3. Les saisons de la vie

Ø Nikos Kazantzakis : « J’ai dit à l’amandier : - Frère, parle-moi de Dieu. Et l’amandier a fleuri. »

Si nous savons la lire, la création est comme un livre ouvert, une Bible, où toute chose peut nous parler de Dieu. La création est comme le troisième livre de la Révélation ; qui a été écrit avant même l’AT et le NT. Les Pères de l’Église parlaient des seimeia, des signes de Dieu dans la création ; ou encore des logos spermatikos, des semences du Verbe disséminées dans la création.

Ø Sagesse primordiale : « Les saisons nous permettent de mieux comprendre notre vie spirituelle, parce qu’elle est à l’image de la nature dont nous sommes issus », de la terre dont nous sommes issus.

Ø On peut repérer dans sa vie comme des saisons : Il y a des périodes de joie, de bonheur, de vitalité, des périodes où on a le sentiment que Dieu est présent et à l’œuvre dans notre vie Inversement, il y a des périodes d’hiver, des périodes plus calme, de repos ; voire de sécheresse, d’épreuves, périodes où l’on a un sentiment de non vie, le sentiment que Dieu est absent.

Je dois savoir que l’alternance entre ces saisons dans ma vie est normale, qu’en toute vie il y a ces états, cette alternance. Un peu comme l’alternance des saisons dans l’année. Toute vie a ses automnes, ses hivers ; mais aussi ses printemps et ses étés. Et toutes ces saison sont utiles, voire nécessaires.

Ø Les saisons de la nature m’apprennent que dans la vie, toute chose se fait en son temps. Que le temps est une loi essentielle de la vie……

C’est ce que dit l’Ecclésiastique (39, 33-34) : « Les œuvres du Seigneur sont toutes bonnes (…) Il ne faut pas dire : "Ceci est moins bon que cela !" car tout sera reconnu bon en son temps. »

Ø Les saisons peuvent me rappeler que je ne maîtrise pas tout, que je ne suis qu’une créature, dépendante de la création, de la terre. Elles peuvent me rappeler que nous sommes étonnamment petits dans la création. Se savoir à ce point reliés à la création peut nous apprendre à faire le deuil des illusions de toute-puissance.

Ø Khalil Gibran, Le prophète : Deux textes qui expriment de manière poétique la nécessité de ces différentes saisons dans la vie : "Votre joie est votre tristesse sans masque. Plus le chagrin remplira votre être, plus il pourra contenir de joie. Joie et tristesse sont insépa­rables". "Plus profondément le chagrin creusera votre être, plus vous pourrez contenir de joie. La coupe qui contient votre vin n'est-elle pas la même coupe qui fut cuite au four du potier ? Et le luth qui caresse votre âme, n'est-il pas le même bois qui fut évidé au couteau ?" Autrement dit, plus la souffrance creusera votre cœur, comme un récipient, plus votre cœur pourra contenir de joie.

« En automne, je récoltais toutes les peines et les enterrais dans mon jardin. Lorsqu’avril refleurit et que la terre et le printemps célébrèrent leurs noces, mon jardin fut jonché de fleurs splendides et exceptionnelles. Mes voisins vinrent les admirer et chacun me dit : " Quand reviendra l’automne, la saison des semailles, nous donneras-tu des graines de ces fleurs afin que nous puissions les planter dans nos jardins ?" »

A.  Le repos de l’hiver

Ø  Un temps de calme, de repos, de paix : Un paysage après la neige : se dégage une impression de paix… de quelque chose de mystérieux.

Ø  Il y a des temps dans la vie qui sont un peu comme l’hiver : temps d’épreuve, de tristesse, temps où l’on a l’impression que la vie s’arrête, que tout est mort. Pourtant, plus je travaille le jardin, plus je découvre l’importance de l’hiver. Plus je découvre combien de choses se passent en hiver. La vie ne s’arrête pas en hiver, mais elle est plus souterraine.

Ø L’hiver, temps de repos :  Pratiquement toutes les plantes de nos climats ont leur période de repos. Pour les plantes printanières, comme les perce-neige, les crocus et les jonquilles, la période de repos est l’été. Pour la plupart des arbres, arbustes et plantes, la saison de repos est l’hiver.

De cette période de repos découle la nécessité d’offrir un hiver aux plantes de nos climats que l’on garde en appartement. Sinon elles se détraquent et dépérissent. Elles ont besoin qu’on les mette au frais, dans une véranda ou un jardin d’hiver. Même les cactus ont besoin qu’on les hiverne : expérience des cactus gardés au chaud…. ils se déforment.

Ø  L’hiver est un temps d’enracinement : ce n’est pas la même chose de planter un arbre en automne ou au printemps : un arbre planté en automne va s’enraciner durant tout l’hiver. Alors qu’à l’extérieur, la vie semble arrêtée, dessous, la vie continue. Et au printemps, la végétation va démarrer avec un bon enracinement, donc plus vigoureusement

Ø  L’hiver, temps de germination : Presque toutes les plantes alpines ont besoin de l’hiver, du froid pour germer. C’est cet hiver, ce froid qui interrompt un mécanisme de dormance inscrite en elles. Concrètement, il faut les laisser dehors le semis durant tout l’hiver, au gel, sous la pluie et la neige. Ou alors mettre au frigo le semis pendant quelques semaines, si on veut qu’elles germent. Certaines plantes ont par contre besoin de passer par le feu.

L’hiver de la vie, le temps de la désolation, de l’épreuve c’est ce qui vient en nous réveiller certaines vitalités, ce qui vient ôter certaines dormances. C’est le temps de la germination au froid. C’est aussi le temps d’enracinement, le temps de la vie souterraine, de la vie cachée. Le temps de l’attente, de l’espérance. Le temps où l’explosion de vie du printemps se prépare.

Ø  Le temps de la froidure, de l’épreuve : P. Stutz : « La dureté et la froidure de l’hiver nous apprennent à résister. Nous en avons besoin pour grandir et mûrir. » (S’épanouir au rythme des saisons, Editions St Augustin, St Maurice 2005, p. 127) Les jeunes plantes qui ont passé leur premier hiver dehors seront des plantes résistantes et fortes.

J. Dumoulin : « Comment le sportif pourrait-il devenir fort s’il ne rencontrait des obstacles ? A-t-on jamais vu un haltérophile porter des poids de dix grammes pour se faire les muscles » [1]. Ainsi, l’homme ne peut devenir fort, ne peut grandir, que dans l’épreuve, aussi bien au plan physiologique, psychologique que spirituel. « Des études biographiques montrent (aussi) que de grands savants et politiciens ne le sont devenus qu’au terme d’une enfance et d’une jeunesse marquées par des carences et des épreuves souvent lourdes » (T. de Saussure, Itinéraires 32, p. 16) Des personnes comme Gandhi, Martin Luther King, Kalil Gibran, et bien d’autres, ne sont devenus ce qu’ils on été, n’ont acquis leur sagesse que par une vie d’épreuves.

Ø  L’hiver, c’est aussi le temps de la lenteur : La vie continue en hiver, mais plus lente­ment. Les boutures les plus sûres à réaliser sont celles qui se font en hiver : l’enra­cinement se fait très lentement, mais sûrement. Claudel : «On n'ouvre pas une fleur avec les doigts ». Pour qu'une fleur s'ouvre, il faut du soleil, des soins délicats, et du temps. Et pour certaines, il faut attendre 40 ans. Et cela ne sert à rien de les forcer.

Il en est de même pour notre être : Pour s'épanouir, l'être humain a besoin de  temps. La tendance de l'être humain est précisément de vouloir ouvrir cette fleur avec les doigts, de forcer sa croissance, de ne cas respecter sa nature, son rythme, ses saisons.

Kosuke Koyama :  « Dieu marche lentement, parce qu’il est amour. S’il n’était pas amour, il serait allé beaucoup plus vite. L’amour a sa vitesse. C’est une vitesse intérieure… C’est une vitesse différente de la vitesse technologique à laquelle nous sommes habitués… Elle va dans les profondeurs de nos vies… à la vitesse de cinq kilomètres à l’heure. C’est la vitesse à laquelle nous marchons, c’est donc la vitesse à laquelle l’amour de Dieu marche. » (Le temps pour vivre, p. 86)

Ø L’hiver, c’est aussi le temps de l’obscurité : Chaque année, lorsque l’on passe à l’heure d’hiver, à la fin octobre, et qu’à 18 heures il fait déjà nuit, cela me fait un choc, comme un coup de poing dans l’estomac. Pourtant, « toute vie nouvelle naît dans l’obscurité. » (P. Stutz, op. cit., p. 118)  La plupart des semences ont besoin d’obscurité pour germer. Les débuts de la vie humaine se passent dans l’obscurité.

St Jean de la Croix : la principale croissance se fait de nuit. Poème : « Je la connais, la Source, elle coule, mais c’est de nuit. »

Ø L’hiver est le temps du recommencement : fin ou début de l’année ? Le début de l’hiver coïncide avec le début du rallongement des jours, le début d’un nouveau cycle solaire, d’un nouveau cycle de vie... Le premier mot de la Bible hébraïque : Bereshit, qu’on traduit usuellement par Au commencement, et exprime quelque chose de statique, ponctuel ;  devrait être traduit plus exactement par Dans le commencement, ce qui évoque un processus dynamique, et dans la durée, voire cyclique. (cf. Stutz, op. cit. p. 125-126) Dans chacun de nos commencements ou recommencements, Dieu recommence son œuvre de création qu’il a accomplie selon le livre de la Genèse.

Ø L’hiver, le temps de l’incertitude, de la foi, de l’espérance : Cf. l’expérience de 2 mois de broui­llard à Sauges ; on en vient à douter que le soleil brille au dessus : il est nécessaire de parfois monter, prendre de la distance par rapport à notre mer de brouillard intérieure, pour croire que le soleil brille malgré tout. Cette distance permet de voir notre quotidien, notre mer de brouillard sous un autre jour : la mer de brouillard vue d’en haut a une autre apparence : une mer cotonneuse, lumineuse.

Ø L’hiver, temps de l’attente, l’espérance, de la patience, de l’enracinement, de la lente germination au froid, dans l’obscurité

B. Le miracle du printemps

Ø C'est un temps beau et merveilleux que le printemps. Après l'hiver si long où les arbres ont perdu leur parure, le temps du gel, de la neige et du brouillard, le soleil monte doucement et la vie fait timidement son apparition. Il y a quelque chose de merveilleux dans le soleil du printemps ; beaucoup plus merveilleux que le soleil de l'automne que l'on voit à travers le brouillard et la brume et qui a une certaine tristesse. Puis le crocus  pointe son nez  comme pour nous dire que l’hiver est fini.

Et les oiseaux recommencent à chanter. Il y a quelque chose de frais, joyeux, dans le chant des oiseaux au printemps.

Ø Sagesse primordiale : « Dans notre vie spirituelle comme dans la nature, si le printemps est une période de croissance importante, c’est aussi une période d’une grande fragilité. Regardons les tiges comme elles sont frêles, combien les feuilles sont tendres et faciles à être attaquées par toutes sortes de petites choses. »

La vie naissante est toute fragile, et demande d’être protégée, entourée de soins.

Ø Le printemps est le temps de la naissance, de l’éclosion. Le temps de l’explosion de la vie. Le temps des semailles, de la germination, des débuts.

Ø Le printemps, c’est le temps du miracle de la vie, le temps de Pâques, de la résurrection. Le temps où toute mort peut être transformée en vie.

Ø Le printemps, c’est aussi le temps de la préparation, des semailles, des choix : Avant de semer, il faut préparer la terre, l’ameublir, l’enrichir de compost. Il faut aussi faire ses choix, savoir ce que l’on va semer, à quel endroit, en tenant compte à la fois de la période de floraison, et de la grandeur des plantes : pas que des tournesols au premier plan viennent cacher des magnifiques gazanias au second plan… C’est aussi le temps du lâcher prise, de la confiance ; la suite est entre les mains de Dieu : quand on sème, on est jamais sûr du résultat ; parfois, la fonte des semis vient anéantir en une nuit toute une plantation. 

Il faut aussi accepter que la graine meure pour qu’elle puisse devenir une plante et porter du fruit. Le miracle du printemps passe à travers une certaine mort ; une mort pour la vie.

Ø  Notion d’endurcissement des plantes : Les jeunes semis, qui ont été cultivés en appartement, ont besoin d’être endurcis pour être progressivement habitués au climat extérieur. Cette notion d’endurcissement, ou d’aguerrissement, peut être transposée à la vie spirituelle. Ce n’est qu’à travers certaines épreuves, difficultés, que peut se fortifier en nous l’homme intérieur, que nous pouvons devenir vraiment adultes, acquérir vraiment une maturité.

Ø Le printemps c’est encore le temps des coups de froid inattendus, des coups durs : Parfois, en une nuit de froid et de neige vient détruire des jeunes semis. Et quand, dans ma vie, de pareils coups durs viennent détruire le fruit de mois de travail, cela peut réveiller en moi avec raison déception. Pourtant, « lorsque nos espoirs sont contrecarrés, nos idéaux mis en question, nous sommes appelés à entrer dans plus de profondeur. Une spiritualité solide naît à travers les confrontations, les conflits, la rencontre d’obstacle. » (P. Stutz, op. cit., p. 27)

C. La splendeur de l’été

Ø L’été est le temps des moissons, de la récolte des fruits d’été, de la splendeur des fleurs.

Ø Durant l’été, la croissance des plantes est importante. Pourtant, la croissance extérieure doit toujours être proportionnée à l’enracinement. Si l’enracinement est insuffisant, la plante risque la mort par le dessèchement du cœur. D’où l’importance de ne pas pousser seulement en hauteur, mais aussi en profondeur.

Ø L’été, c’est aussi le temps de l’émondage, du désherbage : si je laisse la forte croissance à elle-même, elle va étouffer la vie ; l’excès de végétation va épuiser la sève de la plante qui ne pourra pas porter suffisamment de fruit ; cet excès va aussi empêcher le mûrissement des fruits, qui manqueront de soleil.

Ø La différence entre les plantes annuelles et plantes vivaces m’éclaire sur la vie spirituelle : 

- Les plantes annuelles sont les plantes qui ne durent qu’une année, après quoi elles meurent. Les plantes annuelles ont une croissance rapide, souvent impres­sionnante, comme les tournesols. Mais leur durée de vie est brève : quelques mois.

- Les plantes vivaces sont celles qui durent plusieurs années.  La croissance des plantes vivaces, appelées à durer, est souvent beaucoup plus lente, et plutôt discrète. Parfois, au bout de quelques mois, il n’y a encore qu’une petite plantule d’un centimètre.

Exemple du semis de cactus : après 8 mois, les jeunes plants n’ont pas encore un centimètre de haut.

Il faut de la patience, de la persévérance pour les plantes vivaces, et pour ce qui a de la valeur et est appelé à durer dans la vie.

- On pourrait établir un parallèle entre les plantes annuelles et vivaces, et les valeurs terrestres et les valeurs du Royaume. La culture des plantes ou des valeurs du Royaume est certainement beaucoup plus discrète et moins impressionnante que celles des valeurs terrestres. Elle exige patience, persévérance et amour. Mais les plantes du Royaume sont appelées à durer éternellement.

La culture des valeurs terrestres est certainement plus aisée, plus spectaculaire, mais ces plantes ne sont pas appelées à durer. Elles passent, elles sont éphémères.

Ø Il y a un parallèle entre la croissance spirituelle et la croissance des plantes : il y a une accélération à moment donné. Un autre élément dans la croissance des plantes me parle aussi pour la vie spirituelle. Cette croissance, comme les cosmos, les tournesols, est assez lente au début. Durant les 2 premiers mois, on a l’impression qu’ils ne vont pas devenir grands. Puis, subitement, la croissance s’accélère, devient impressionnante.

Je pense qu’il en est  un peu de même dans la vie spirituelle. On a souvent l’impression de piétiner, de ne pas vraiment progresser. Ce qui est parfois cause de découragement, de désengagement : on ne fait pas le pas décisif. Pourtant, à moment donné, si la persévérance est là, il y a comme une accélération. Thérèse de Lisieux, quand elle parle de sa conversion de Noël, de ce fameux pas qui lui a coûté, dit qu’à partir de ce moment, elle a commencé une marche de géants. Tout s’est comme accéléré à partir de ce moment-là, et elle est allé de victoire en victoire, dans une ascension vertigineuse.

Ø Si l’été est une période de grande croissance, c’est aussi la période de grandes chaleurs, de la sécheresse, du manque d’eau. Une période n’a pas que des avantages… C’est aussi le temps des violents orages qui cassent et détruisent.

D. La Féerie d’automne :

Ø L’automne est le temps du mûrissement, de la maturation, le temps des fruits et des récoltes. Les plantes ont rempli leur mission et vont se reposer jusqu’au printemps. C’est aussi le temps des labours. C’est encore un moment de vérité : les fruits témoignent de la santé et de la vigueur d’un arbre.

Ø Pendant des années, je n’aimais pas l’automne. Probablement à cause du brouillard et de l’humidité. Depuis un ou deux ans, j’apprends à l’apprivoiser. C’est une période très favorable pour planter de nombreuses fleurs et arbustes. Alors que la reprise des fleurs plantées en été est souvent difficile, en automne presque tout réussit. Planter un arbre en automne, c’est faire qu’au printemps, au moment où la végétation repartira, l’arbre sera déjà bien enraciné.

L’automne, c’est le temps où l’on peut déjà semer les fleurs bisannuelles. Ces plantes vont germer en automne, passer l’hiver à l’état de plantule, et fleurir au printemps ou en été suivant. C’est le moment où l’on plante les bulbes des fleurs de printemps : crocus, perce-neige, jonquilles : c’est donc une période où se prépare le printemps. De fait, presque tous les arbres, avant de perdre leurs feuilles, ont déjà les bourgeons prêts pour le printemps à venir. Tout est là, ils n’attendent que le soleil printanier.

Ø L’automne est le moment où la sève redescend et va vers les racines : c’est une période qui pousse à l’intériorité, à l’enracinement. C’est le moment où les plantes vont entrer dans un certain repos. Autrefois, dans l’agriculture, les paysans entraient aussi dans un certain repos en automne.

Ø L’automne, c’est encore la saison de la perte des feuilles : Nous-mêmes avons de la peine à accepter de perdre des feuilles (ou des plumes). Est-ce que nous nous autorisons, autorisons les autres à lâcher des feuilles ? P. Stutz : « Jamais je ne dirai à un arbre en automne : "Tu ne vas pas recommencer cette vieille comédie de lâcher tes feuilles !" En effet, ce processus donne aux arbres de pousser plus profond leurs racines : grâce à la force de répétition, un mouvement de fond se développe, qui leur permet de  résister aux tempêtes de la vie. » (op. cit., p. 98) En perdant leurs feuilles en automne, les plantes vont repartir au printemps avec une végétation toute neuve, toute fraîche.

Ø L’automne, le temps du lâcher-prise : il faut accepter de laisser partir, accepter de perdre les feuilles (qui vont constituer du compost pour nourrir l’arbre), de perdre les semences qui vont se retrouver en vie au printemps. Le temps pour apprivoiser la mort, apprivoiser notre finitude, nos limites, acceptation d’une certaine impuissance. L’automne peut m’aider à voir combien la vie est fragile et vulnérable.

P. Stutz : « J’essaie jour après jour de grandir dans l’espoir qu’à travers le mourir je serai enfanté à Dieu. Un accouchement ne se réalise pas sans douleur – en même temps, il donne accès à une vie nouvelle. » (op. cit., p. 102)

Ø L’automne c’est aussi le temps du rangement : on met de l’ordre dans le jardin, enlève les fleurs fanées, ramasse les feuilles tombées. La vie a aussi besoin de périodes de rangements, où l’on fait le tri entre les choses essentielles, importantes, et moins importantes. Et il faut savoir laisser tomber des choses même importantes pour ne pas passer à côté de l’essentiel.

Ulrich Schaffer : « Tout arbre tend vers la lumière. De savoir cela suffit à me rappeler une réalité essentielle. Je suis tendu vers nombre de choses qui ne sont pas nécessaires. Beaucoup d’entre elles m’empêchent de voir la vie. (…). C’est du poids, sous lequel je marche parfois tout courbé, sans même m’en rendre compte. La lumière, en revanche, est indispensable à l’arbre. » (Cité in P. Stutz, op. cit., p. 98)

Ø P. Stutz : « Selon l’écrivain français Albert Camus, l’automne est comme un second printemps, où chaque feuille devient une fleur. » (op. cit., p. 103) Mais aussi, chaque feuille tombe en terre, se transforme en compost et se retrouvera  au printemps en fleur.

 

                                                                                                                                Maret Michel, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges

 



[1] Job, une souffrance féconde, p.16.