de Parole : cf. le Ps 118 (119) qui utilise comme synonymes les mots Parole, Loi, commandements, exigences, préceptes. Garder la Loi de Dieu, c’est garder sa Parole, en faire une source de vie

Ø Le v. 6 dit que le Seigneur circoncira ton cœur. La circoncision, c’est le signe de l’Alliance. Circoncire le cœur, c’est dire que cette Alliance doit s’inscrire dans son cœur, et pas seulement dans son corps. En Jr 31,31, aussi en lien avec l’Alliance, Dieu dit qu’il va inscrire la loi dans les cœurs : « Voici venir des jours, oracle du Seigneur, où je conclurai avec la maison d’Israël une Alliance nouvelle.  (…) Je mettrai ma Loi au fond de leur être, je l’écrirai sur leur cœur. » Cette Alliance nouvelle, c’est celle que le Christ a conclue, en son sang, où il écrit sa Loi d’amour dans nos cœurs.

Ø Il découle de cela que la morale chrétienne une morale de l’Alliance : J.-L. Bruguès : « Il a plu à Dieu de conférer son salut à l’intérieur d’une alliance. (…)  L’homme se voit institué comme partenaire. (…). Le salut lui est proposé et non pas imposé. » (Précis de théologie morale) Comme le dit St Augustin : « Dieu qui nous a créé sans nous, ne nous sauvera pas malgré nous. » (Sermon 169, 11, 13)

Ø Dieu ne commande pas comme l’homme commande. Pour Dieu, les commandements sont les lois de vie, ils décrivent le chemin, le passage obligé que l’être humain doit emprunter s’il veut devenir pleinement lui-même, pleinement image et ressemblance de Dieu, les voies qui conduisent vraiment à Dieu et à son Royaume. Les interdits signalent les impasses, les chemins de mort, les obstacles à la vie.

Ø Veritatis Splendor N° 35 : « Dieu qui seul est bon connaît parfaitement ce qui est bon pour l’homme en vertu de son amour même, il le lui propose dans ses commandements. »

3. Écoute

Ø Une grande insistance dans le texte : aux v.  2 . 8.10.16.17.20. Écoute est comme un leitmotiv dans le livre du Dt.

Ø Le Shema, est une prière qui est priée chaque jour par les juifs : Dt 6,4-6 : « Ecoute Israël, le Seigneur notre Dieu est l’unique Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta force. Que ces paroles que je te donne aujourd’hui restent dans ton cœur » (Dt 6, 4-6// Dt 4, 1 ; 5, 1 ; 6, 3 ; 7, 12 ; 9,1 ; 30,16.17.20.) Écouter au sens biblique c’est plus qu’entendre. C’est adhérer, faire sien, mettre en acte. Écouter et obéir son presque synonymes en hébreu.

Ø L’écoute est aussi dans le NT une attitude fondamentale :

- La parabole des deux maisons, bâties sur le sable et sur le roc : « Celui qui écoute mes paroles et les met en pratique est semblable à un homme qui a bâti sa maison sur le roc… »

- Lors des 2 grandes théophanies, baptême du Christ et Transfiguration : « Celui-ci est mon fils bien-aimé, écoutez-le ! »

- Lc 8, 21 : « Qui sont ma mère, qui sont mes frères : quiconque écoute la Parole de Dieu est pour moi une mère, un frère »

- Lc 11, 28 : Heureuses les entrailles qui t’ont porté - Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu et qui l’observent !

- Jn 5, 25 : « Qui écoute mes paroles a la vie éternelle »

Ø Il y a plusieurs types d’écoute :

- Écoute de Dieu, de sa Parole

- Écoute de la création à travers laquelle Dieu parle, veut nous dire quelque chose

- Écoute de nos frères et sœurs à travers qui Dieu nous parle aussi. Dans notre Règle de vie, il y a un passage sur l’obéissance mutuelle : « L’obéissance veut aussi que tu écoutes les autres, non seulement ce qu’ils disent, mais ce qu’ils sont. Cette attitude t’apprendra à  ne pas écraser, ni dominer, ni troubler tes frères et sœurs, mais à les aider à être eux-mêmes, et à les conduire à la liberté. » 

- Écoute de nous-mêmes : Écoute de notre corps, de nos sentiments, de nos émotions, des mouvements intérieurs (motions).

Ø La morale chrétienne est une réponse à un appel, à l’appel de Dieu : J.-L. Bruguès : « La vie morale se présente comme la réponse due aux initiatives gratuites que l’amour de Dieu multiplie dans ses relations avec l’homme. Elle est une réponse d’amour, selon l’énoncé qu’en donne le commandement central du Deutéronome : "Écoute, Israël : le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir. » (Précis, T. 1, p. 53) Un appel à imiter Dieu, à aimer comme Dieu aime.

 

4. le pays, la terre

Ø 4 fois dans notre texte, aux v. 5. 16. 18. 20. Le thème de la terre promise est très important dans l’AT. Il y a en arrière fond l’image du Paradis perdu. C’est la grande promesse faite déjà à Abraham, puis à Israël sorti d’Égypte, d’aller vers la Terre promise, une terre ruisselant de lait et de miel.

Ø Au fil des siècles, cette notion de Terre promise va prendre une signification eschatologique, va se spiritualiser. Avec le Christ, le Royaume terrestre, va devenir le Royaume des cieux. Et ce Royaume n’est pas dans un au-delà, dans le temps ou dans l’espace,  il est au-dedans de nous. Lc 17, 20-21 : « La venue du Royaume de Dieu ne se laisse pas observer, et l’on ne dira pas : "Voici, il est ici ! » ou bien "Il est là !" Car voici que le Royaume de Dieu est au-dedans de vous. » Ainsi, cette Terre promise se trouve au-dedans de nous, au plus profond de notre être. Nous avons à rejoindre cette partie de nous-mêmes où Dieu habite et nous attend, cette partie qui nous est un peu comme une terre étrangère. Cette Terre promise où nous pouvons trouver le silence, le calme  et la paix.

Ø Parole de St Augustin : «  Je t'ai aimé bien tard, beauté ancienne et toujours nouvelle, je t'ai aimé bien tard! Tu étais au-dedans de moi-même. Et moi j'étais au-dehors de moi-même. C'était en ce dehors que je te cherchais, et me ruant sur ces beautés, pourtant créées par toi, j'y perdais ma propre beauté. Tu étais avec moi, mais moi je n'étais pas avec toi…

Tu m'as appelé, tu as crié et tu as triomphé de ma surdité. Tu as brillé, tu as fait resplendir tes rayons et tu as chassé les ténèbres de mon aveuglement. Tu as répandu l'odeur de tes parfums : J'ai commencé à les respirer et j'ai soupiré après toi.  J'ai goûté la douceur de ta grâce et j'ai eu faim et soir de toi. Tu m'as touché et mon cœur est tout brûlant d'ardeur pour la jouissance de ton éternelle paix. » (Confessions, livre X, XXVII, 38.Les Belles lettres, t.II, 1926)

Ø Rejoindre cet au-dedans de nous-mêmes, cette Terre promise, pour trouver la jouissance de l’éternelle paix.

5. rassembler

Ø Le terme revient aux v. 3 et 4. Rassembler est un grand thème lors de l’Exil à Babylone, où les Israélites ont été dispersés en dehors de leur pays.

Ø Dans le récit de la création dans la Genèse, le premier effet de la transgression, du péché, c’est de diviser, désunir, disperser. Désunion entre l’homme et la femme, entre l’homme et Dieu. Le nom de Satan, diabolos, signifie diviser. Toute l’œuvre du salut apportée par Dieu sera de rassembler, de restaurer la communion entre les êtres humains, entre l’homme et Dieu.

Ø Pour cela, Dieu ne va pas sauver les personnes individuellement : il va commencer par constituer une communauté, un peuple, pour progressivement retisser les liens entre les êtres humains.  C’est ainsi la constitution du Peuple de Dieu, Israël.  De même, le Christ ne vient pas annoncer la Bonne Nouvelle à des individus isolés, mais il va d’abord constituer une communauté de disciples, puis après Pentecôte ce sera l’Église. Dieu essaye toujours de rassembler, de réunir. Inversement, chaque fois que le péché s’installe, c’est la division, la dispersion (cf. exil à Babylone).

Ø Ep 2, 14-16 : « C’est lui qui est notre paix, lui qui des deux peuples en a fait un seul, détruisant le mur qui les séparait, en sa chair il a tué la haine, (…) Il voulait ainsi, du Juif et du païen, créer en sa personne un seul Homme nouveau, en faisant la paix et en les réconciliant avec Dieu tous deux en un seul Corps par sa croix » .

6. Aujourd’hui

Ø Aujourd’hui se trouve 3 fois dans le texte : v. 11. 15. 19 : une certaine insistance.

Ø 2  Co 6, 1-2 : « Nous vous exhortons à ne pas recevoir en vain la grâce de Dieu. Il dit en effet : Au moment favorable je t’ai exaucé, au jour du salut je t’ai exaucé. Le voici maintenant le moment favorable, c’est aujourd’hui le jour du salut. »

Ø Il y a peut-être précisément un aujourd’hui pour chacun d’entre nous. C’est toujours aujourd’hui que Dieu veut me rejoindre. Un peu comme pour Zachée : « Aujourd’hui, le salut est entré dans cette maison. » Un Aujourd’hui où Dieu veut me rejoindre et introduire le salut dans ma vie. Et il dépend peut-être précisément que j’accueille cet aujourd’hui pour que Dieu intervienne dans ma vie.  Aujourd’hui, c’est le moment où le temps de Dieu et le temps de l’homme se rencontrent.

7. Afin que tu vives … Choisis la vie

Ø St Irénée : « La gloire de Dieu c’est l’homme vivant. »

Ø Jn 10, 10 : « Je suis venu pour que vous ayez la vie, et que vous l’ayez en abondance. »

Ø Le sens de Sauver : Vocabulaire de Théologie Biblique, 1185 : « L’idée de salut (…) est exprimée en hébreu par tout un ensemble de racines qui se rapportent à la même expérience fondamentale : être sauvé, c’est être tiré d’un danger où l’on risquait de périr. Suivant la nature du péril, l’acte de sauver s’apparente à la protection, la libération, le rachat, la guérison ; et le salut, à la victoire, la vie, la paix… » Et encore à la libération.

Il est intéressant de relever que dans l’Évangile écrit en Syriaque, qui était une langue très proche de l’araméen que parlait Jésus, le terme sauver n’existe pas : il est exprimé par le verbe vivifier = donner la vie

Le terme sôteria grec ne signifie pas seulement le contraire de la perdition. Être sauvé, ce n’est pas seulement ne pas être perdu.  Le terme contient une certaine idée de perfection, de plénitude : le salut, c’est l’intégrité, la santé parfaite du corps et de l’âme, l’immunité de tout défaut et de toute maladie. Le salut, c’est donc la plénitude de vie.  

Le salut, c’est l’être humain vivant pleinement de la vie de Dieu, l’homme parfaite image et ressemblance de Dieu, l’être humain pleinement en communion avec ses frères et sœurs et avec Dieu.

8. la liberté nous fait naître à nous-mêmes

Ø Le corollaire du pouvoir de choisir la vie ou la mort, le bonheur ou le malheur, c’est  la liberté humaine. C’est un pouvoir extraordinaire, presque divin. J’ai dit dans l’exposé précédent qu’elle était un signe privilégié de l’image divine. Pourquoi cette place privilégiée ?

Ø J.-L. Bruguès : « Si l’homme est créé à l’image du Dieu souverainement libre, il doit pouvoir jouir de la même liberté, mais accordée à sa condition. » (Précis, T. 2, Vol. 2, p. 120)

Ø Mais, il y a plus encore : « Dieu est amour (1 Jn 4, 8). Il a créé l’homme par amour, il l’a rendu capable d’aimer à son tour. (…) Or, l’expérience humaine nous enseigne qu’il n’y a pas d’amour sans choix, donc sans liberté. L’amour se propose, il ne s’impose jamais. (…) La liberté humaine est donc la condition de la vérité de cette réponse. (…) La liberté est une condition de l’amour. » (J.-L. Bruguès  ,Précis, T. 2, Vol. 2, p. 120-121)

Ø La liberté, la responsabilité nous fait naître à nous-mêmes. Talmud : « Si je ne réponds pas de moi, qui pourra répondre de moi ? Mais si je ne réponds pas de moi, suis-je encore moi ? » (Cité in J.-L. Bruguès, Précis, T. 2, Vol. 2, p. 135)

St Grégoire de Nysse : « La naissance est le résultat d’un choix libre, et nous sommes ainsi en un sens nos propres parents, nous créant nous-mêmes tels que nous voulons être, et nous façonnant par notre volonté selon le mobile que nous choisissons. » (Vie de Moïse, PG 44, 328b)

Donc, nos actes font de nous nos propres parents. Nous nous enfantons nous-mêmes à la vie.  Le philosophe J.-F. Malherbe décrit l'existence humaine comme un accouchement de soi-même: «La vie humaine n'est-elle pas comme une grossesse? Quelque chose (quelqu'un?) vit en nous, grandit, nous bouscule, force notre étonnement [...]. Quelque chose qui, pour apparaître au grand jour, nous contracte, nous fait souffrir [...]. La souffrance de notre vie peut nous aveugler au point que nous refusons de voir ce qui tente de naître en nous».

                                                                                                                 Maret Michel, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges