Jean 3, 1-21, Nicodème : Es-tu déjà né ?

1. Contexte

O      Le nom Nicodème signifie en hébreu vainqueur du peuple. Nicodème était pharisien, mais également chef des Juifs. Donc un homme très important. Il était apparemment riche, puisqu’il apportera au moment de l’ensevelissement un mélange de myrrhe et d’aloès d’environ 100 livres.

O      Nicodème, un homme d’âge mûr, probablement. Un homme en recherche, en quête.  Un homme qui comporte comme un ami de Jésus, on peut repérer chez lui « un esprit droit et accueillant. » (B. Arminjon, Nous voudrions voir Jésus, p. 76) En Jn 7, 50, il prendra la défense de Jésus face aux grands prêtres et aux pharisiens.  Il sera là lors de l’ensevelis­sement de Jésus, et selon l’Évangile, il apportera 100 livres de myrrhe et d’aloès (Jn 19, 39)

O      Nicodème est un peu le parallèle du jeune homme riche dans les synoptiques, « à cette différence près que les grands biens qui retiennent le jeune homme de suivre Jésus (Mt 19, 16-22) sont, chez Nicodème, les dons exceptionnels de son intelligence et de sa personnalité, auxquels tout l’incline à se fier uniquement. «  (B. Arminjon, op. cit. p.75)

O     La question centrale était pour le jeune homme riche : Que dois-je faire pour avoir la vie éternelle ? Et pour Nicodème : Comment faire pour voir le Royaume de Dieu ? Pour réponse, Jésus va amener Nicodème du connaître à naître.

O      Dans le Prologue de Jean, le thème de la nouvelle naissance était déjà annoncé : Jn 1, 12-13 : « A tous ceux qui l’ont accueilli, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu, à ceux qui croient en son nom, eux (lui) qui ne furent engendrés ni du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu. »

O      Contexte proche : Fin du ch. 2 : « Comme il était à Jérusalem durant la fête de la Pâque, beaucoup crurent en son nom à la vue des signes qu’il faisait. Mais Jésus, lui, ne se fiait pas à eux, parce qu’il les connaissait tous, et qu’il n’avait pas besoin d’un témoignage sur l’homme : car lui-même connaissait ce qu’il y avait dans l’homme. » (Jn 2, 23-25)

O     D. Mollat : « Nicodème est un de ces nombreux, qui ont vu les signes accomplis par Jésus et qui ont cru en son nom, de cette foi imparfaite, à laquelle Jésus ne se fiait pas. Cela lui explique le ton abrupt de la réponse que Jésus lui adresse. » (Lecture spirituelle de St Jean, Supplément à Vie chrétienne N° 71, p.22)

O      Dans l’Évangile de Jean, il y a les disciples, ceux qui accueillent Jésus, et qui sont du côté de la lumière. Se l’autre côté, il y a ceux qui refusent de croire, qui sont du côté des ténèbres. Nicodème est comme à mi-chemin entre les  deux. E. Osty : « Il représente parmi les chefs ceux qui, avec hésitation, commencent à croire à Jésus. » (La Bible, p. 2263)

O      Nicodème vient trouver Jésus « de nuit » : On peut donner plusieurs significations à cette mention :

-       Nicodème ne voudrait pas donner de publicité à sa démarche : on le comprend : lui, le maître en Israël, venir trouver l’humble charpentier de Nazareth, que les notables juifs ne regardent pas spécialement d’un bon oeil.

-       Mais la nuit est aussi un temps de rencontre privilégiée avec Dieu : « Un des commandements de la tradition juive indique que la Torah doit être lue de nuit. »  (Aumônerie protestante de l’ENS, 21 novembre 2001, p. 3-4)

-       Rappelons que pour Jean, Nicodème est associé à la nuit : on le retrouvera en Jn 19, 39, lors de l’ensevelissement de Jésus, le soir.

-       On peut aussi remarquer que l’entretien avec Nicodème commence sur cette mention de la nuit, et finit sur la lumière : « Celui qui fait la vérité vient à la lumière. » (Jn 3, 21)

-       St Augustin commente ce passage : « Nicodème vient vers le Seigneur, mais il vient de nuit. Il vient vers la lumière, et il vient dans les ténèbres. Dans les ténèbres, il cherche le jour (…) mais c’est encore à partir des ténèbres de sa chair qu’il parle. » (cité in A. Marchadour, Les Évangiles, p. 906)

Nicodème est en quelque sorte l’homme de la nuit. La nuit lui est toujours associée, un peu comme le reflet de ses ténèbres intérieures.

2. De connaître à renaître

O      Nicodème commence l’entretien par nous le savons. Et il se réfère aux signes accomplis par le Christ. « Néanmoins, Jésus n’est pas satisfait. Ce nous le savons cache une illusion. En réalité, Nicodème sait moins qu’il ne pense : dans les signes accomplis par Jésus il y a plus qu’il n’y a vu. Le Royaume de Dieu est là présent parmi les hommes ; cela, Nicodème ne le voit pas ; car il n’accède pas encore au mystère du Fils de Dieu.» (D. Mollat,  op. cit., p. 22) Et Jésus n’aura pas d’autre but, dans tout ce dialogue, d’amener Nicodème de cette science imparfaite au mystère du Royaume de Dieu.

O      Beaucoup de Juifs désiraient voir advenir le Royaume de Dieu. Mais Jésus dit que sans naître de nouveau, ils ne pourront le voir. Il lui montre que l’idée juive du Royaume est erronée : cette pensée courante concevait le Royaume comme une réalité terrestre, politique : tout juif, par naissance, appartenait à la nation juive, et devenait par conséquent sujet de ce royaume. Un royaume à taille humaine en quelque sorte. Or, Jésus dit à Nicodème que ce Royaume est spirituel, et on n’y accède seulement par une naissance spirituelle. Nous avons tous tendance à réduire le Royaume de Dieu à nos vues humaines. Et tout le travail de Dieu, de son Esprit, est de nous faire passer de notre royaume au Royaume de Dieu.

O      Il faut noter que Jean utilise rarement la notion de Royaume de Dieu, si fréquente dans les Évangiles synoptiques : c’est que Jean l’appelle la vie éternelle, ou la vie.

O      « Nicodème se situait sur le plan du savoir (de maître à maître) ; Jésus lui propose une nouvelle naissance : "tu voulais connaître, je te propose de renaître" » (A. Marchadour, Les Évangiles, p. 904)  Passer de connaître à naître…

O      On comprend que Nicodème soit très désorienté. « Nicodème a consacré sa vie au service de Dieu et à l’étude des Écritures. Et il lui faut s’entendre dire que tout son savoir, don acquis, son expérience, sont choses vaines pour le Royaume de Dieu, s’il n’accepte de naître. Comme un enfant, il doit venir à la vie. Nicodème se cabre devant cette absurdité. » (D. Mollat, op. cit., p.  22)

O      Oui, arrivé à un certain âge de la vie, on a acquis un savoir, de l’expérience, de la maturité, même spirituelle. On pense être bien avancé sur la voie du Royaume. Et Jésus vient dire qu’à moins de renaître, tout cela ne sert à rien.

O      Ce langage dépasse sa raison. « Mais il est tant de choses en ce monde, Nicodème, qui échappent en fait à ta raison. Et Jésus de recourir, très pédagogiquement, au symbole du vent. » (B. Arminjon, op. cit., p. 79) Le vent dont on ne peut savoir ni d’où il vient ni où il va, que l’on ne voit pas, dont on ne peut que deviner la présence.

O      Le mot grec pour désigner l’acte de naître est le verbe gennaô. (De lui vient nos termes français géniteur, engendrer, gendre.) La racine du mot est de la même famille que genesis, la genèse, le commencement

O      Naître d’en haut, naître à nouveau. L’adverbe grec anôthen signifie à la fois  d’en haut et de nouveau. Et l’ambivalence est probablement voulue par Jean. L’Évangéliste Jean utilise souvent des termes qui ont une double signification, à la fois naturelle et symbolique ou spirituelle (par exemple dans notre texte nuit et souffle).

O      Jean précise plus loin quelle est cette nouvelle naissance ou naissance d’en haut : une naissance de l’eau et de l’esprit. Naître d’eau et de l’esprit renvoie au baptême, mais aussi au texte de la création dans la Genèse ; On y trouve les deux éléments : les eaux et le souffle de Dieu. : « Au commencement (en grec genesis), Dieu créa le ciel et la terre. Or, la terre était vide et vague, les ténèbres couvraient l’abîme, un souffle de Dieu tournoyait sur les eaux» (Gn 1, 1-29) Donc une nouvelle naissance qui implique une intervention créatrice de Dieu.

O      On voit que « le Saint-Esprit est impliqué dans le processus de la (nouvelle) naissance du début à la fin. » (W. C Alvarez , Tout commence par une nouvelle naissance, p.  7)

O      Déjà dans l’AT, Dieu formulait la promesse de donner à l’homme un cœur nouveau, de mettre en lui un esprit nouveau (Ez 36, 26-27 ; Jr 31, 31). Mais l’AT ne parlait jamais de nouvelle naissance.

O      Le texte le plus proche dans l’AT est le passage d’Ez 36, 26-27 : « Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau, j’ôterai de votre chair le cœur de pierre et vous donnerai un cœur de chair. Je mettrai en vous mon esprit et je ferai que vous marchiez selon mes lois. » Ce texte est considéré comme une typologie du baptême ; il est d’ailleurs lu lors de la veillée pascale.

O      L’Esprit : pneuma : « En grec, comme en hébreu, comme en latin, le même mot signifie à la fois vent, souffle, mais aussi "Esprit". » (B. Arminjon, op. cit., p. 79)  Ce mot (pneuma) est utilisé 4 fois dans les versets 5-8. Cf. plus loin, v. 8 : « Le vent (pneuma) souffle où il veut… »

O      Il faut aussi relever que la nouvelle naissance a une dimension collective, ecclésiale : W. C Alvarez :  « On naît dans une famille. (…) Ce qui est vraiment beau dans la nouvelle naissance, c’est qu’elle nous fait entrer dans la famille [des enfants] de Dieu, l’Église (Ac 2, 38. 41. 47 ; Ep 2, 19 ; Rm 8, 16-17). Nous avons des frères et sœurs en Christ avec qui nous pouvons tout partager. Dieu lui-même est notre Père (Mt 6, 9). Il prendra soin de nous comme un tendre père. Nous pouvons lui ressembler (Ep 5, 1 ; Mt 5, 48) » (op. cit., p. 9) Et Jésus est notre frère.

O      « Nul ne peut voir le Royaume de Dieu » Le verbe voir en Jean a un sens très fort, celui de avoir l’expérience de, participer à, goûter, posséder, entrer dans (v. 5)

3. Naître de l’Esprit

O    v. 6-7 : « Jésus démontre alors pourquoi cette renaissance s’impose. C’est que l’homme, si grand soit-il, n’est pas de plain-pied avec le Royaume de Dieu. L’homme est chair et Dieu est esprit. (…) La chair, c’est la créature livrée à sa faiblesse. L’Esprit, c’est Dieu même, suprême vivant et principe de toute vie. Entre les deux existe un abîme, qui ne peut être franchi que si Dieu, venant en aide à sa créature, la régénère et la hausse au niveau de l’Esprit. A cette seule condition l’homme peut accéder au Royaume de Dieu. (…) C’est là le fait primordial : l’homme qui est chair ne peut se faire esprit ; il est radicalement impuissant à se donner la vie de Dieu. » (Mollat, op. cit., p.  23)

C’est la distance entre deux univers : l’univers de Dieu (mystérieux : tu ne sais d’où il vient ni où il va) et l’univers de l’homme, fragile, limité et vulnérable. Et il y a un abîme incommensurable entre ces deux univers. Seule une nouvelle naissance, une naissance à la vie de Dieu, permet de franchir cette distance.

4. Le vent souffle où il veut

O    Pourquoi comparer l’homme qui est né de l’Esprit au vent ? D’une part parce que le vent et l’esprit sont le même mot aussi bien en hébreu qu’en grec : rouah, pneuma.

Mais aussi, parce que « la naissance par l’Esprit est invisible, insaisissable et mystérieuse ; mais on en discerne la réalité à ses effets dans l’homme. » (E. Osty,  La Bible, p. 2263), un peu comme le vent. Le vent a quelque chose de mystérieux, insaisissable. C’est aussi une caractéristique de l’homme né de l’Esprit. Celui qui est né de l’Esprit vit de la liberté des enfants de Dieu. Il ne se laisse pas manipuler selon les normes, conventions et attentes sociales. Il ne se laisse pas conduire par le qu’en dira-t-on, par le regard ou le jugement des autres. En ce sens, son comportement n’est pas stéréotypé, il ne correspond pas à l’attente des autres : il est le reflet de la liberté de Dieu, qui comporte une part d’imprévisibilité.

5. Il faut que le Fils de l’homme soit élevé

V. 9 : Nicodème est plus humble qu’au début du dialogue : au début Nicodème disait : « Nous savons… » Ici, il interroge. Mais Nicodème est encore perplexe : Tout ceci est contraire à ce qu’il a appris et à la tradition des Juifs. Jésus trouve étonnant que Nicodème soit maître en Israël et ignore quelle est la vraie nature du Royaume : tant de prophéties de l’AT avaient été formulées sur le Royaume de Dieu et sur le fait que celui-ci ainsi que la Nouvelle Alliance sont d’ordre spirituel. W. C Alvarez : « Que la raison de la venue du Messie n’était pas d’établir un royaume matériel, mais plutôt de mourir pour pardonner les péchés du monde. » (Tout commence par une nouvelle naissance, p. 4) C’est ce que Jésus va montrer par la suite aux v. 12-21.

V. 11-12 : en quelque sorte une transition : « Si vous ne croyez pas quand je dis les choses de la terre, comment croirez-vous quand je vous dirai les choses du ciel ? » Dans les versets qui suivent, Nicodème va devoir passer encore à un niveau plus profond. TOB : « Il y a des degrés dans la révélation : jusqu’ici, Jésus a parlé des choses "terrestres", c'est-à-dire de celles qui se jouent ici-bas (naissance des hommes à la vie selon l’Esprit), mais il faudra encore que Nicodème s’ouvre au mystère de la filiation divine de Jésus (3, 13) et de son exaltation sur la croix (3, 14-15) » (p. 297, note r) C’est ce que va faire Jésus dans les versets suivants.

Mais Jésus dans ces versets, veut aussi montrer le lien entre la nouvelle naissance et le mystère pascal. E. Osty : « La naissance "d’en haut" est possible grâce au Fils de l’homme qui doit être "élevé" afin de donner l’Esprit ; croire en lui pour avoir la vie éternelle » (la Bible, p. 2263), croire en lui pour renaître.

Le v. 13, « Nul n’est monté au ciel, hors mis celui qui est descendu du ciel, le Fils de l’homme. » exprime deux mystères : l’incarnation, et la glorification.

Le v. 14, qui parle de l’élévation du Fils de l’homme, utilise le verbe élever dans un double sens, comme souvent dans l’Évangile de Jean : élevé sur la croix, élevé dans les cieux. C’est l’ensemble de cette élévation, souffrance sur la croix et glorification, qui est cause de salut, cause de vie éternelle pour tous les hommes.

Les v. 16-17 : « Car Dieu a tant aimé le monde qu’il a donné son fils unique afin que quiconque croit en lui ne se perde pas, mais ait la vie éternelle. Car Dieu n’a pas envoyé son Fils dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. »  Expriment le mystère de l’incarnation et le mystère pascal en soulignant son but : l’amour fou de Dieu qui veut le salut de tous les hommes.

Les v. 18-21 décrivent le combat entre les ténèbres et la lumière, combat que le Christ est venu réaliser. Avec l’espace de liberté donné à l’homme qui peut choisir entre les ténèbres et la lumière.

O     S’il est appelé à choisir la vie, choisir la lumière, le chrétien va rencontrer le mal sur sa route, et le premier effet du mal est de détruire la vie : S. Paccot : « Le mal est essentiellement ce qui empêche la vie de naître et de se déployer, ce qui mène à une forme de destruction et de mort, quelle qu’en soit la forme » (Reviens à la vie, p. 13)

L’entretien avec Nicodème a commencé de nuit. La fin du v. 21 finit sur la mention de la lumière. On ne sait par très bien où Nicodème a passé, on ne sait pas s’il a choisi entre les ténèbres et la lumière. Mais c’est à nous tous, qui sommes un peu des Nicodème, qu’il nous est donné de choisir.

Faire la vérité, au v. 21, signifie conformer sa vie à la vérité divine, autrement dit faire le bien. Faire la vérité, c’est un peu ce qu’a fait Nicodème, qui est passé un peu des ténèbres à la lumière.

6. Appropriation : Es-tu déjà né ?

O      Cette idée de nouvelle naissance était chère à Zundel : L’homme existe depuis son entrée en ce monde, mais il doit ensuite naître à lui-même, naître à ce qu’il est appelé à devenir, naître à la vie éternelle, et cela peut être un accouchement de toute une vie. Jésus est en chacun l’accoucheur de notre vraie humanité.  Il nous fait naître d’en haut, naître à la vie éternelle, la vie d’enfant de Dieu, ou la vie selon l’Esprit. Mais cette naissance à notre vraie identité, à la vie éternelle, se fait à travers un chemin pascal qui peut être douloureux : il n’y a pas d’accouchement, pas d’enfantement sans douleurs.  Cette naissance est commencée lors de notre baptême, mais elle peut être l’œuvre de toute une vie.

O      Pour Zundel, naître à nouveau, ou entrer dans la vie éternelle, c'est devenir vivants dès ici-bas. Il ne s'agit pas d'attendre la vie éternelle, mais d'y entrer dès maintenant : «Il est donc bien clair que la vraie question, c’est d’être un vivant avant la mort. Il est bien vrai qu’on entre pas dans le ciel comme s’il s’agissait d’aller quelque part. Il faut devenir le ciel… Il faut devenir la vie éternelle, il faut la devenir dans tout son être ». (in M. Donzé, Témoin d’une présence, p. 126-127)

M. Zundel : « Si nous avons à vaincre la mort au cours de la vie, cela ne peut être que par une transformation de notre biologie, c'est-à-dire d’une manière plus ample encore, par une transformation de toutes les contraintes que nous subissons. Si l’existence elle-même est une contrainte, si nous sommes tout entier contrainte, tout entier nécessité, tout entier déterminisme, tout entier imposé à nous-mêmes sans l’avoir voulu, c’est cela qu’il s’agit de transformer en liberté, tout cela… » Exprimé autrement, c’est la pascalisation de notre vie, ou renaître : passer du subi au choisi, du subi au don : « Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne. » (Jn 1, 18)

« Il n’y a d’autre libération en effet que cette transformation du donné en don. C’est le passage du donné au don qui est le passage de la nécessité à la liberté, de quelque chose à quelqu’un et  d’une existence d’esclave à une existence créatrice. Alors, c’est tout cela en nous qui doit se transformer. Il faut donc admettre que notre biologie elle-même est capable de se transformer, autrement dit, que nous avons à créer, tout au long de notre existence, un corps, un corps qui ne dépendra plus de l’univers, qui n’en sera plus esclave, qui ne prolongera pas éternellement notre dépendance et nos nécessités, mais qui sera un corps à l’image du choix que nous aurons fait de nous-mêmes, un corps qui aura le visage de l’âme, visage de la liberté, le visage de l’esprit, le visage de l’amour que nous serons devenu, si réellement nous aboutissons à ce chef-d’œuvre. (…) C’est tout le bloc qui doit devenir la cathédrale, le sanctuaire de la Lumière et de l’Amour. » (2ème de 4 conférences données au Cénacle de Genève, 14.1.1962) C’est un peu cela la nouvelle création, la nouvelle naissance.

 

Maret Michel, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges