Lettre aux Philippiens : annoncer l’Évangile avec détermination

 

Contexte de la lettre

Paul est en prison, incertain du jugement qui sera rendu, et il risque la mort. Etant donné la cordialité qu’il manifeste dans cette lettre, on peut déduire qu’il avait avec l’Eglise de Philippes un lien particulier.

Ch. 1. Constance dans l’annonce de l’Évangile, malgré les oppostions

Les chaînes

q  Le mot chaînes revient 4 fois dans le 1er chapitre : v. 7- 13-14-17

q  Paradoxalement, Paul en tire fierté plutôt qu’humiliation, il en tire joie plutôt qu’abattement. Cela montre que cette joie est plus qu’une joie humaine, c’est une joie pascale ; c’est la joie de celui qui a passé par l’épreuve et qui l’a surmontée par la grâce du Christ. C’est la joie dont parle le Christ peu avant sa passion : « Je vous reverrai de nouveau et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera. » La joie parfaite dont parle St François d’Assise.

q  Paradoxalement aussi, le fait qu’on ait fait emprisonner Paul en vue de l’empêcher de parler tourne plutôt au profit de l’Évangile, et c’est devenu un témoignage pour les fidèles de l’Eglise de Philippes : v. 12.  On peut mettre en parallèle cet épisode avec le passage de Rm 12, 21 : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien. »

q  C’est le sens du mystère pascal : les souffrances et la mise à mort de Jésus, loin de mettre fin au message de l’Évangile, sont devenus la cause du salut de tous les hommes, sont devenus le point de départ de l’annonce de la Bonne nouvelle du salut jusqu’aux extrémités de la terre. Alors que Jésus dans son ministère, en était resté aux frontières d’Israël, après sa mort, il y a comme un éclatement de vie, une surabondance de grâces qui s’étend jusqu’aux limites du monde. On a dit dans l’histoire de l’Eglise que les martyrs sont semence de chrétiens. Pour le chrétien qui vit authentiquement le mystère pascal, c’est cette même vie en surabondance qui peut en découler.        

q  Ceci est exprimé par la parole de Jésus dite peu avant sa mort : « En vérité en vérité je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul, mais s’il meut, il porte beaucoup de fuit. » C’est comme dans la nature, la nécessité d’une certaine mort pour qu’en résulte une surabondance de fécondité.

q  Il y a un document du Concile Vatican II qui dit : « Il n’est aucun événement en ce monde que nous ne puissions lire à la lumière de la résurrection du Christ. »  Autrement dit, il n’y a aucun événement dont le Christ ne puisse, par la force de sa résurrection, tirer un bien.

q  Cet aspect pascal est aussi bien exprimé dans le ch. 1 aux v. 20-21 : « Rien ne me confondra, je garderai au contraire toute mon assurance, et cette fois-ci comme toujours, le Christ sera glorifié dans mon corps, soit que je vive, soit que je meure. Pour moi certes, la Vie c’est le Christ, et mourir représente un gain. » On peut entendre mourir dans un sens large.

q  Thérèse de Lisieux disait de la vie du chrétien qu’elle est un martyr au compte-gouttes. Notre vie est constituée de micro-morts, de réalités dont nous devons faire le deuil. Shadu Sundar Singh s’exprimait de manière similaire : « Il est facile de mourir pour le Christ. Il est difficile de vivre pour lui. Mourir ne prend qu’une heure ou deux, mais vivre pour le Christ, c’est mourir jour après jour. »

q  Cette constance de Paul dans son apostolat malgré les chaînes signifie pour nous qu’il ne s’agit pas d’avoir de la réussite dans l’annonce de l’Évangile, et porter du fruit parce que tout va bien, parce que j’ai un contexte familial, professionnel, paroissial, communautaire qui va bien, parce que je j’ai une bonne santé. Mais c’est être porteur de l’Évangile malgré les contradictions, les épreuves, les impasses, les oppositions, et même des échecs, en sachant que Dieu peut tirer profit de tout ; et dans la mesure où nous cherchons vraiment la gloire de Dieu, et non pas une certaine réussite personnelle, tout concourra à notre bien.

21. Pour moi la vie c’est le Christ, et mourir m’est un gain

q  TOB, p. 593, note a : « Ne sachant s’il sortira vivant ou mort de sa prison, Paul est amené à une réflexion sur la vie dans le Christ. Dans sa pensée, vie et mort corporelles sont toujours associées au mystère du Christ. Le corps sanctifié du chrétien (…) appartient au Christ (…) : il est donc associé aussi bien aux souffrances et à la mort du Christ qu’à sa résurrection. » Thérèse de Lisieux disait qu’il faut jouer à qui perd gagne

L’Évangile :

Le terme revient 6 fois dans le 1er chapitre : v. 5- 7- 12- 16- 27- 27       dont :

v. 5 : « la part que vous avez prise à (l’annonce de) l’Évangile »

v. 7 : « la défense et l’affermissement de l’Évangile »

v. 16 : « je suis voué à défendre ainsi l’Évangile »

v. 27 : «Menez seulement une vie digne de l’Évangile du Christ, afin que je constate, si je viens chez vous, ou que j’entende dire, si je reste absent, que vous tenez ferme dans un même esprit, luttant de concert et d’un cœur unanime pour la foi de l’Évangile, et nullement effrayés par vos adversaires »  

Plus :

v. 14 : « proclamer sans crainte la parole »  v. 18 : « le Christ est annoncé »

On y perçoit une grande détermination de Paul dans l’annonce de l’Évangile.

Le Christ

q  Revient 16 fois dans le 1er chapitre : v. 1- 1- 2- 6- 8- 10- 11- 15- 17- 18- 19- 20- 21- 23- 27- 29

q  On voit bien que le Christ est au centre de la vie de Paul, et comme il le dit au v. 21, « pour moi vivre c’est le Christ ». En Ga 2, 19-20, il disait aussi : « Je suis crucifié avec le Christ, et ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi. Ma vie présente dans la chair, je la vis dans la foi au Fils de Dieu qui m’a aimé et s’est livré pour moi. »  Il s’agit d’une vie christocentrique.

29-30. Il vous a été donné de souffrir pour lui

q  « Et cela vient de Dieu : car c’est par sa faveur qu’il vous a été donné, non pas seulement de croire au Christ, mais encore de souffrir pour lui. Par là, vous menez le même combat que vous m’avez vu soutenir et que, vous le savez, je soutiens encore. »

q  Comprenons bien : il ne s’agit pas d’être masochiste et de chercher la souffrance ou les épreuves. La vie se charge de nous les donner, sans que nous ayons à courir après. Mais les épreuves venant, nous pouvons nous unir au Christ dans son mystère pascal. Et les épreuves venant, il ne s’agit pas de dire : Mais comment cela se fait-il, comment Dieu permet-il cela alors que je mène une vie de bon chrétien. Au contraire, il faut se rappeler que les épreuves sont le lot de tout chrétien. Paul dira d’ailleurs en 2 Tm 3, 12 : « Oui, tous ceux qui veulent vivre dans le Christ avec piété seront persécutés. » Persécution à quelque niveau que ce soit…

4. La joie

q  Paul manifeste dans le v. 4 sa joie, qui est un des thèmes principaux de l’épître, la joie malgré l’épreuve, malgré ceux qui cherchent à lui nuire, malgré la mort qu’il pourrait subir. Cette joie revient au v. 18 : « Le Christ est annoncé, et je persisterai à m’en réjouir. »

Ch. 2. Garder la communion, l’unité dans l’humilité, à l’image du Christ

q  Le ch. 2 contient toute une série d’exhortations à la communion fraternelle, à l’unité dans l’humilité, à la persévérance dans la foi et la pureté du cœur. Exhortations que nous pouvons prendre à notre compte, et prier avec. Exhortations avec au centre l’hymne au Philippiens qui présente le Christ comme modèle.

q  Paul commence par une adjuration solennelle de communion dans l’esprit : « Je vous en conjure, par tout ce qu’y peut y avoir d’appel pressant dans le Christ, de persuasion dans l’amour, de tendresse compatissante, mettez le comble à ma joie par l’accord de vos sentiments, ayez le même amour, …. »

L’humilité, chemin vers la communion fraternelle

q  On comprend souvent l’humilité comme une notion négative, une sorte d’écrasement. Si elle est bien comprise, même au plan psychologique, on en voit le bénéfice. Thérèse de Lisieux disait que « l’humilité c’est la vérité ». Ce n’est chercher ni à être plus grand ni à être plus petit que ce que l’on est, en évitant de se comparer. C’est être tout simplement soi-même.

q  Si l’on situe dans un tout autre univers, Bouddha disait : "Pour atteindre cet idéal d’estime de vous-même, vous devez abandonner l’idée de vous croire meilleur ou inférieur ou même leur égal. Quel choix vous reste-t-il si vous n’êtes ni supérieur, ni inférieur, ni égal ? L’idéal est de rester vous-même. Si vous êtes vous-même sans chercher à vous comparer aux autres gens, vous aurez le loisir d’entretenir avec eux une parfaite communion."  Rester  soi-même sans se comparer, c’est la base d’une saine estime de soi, et d’une juste humilité. La comparaison avec les autres est un poison relationnel, parce que source de la majeure partie des conflits. Celui qui a une saine estime de lui-même n’a pas besoin de se comparer. Celui qui se compare, qui recherche la vaine gloire, c’est parce qu’il n’est pas sûr de lui-même, parce qu’il a besoin de se situer face aux autres et de se rassurer sur lui-même ; c’est ce que P. Ide appelle le rassurement affectif.

q  Même la pratique religieuse, les actes de charité, peut servir à se rassurer sur sa propre valeur, servir à se situer dans la vie spirituelle.

q  « N’accordez rien à l’esprit de parti » va dans le même sens, parce que l’esprit de parti fonctionne par comparaison avec les autres partis, les autres groupes.

q  « Ne recherchez pas chacun vos propres intérêts. » Cette interpellation va en partie dans le même sens. Mais aussi, toutes nos pratiques, également nos pratiques religieuses, sont presque toujours plus ou moins intéressées, notre amour n’est pas très pur. On y trouve en général notre compte. Les morts, les deuils, peuvent précisément nous amener à un cœur plus désintéressé, à un amour plus gratuit.

Mystère pascal abaissement – glorification : le modèle pour le chrétien

Les exégètes disent que cette hymne est une hymne liturgique chrétienne, que Paul a reprise en l’adaptant éventuellement.

q  La première partie décrit un chemin de descente, d’humiliation de plus en plus forte :

- ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu

- s’anéantit lui-même - prenant la condition de serviteur - devenant semblable aux hommes

- il s’humilia plus encore – obéissant jusqu’à la mort

- à la mort sur une croix, la croix qui était le supplice le plus humiliant, le plus redouté

q  La deuxième partie décrit un chemin de remontée, de glorification, aussi de plus en plus fortes :

- aussi Dieu l’a-t-il exalté - et lui a donné le Nom qui est au-dessus de tout nom

- pour que tout, au nom de Jésus s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers

- et que toute langue proclame de J-Xt qu’il est Seigneur, à la gloire de Dieu le Père.

q  Nous vivons aussi parfois dans nos vies ce chemin de descente, d’humiliation, d’anéantissement. S’il est uni à la Pâque du Christ, il peut aussi entraîner un chemin de remontée, de transfiguration. L’inconvénient, le côté pénible, c’est que le chemin de descente est avant le chemin de remontée. Mais c’est la loi de la vie chrétienne, et même de la vie tout court. (cf. nature…)

q  Ekènosen : « Il s’est anéanti », littéralement, « il s’est vidé de lui-même ». Ce sont des termes très forts. Pourtant, M. Zundel va encore plus loin : selon lui, Jésus, dans son incarnation et son mouvement de descente, d’anéantissement, ne fait que reproduire ce qui se vit au sein de la Trinité depuis toujours. Dieu n’est que pauvreté, il n’a rien parce qu’il n’est que don, il donne tout :

M. Zundel : « Dieu est pauvre, Dieu est radicalement désapproprié de soi, Dieu n’a rien et ne peut rien posséder. » ( In M. Donzé, La pensée théologique de M. Zundel, Tricorne – Cerf 1980-1981, p. 144) M. Zundel: « La grandeur de Dieu, c’est qu’il est tout Amour et la grandeur de Dieu, c’est qu’il n’a rien. La grandeur de Dieu, c’est qu’il donne tout. La grandeur de Dieu, c’est qu’il se vide éternellement de lui-même. La grandeur de Dieu, c’est qu’il est vide de soi. Et justement, c’est à cette grandeur que Dieu nous appelle :  une grandeur qui est en nous-mêmes, une grandeur qui ne peut nous être enlevée, une grandeur qui coïncide avec notre existence et non pas avec notre situation, qui est dans ce que nous sommes et non dans ce que nous faisons. » (Source non connue)

Et M. Zundel en tire une autre conséquence pour l’être humain : « Le vieux rêve de l’être humain, être comme Dieu, qui impliquait apparemment un orgueil insensé, peut désormais s’accomplir dans une suprême humilité puisque c’est en se vidant de soi, par un don sans réserve, que l’on devient réellement semblable à Dieu. » (op. cit., p. 147)

12. obéissance

q  Pour bien comprendre ce mot, il faut remonter au sens étymologique: oboedire, c'est-à-dire entendre et faire sien, et mettre en actes.

12. Travaillez avec crainte et tremblement à accomplir votre salut

q  Il faut entendre crainte et tremblement dans le sens du sérieux de la vie, qui ne nous est donnée qu’une fois. Je préfère l’exprimer pour moi par les termes sérieux et application.

14. Agissez en tout sans murmure ni contestation

q  Je l’entend dans le sens de sans amertume ni regrets, sans regarder en arrière, en tenant ferme, en ne subissant pas les événements, mais en les choisissant librement. Et aussi sans se comparer aux autres, parce que le murmure et la contestation viennent toujours d’une comparaison avec l’autre et d’une jalousie.

15. au sein… d’un monde où vous brillez comme des foyers de lumière

q  Oui, nous sommes appelés à être des foyers de lumière au milieu du monde, comme Jésus lui-même nous le demande : « Vous êtes la lumière du monde, vous êtes le sel de la terre » Il n’y a parfois pas besoin que la lumière soit très grande. Thérèse de Lisieux disait encore : « Une faible étincelle, ô mystère de vie, suffit pour allumer un immense incendie. »

Ch. 3. Tirer notre gloire du Christ

3. Tirons  notre gloire du Christ au lieu de placer notre confiance dans la chair

q  Ce que Paul appelle la confiance dans la chair, il le relie à son ancien statut de pharisien et ses observances très pointilleuses de la loi juive. C’est un perfectionnisme spirituel, une sorte d’auto réalisation spirituelle, une attention très méticuleuse sur ce que l’on doit faire ou pas, sur les résultats.

q  On a souvent fait des pharisiens des épouvantails. En réalité, c’était souvent des hommes très droits, qui cherchaient la justice, et essayaient de vivre le plus parfaitement possible leur religion. Avec les risques de dérives que cela comporte. Le pharisien est en général un perfectionniste. Or, le perfectionniste est un homme qui, étant enfant, n’avait pas droit à l’erreur, qui n’était aimé que s’il faisait tout parfaitement, et qui était sévèrement puni ou réprimandé pour la moindre défaillance. Il va développer une personnalité qui ne veut pas être pris en défaut sur quelque point que ce soit, y compris, et peut-être surtout, dans le domaine religieux.

q  Le problème, c’est que ces pratiques religieuses,  si elles semblent à première vue orientées vers Dieu, sont en réalité orientées principalement  vers soi-même. Elles ont pour fonction de rassurement affectif : me rassurer sur ma propre valeur, au plan humain et spirituel ;  me prouver à moi-même.

q  Par rapport à cette approche religieuse, Paul a vécu un bouleversement radical : « Tous ces avantages dont j’étais pourvu, je les ai considérés comme des désavantages, à cause du Christ. Bien plus, désormais, je considère tout comme des désavantages à cause de la supériorité de la connaissance du Christ Jésus mon Seigneur. A cause de lui, j’ai accepté de tout perdre, je considère tout comme des déchets afin de gagner le Christ. »

q  Ce que Paul vit, et nous demande de vivre, c’est un décentrage, une dépossession radicale de soi-même. C’est la totale désappropriation de soi que vit Dieu et dont parle M. Zundel. Thérèse de Lisieux disait qu’il faut jouer à qui perd gagne.

q  Ce que Paul appelle les avantages, ce peut être pour nous ce qui dans la vie de tous les jours, ou dans la vie spirituelle, va bien. Une certaine réussite spirituelle. Une facilité à prier ou un goût pour la prière. Un cadre favorable. Une paroisse vivante….

q  Dit en termes théologiques, il s’agit de passer d’une attitude qui consiste en quelque sorte à s’acheter ou se faire son salut, à une attitude de gratuité, de confiance, qui reçoit tout de Dieu.

13. Oubliant le chemin parcouru, je vais droit de l’avant, tendu de tout mon être…

q   Ce passage exprime ce que Thérèse d’Avila appelait une très grande et très déterminée détermination. Elle disait aussi que la patience obtient tout. On peut tout avec la détermination armée de patience.

q  Un texte d’un auteur anonyme exprime bien exprime bien l’efficacité de la détermination : « Un homme, même seul au départ, s’il donne chaque jour un coup de pioche dans la même direction, sans se laisser distraire ou détourner, si chaque jour il poursuit son effort, les yeux fixés sur le but qu’il s’est assigné, s’il donne chaque jour un coup de pioche, il finit toujours par ouvrir un chemin. » De fait, il y a des prisonniers qui se sont échappés en creusant un trou avec une cuiller.

q  Gandhi soulignait aussi la force de la détermination dans le bien : « Quand je perds courage, je me rappelle qu’à travers l’histoire, la vérité et l’amour l’ont toujours emporté. » Or, ce petit homme a bouleversé l’histoire d’un peuple en permettant entre autres à l’Inde de devenir un pays libre.

q  M. L. King avait aussi des paroles qui vont dans le même sens : « Je crois que la vérité désarmée et l’amour inconditionnel auront le dernier mot (…). Je crois que ce que des hommes centrés sur eux-mêmes ont détruit, d’autres hommes centrés sur les autres pourront le reconstruire. »

q  Je ne connais pas de force plus redoutable que l’amour, armé d’espérance et de  persévérance.

q  Ceci est encore exprimé dans le v. 16 : « En attendant, quel que soit le point déjà atteint, marchons toujours dans la même ligne (vers le même but) »

20. Pour nous, notre cité se trouve dans les cieux

q  TOB p. 593, note e : « Le chrétien est citoyen du royaume des cieux (Ep 2, 19) dont le Seigneur est Jésus-Christ Sauveur (Ph 3, 20) et dont la charte est l’Évangile. »

q  Il ne s’agit pas de ne plus avoir les pieds sur terre et d’être coupé du monde, mais de vivre déjà de la vie du Royaume des cieux dès ici bas ; de vivre la vie éternelle déjà en ce monde.

q  C’est ce qu’exprime bien M. Zundel. Pour lui, nous ne serons vivants éternellement que si nous sommes réellement vivants aujourd'hui. La vie éternelle commence en ce monde, elle est au-dedans de nous, tout comme le Royaume de Dieu (Lc 17, 20-21) : «La vie éternelle: on y est déjà ou pas du tout; on y est ou on n'y sera jamais. [...] "La vie éternelle est au-dedans de vous"».

q  Cette vie éternelle n'est pas un rallongement de notre vie biologique, elle est dépassement de la biologie qui est en réalité un au-dedans de soi-même. Il s'agit d'une intériorité permettant d'être présents à une Présence en nous.

q   « L’au-delà est au-dedans. Le ciel mûrit en nous, la "survie" pénètre la vie, en l’arrachant à chaque instant à cette mort…» (Pensée théologique 256)

q  «Il faut devenir le ciel… Il faut devenir la vie éternelle, il faut la devenir dans tout son être ». (Témoins d’une présence 126-127)

Ch. 4. Vivre dans la joie, l’action de grâces, la paix

2. J’exhorte enodie – syntychè à vivre en bonne intelligence dans le Seigneur

q  Dans toutes les communautés, Paul a fait l’expérience des conflits et des divisions. L’Eglise de Philippes n’y échappe pas. Je trouve la formule vire en bonne intelligence très appropriée : dans les conflits, on vit toujours en mauvaise intelligence, même si l’argumentation semble très rationnelle. Les conflits entraînent pas mal de distorsions intellectuelles que les psychothérapeutes mettent en évidence.

q  L’intelligence à l’œuvre dans les conflits n’est en tous cas pas l’intelligence du chrétien, qui est sagesse, clairvoyance, discernement, source de paix et d’unité…

4- 9. un vrai traité de vie chrétienne

q  Les v. 4-9 sont un vrai traité de ce devrait être la vie du chrétien : joie, allégresse, bonté – douceur – sérénité, quiétude, action de grâces, la paix de Dieu qui surpasse toute intelligence, vérité, noblesse, justice, pureté, amabilité, louange, encore une fois la paix. Je vous invite à le méditer longuement.

q  L’invitation à l’allégresse est très forte en début de ce paragraphe. C’est la joie du chrétien, une joie pascale, de celui qui vit de la vie du Christ ressuscité. C’est une joie qui peut être intériorisée, et qui n’est pas incompatible à la souffrance et à l’épreuve.

q  Le terme grec epieikès, que l’on traduit de multiples manières : douceur, bonté, modération, sérénité, a un sens premier de ce qui est ajusté, ce qui convient. C’est une attitude empreinte de bonté et  qui est la plus ajustée à la situation.

q  N’entretenez aucun souci, ou ne soyez inquiet de rien : fait écho à la parole du Christ : « Cherchez d’abord le Royaume de Dieu et sa justice, et tout vous sera donné par surcroît. Ne vous inquiétez pas du lendemain : demain s’inquiétera de lui-même. A Chaque jour suffit sa peine. » (Mt 6,33-34) Cela ne signifie pas ne pas avoir de souci, mais ne pas les entretenir. Cela ne signifie pas ne pas avoir d’angoisse, mais avoir une attitude de fond de confiance, sachant que tout est entre les mains de Dieu : « Pas un cheveux de votre tête ne tombe sans que votre le Père céleste le veille. »

q  La paix de Dieu qui surpasse toute intelligence : c’est une paix qui est au-delà de tout ce que l’on peut imaginer, une paix pascale ; la paix de celui qui a traversé l’épreuve, et qui l’a transfiguré, qui est ressuscité avec le Christ. La paix ou la joie parfaite dont parlait François d’assise.

Dans la vie monastique, on dit que le but, l’aboutissement du chemin du moine est la paix, l’unification intérieure. Elle vient le plus souvent au bout de plusieurs années de vie monastique.

11-12. J’ai appris à me suffire en toute occasion

q  C’est une autre manière de dire accepter la vie telle qu’elle est, la choisir, et non la subir ; ne pas vouloir autre chose que ce qui nous est donné de vivre.

13. Je puis tout en celui qui me rend fort

q  C’est la force intérieure qui vient de Dieu, une force n’est pas incompatible à la faiblesse du corps ou du psychisme. En 2 Co 12, il est dit : « "Ma grâce te suffit : car ma puissance se déploie dans la faiblesse". C’est donc de grand cœur que je me glorifierai surtout de mes faiblesses, afin que la puissance du Christ repose sur moi. (…) Car lorsque je suis faible, c’est alors que je suis fort. »

Maret Michel, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges