4. Jésus-christ : une Royauté qui est de servir

q  Après avoir parcouru le domaine de la psychologie, St François d’Assise, les récits de la Genèse, on va maintenant passer aux Évangiles et voir le rapport que le Christ a eu avec le pouvoir.

q  Le pouvoir peut être exprimé en grec par le terme dynamis, qui est le terme par lequel sont exprimés les miracles (dynameis) dans les Évangiles synoptiques. C’est une force, une force de vie, de guérison : Lc 6, 19 : « Ceux qui étaient tourmentés par des esprits impurs étaient guéris, et toute la foule cherchait à le toucher, parce qu’une force (dynamis) sortait de lui et les guérissait tous. »

q  Le Christ a aussi le pouvoir de remettre les péchés : « Le Fils de l’homme a le pouvoir (exousian) sur la terre de remettre les péchés. » (Mt 9, 6) C’est ici un autre terme pour exprimer le pouvoir : exousian.

q  Jésus a donc en lui un pouvoir, une force vitale, et on va voir dans la suite comment et pour quoi il s’en est servi. Disons d’emblée, pas du tout à la manière des hommes.

1. Les trois  grandes tentations : avoir, pouvoir, idolâtrie

q  Les commentaires exégétiques du récit des tentations au désert, au début de la vie publique du Christ, font en général ressortir que ces trois tentations annoncent et anticipent toutes les tentations de sa vie. Elles expriment les trois grandes tentations auxquelles sont soumis tous les êtres humains : avoir, idolâtrie, toute-puissance. Et elles reprennent les trois tentations auxquelles le peuple d’Israël a succombé lors de l’Exode au désert, tentations dont le Christ sortira victorieux.

A. Avoir

q  Dans le désert Jésus expérimente la faim. Une faim physiologique, mais qui peut représenter toutes les faims ou soifs de l’être humain : faim d’affection, faim d’aimer, soif de pouvoir, faim spirituelle ; toutes ces faims pouvant se résumer en une seule : la faim, la soif d’exister à ses propres yeux et aux yeux des autres.

q  Derrière la tentation de changer les pierres en pain, il y quelque chose de beaucoup plus sournois qu’une simple faim physiologique à combler. Jésus veut se faire pleinement solidaire de l’homme, avec ses limites, ses souffrances, ses faims, et il refuse de se libérer de l’humble condition humaine par un miracle. En refusant cette tentation, Jésus subordonne la faim spirituelle à la faim matérielle : « L’homme ne vit pas seulement de pain, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. » (Mt 4, 4 et //) Il refuse aussi d’utiliser le pouvoir dont il est investi pour lui-même ; il refuse de l’utiliser pour un acte d’auto démonstration, ou d’auto glorification. Ce refus vaut aussi pour les deux autres tentations.

q  J’ai dit tout à l’heure qu’il y a en nous différents types de faim. Et il y a différentes manières de dévorer, de ne pas limiter ses appétits. Je peux dévorer l’autre par une at­titude qui ne lui laisse pas sa place, qui ne lui permet pas de s’exprimer, qui ne le laisse pas vraiment exister. Ce peut être par un amour qui emprisonne l’autre. Je peux avoir une attitude qui dévore dans mon rapport aux biens : les choses que je possède sont des objets de consommation, que je peux changer lorsqu’ils ne sont plus adaptés, que je peux jeter lorsqu’ils ne me conviennent plus. J’ai une attitude qui dévore chaque fois que je ne limite pas mes désirs. Et lorsque j’ai un rapport de possession par rapport aux biens, ce sont en réalité eux qui me possèdent, qui sont mon maître.

L’être humain succombe aux tentations parce qu’il croit combler en elles attentes, manques ou frustrations. Les problèmes écologiques planétaires découlent d’un rapport boulimique aux biens de consommation. Ils découlent d’un non respect de ces biens, d’un rapport de domination – exploitation. Si la faim spirituelle prime sur les autres faims, je vais avoir un rapport de respect vis-à-vis de ces biens (cf. la soumission de St François aux choses de la nature). Mais lorsque les autres faims priment sur la faim spirituelle, les biens matériels ne sont que des objets jetables, pour lesquels j’ai peu ou pas de respect.

q  En résistant à cette tentation, Jésus nous enseigne la liberté intérieure face aux biens, face aux différentes faims de l’être humain, besoins, désirs, attentes, manques. Il nous apprend à les hiérarchiser par rapport au spirituel. Il nous apprend à hiérarchiser le matériel face à ce qui est essentiel dans la vie, face aux valeurs fondamentales.

B. L’idolâtrie

q  Satan propose au Christ  le pouvoir sur tous les royaumes de la terre, s’il accepte de se prosterner devant lui pour lui rendre hommage. Or, Jésus est venu pour servir, et non pas pour dominer. Son pouvoir est orienté vers le Royaume de Dieu, et non vers les royaumes terrestres, orienté vers la gloire de Dieu et non vers une gloire terrestre.

q  Dans notre vie, les idoles trouvent toujours un espace. Plus ou moins grandes, mais idoles quand même. Dans chaque situation où, au lieu que nous soyons maître d’une réalité, c’est elle qui est notre maître, c’est elle qui nous dirige. Chaque fois qu’une activité ou une chose est notre maître, nous perdons la maîtrise de nous-mêmes, nous ne sommes plus vraiment maître chez nous. Nous cédons le pouvoir sur nous-mêmes à quelque chose ou quelqu’un d’autre, et en premier lieu au Tentateur. Ce peut être le travail, l'argent, le sport, Internet, l' Iphone, les réseaux sociaux…

q  Par le refus envers la tentation du pouvoir idolâtrique, Jésus nous apprend à refuser l’asservissement à toute forme de pouvoir. Il nous apprend la liberté intérieure face à ces pouvoirs souvent occultes.

C. La toute-puissance -  mettre Dieu au service de ses intérêts

Dans la troisième tentation (la deuxième chez Mathieu), Satan propose à Jésus de se jeter en bas du temple, afin de provoquer l’intervention miraculeuse de Dieu pour le protéger.

q  Dans la demande de Satan, il y a la tentation de jouer le rôle d’un Messie triomphant, venant parmi les siens avec prestige, ne partageant pas vraiment notre condition humaine.

q  Il y a aussi, derrière cette demande de Satan, la tentation de mettre Dieu à notre service, au service de nos intérêts, tentation de le forcer pour qu’il intervienne comme magiquement. Sophie Soria, dans son livre Un coach nommé Jésus, traduit ainsi le sens pour aujourd’hui de cette tentation : « Cela signifie que l’homme ne doit pas utiliser la manipulation pour essayer de capturer la toute-puissance divine à ses propres fins. » (InterEditions, Paris, 2005, p. 134)

q  Cette tentation se retrouve chez les chrétiens, lorsqu’ils croient échapper par la prière à leur condition humaine, avec ses joies, ses peines, ses souffrances, ses maladies, ses handicaps ; lorsqu’ils croient que Dieu va résoudre tous leurs problèmes.

Certains mettent aussi Dieu à leur service en se faisant porteurs de ce qu’ils pensent être la volonté de Dieu : ceux qui font la guerre au nom de Dieu ; ceux qui disent aux autres quelle est la volonté de Dieu pour eux. Ces personnes utilisent ce qu’ils disent être la volonté de Dieu pour réaliser leurs propres desseins, souvent inconscients et pas très propres ; il y a presque toujours dans ces cas là une soif de pouvoir masquée. Un psychothérapeute disait que plus une personne a des desseins pervers, plus elle a besoin de les masquer par des motifs généreux.

q  Un maître spirituel ignatien disait qu’il y a une différence entre faire des œuvres pour Dieu et faire l’œuvre de Dieu.

O      Dans le premier cas, on essaye de faire ce que l’on présume être la volonté de Dieu, mais la recherche de nos propres intérêts est souvent cachée derrière cette démarche, notre orgueil y trouve le plus souvent son compte.

O      Dans le deuxième cas, on réalise réellement l’œuvre que Dieu attend de nous ; et c’est souvent très crucifiant.

q  Les trois catégories d’hommes selon St Ignace :

     - la première classe voudrait se défaire de biens qui la lient. Elle voudrait, elle ne veut pas. 

- la seconde catégorie veut se dépouiller de son affection et ne refuse pas de prendre quelques moyens, mais ne consent pas à se défaire de l’objet de son affection. Elle        veut, mais imparfaitement.

      - La troisième classe veut aussi se dégager et va jusqu'à se dépouiller de ses biens. Elle est prête, s’il le faut, à tout abandonner si Dieu le veut et quand il voudra.

Donc, la deuxième catégorie d'hommes veut servir Dieu, mais dans la mesure où cela va dans ses optiques…. Elle met Dieu à son service en quelque sorte !

 

2. Les deux étendards : Le refus de trois images du Messie

q  Dans le refus de ces trois tentations, il y a le refus de trois images du Messie et du pouvoir qui serait le sien :

Ø  Un Messie investi d’un pouvoir magique, lui permettant d’échapper à l’humble condition humaine, et qu’il mettrait à son propre service.

Ø  Un Messie triomphant, se manifestant avec force et éclat, qui ne finirait évidemment pas sur une croix. Un Messie avec un pouvoir politique, étendant ce pouvoir sur les royaumes de la terre.

Ø  Un Messie venu pour dominer, non pour servir.

q  Le refus de ces trois images du Messie par Jésus correspond d’une certaine manière à la méditation des deux étendards dans les exercices spirituels de St Ignace. Le choix d’un Messie prestigieux face au choix d’un Messie serviteur souffrant

q  Sophie Soria, résume ainsi l’attitude du Christ dans les trois tentations : « Jésus privilégie l’être sur l’avoir (première tentation), l’humilité sur le pouvoir deuxième tentation), les limites de la nature humaine à la toute-puissance (troisième tentation) » (op. cit., p.127)

q  Si l’on écoute la prédication de Jean-Baptiste au Jourdain, on peut dire qu’elle se situait plutôt de l’image du Messie venant avec force et puissance : « Engeance de vipères, qui vous a suggéré d’échapper à la Colère prochaine ? (…) Déjà la hache se trouve à la racine des arbres, et tout arbre qui ne portera pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu. (…) Il tient en sa main la pelle à vanner pour nettoyer son aire et recueillir le blé dans son grenier. Quand aux bales, il les consumera dans un feu qui ne s’éteindra pas. » (Lc 3, 7. 9. 17)

Suite à ces paroles, et en entendant parler de Jésus comme d’un messie doux et miséri­cordieux, qui « ne brise pas le roseau froissé, qui n’éteint pas la flamme qui vacille » (Mt 12, 20), il semble que Jean-Baptiste, en prison, ait été quelque peu déstabilisé, et se demande s’il est bien le Messie. Il envoie des disciples demander à Jésus : « Es-tu celui qui doit venir, ou devons-nous en entendre un autre ? » (Lc 7, 20) Et Jésus répondra en disant : « Allez rapporter à Jean tout ce que vous avez vu et entendu : les aveugles voient, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent, la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres. » (Lc 7, 22)

Il y a donc bien un pouvoir de Jésus, une force de vie, mais qu’il refuse d’utiliser pour lui-même, à des fins glorieuses ou politiques. Il y a dans les Évangiles, de façon plus marquée dans Marc, ce que l’on appelle le secret messianique : Jésus a souvent imposé une grande discrétion à ceux qui ont été l’objet de guérisons, en leur demandant de ne rien dire à personne. Il voulait éviter que son pouvoir soit mal interprété et utilisé à des fins politiques. 

Ceci va ressortir dans les autres tentations de la vie de Jésus.

q  Pourtant, Jésus n’était pas un mou ou un faible : « Et il advint, quand Jésus eut achevé ces discours, que les foules étaient frappées par son enseignement ; car il les enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme leurs scribes. » (Mt 7, 28-29)

3. Un Messie humble, venu pour servir

Dans l’Évangile de Luc, le récit  se termine sur cette précision : « Ayant ainsi épuisé toute forme de tentation, le diable s’éloigna de lui jusqu’au moment favorable. » (Lc 4, 13) Cette phrase laisse entendre qu’il y aura d’autres tentations dans la vie du Christ. D’autres situations où il devra trancher avec l’attente d’un Messie prestigieux.

q  Après la multiplication des pains, dans l’Évangile de Jean, il est dit : « Alors Jésus, se rendant compte qu’ils allaient venir s’emparer de lui pour le faire roi, s’enfuit à nouveau dans la montagne, tout seul. » (Jn 6, 15). Ce n’est pas une tentation à proprement parler. Mais c’est le même refus que lors des tentations au désert : refus d’un Messie triomphant, refus d’une royauté terrestre, d’un royaume politique.

q  Après la confession de foi de Pierre, à Césarée de Philippe, où l’apôtre reconnaît en Jésus le Messie, Jésus fait savoir aux disciples par où devra passer ce Messie : par la souffrance, l’humiliation, la mort sur une croix. Face à ce visage du Messie, Pierre se rebiffe : « Dieu t’en préserve ! Non, cela ne t’arrivera point ! » Et Jésus lui répondra vivement : « Passe derrière moi, Satan ! tu me fais obstacle, car tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes. » (Mt 16, 21-23 et //)

q  Lorsque Jésus entrera à Jérusalem, le lieu de sa Passion, il le fera dans l’humilité, en montant sur un âne, décevant probablement ceux qui attendaient de lui une entrée triomphale. Mt cite la parole d’Isaïe : « Voici que ton roi vient à toi ; il est humble, il monte sur un ânon, le petit d’une bête de somme. » (Mt 21, 5)

q  Aux apôtres qui discutaient entre eux pour savoir qui était le plus grand, Jésus dit : « Vous savez que les chefs des nations dominent sur elles en maîtres et que les grands font sentir leur pouvoir. Il ne doit pas en être ainsi parmi vous : au contraire, celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur, et celui qui voudra être le premier parmi vous sera votre esclave. C’est ainsi que le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour donner sa vie en rançon pour la multitude. » (Mt 20, 24-28) Encore une fois, le refus d’exercer le pouvoir à la manière des humains. Jésus exprimera cela encore mieux lors du lavement des pieds (Jn 13).

q  Lors de son agonie au Jardin des Oliviers, Jésus sera profondément effrayé par la perspective de ce qu’il aura à subir. Par trois fois, il tombe la face contre terre, demandant au Père que cette coupe s’éloigne de lui. Ces trois fois font écho aux trois tentations que Jésus a vécues dans le désert. Mais de même, par trois fois Jésus triomphera de l’épreuve.

q  Devant Pilate qui lui demandait s’il était roi, Jésus répondit : « "Mon royaume n’est pas de ce monde. Si mon royaume était de ce monde, mes gens auraient combattu pour que je ne sois pas livré aux Juifs. Mais mon royaume n’est pas d’ici." Pilate lui dit : " Donc, tu es roi ?" Jésus répondit : "Tu le dis : je suis roi" » (Jn 18, 36-37) C’est la seule fois dans sa vie où Jésus s’affirme lui-même explicitement comme roi : car dans ce contexte de la Passion, l’ambiguïté n’était plus possible. Jésus sera d’ailleurs couronné d’épines, et sur sa croix, Pilate fera marquer : « Jésus le Nazaréen, roi des Juifs. »

q  Sur la croix, l’Évangile relate une parole d’un passant, dont la dernière partie ressemble étrangement à la troisième tentation au désert : « Toi qui détruis le sanctuaire en trois jours et le rebâtis, sauve-toi toi-même, si tu es le Fils de Dieu, et descends de la croix » Mt 27, 40) Justement, Jésus n’est pas venu pour se sauver lui-même. Il est venu donner sa vie pour tous les hommes, il est venu sauver tous les humains.

q  Jésus se révèle donc non pas comme un Messie prestigieux, mais comme un Messie doux et humble de cœur, miséricordieux ; comme celui qui se met à genoux aux pieds de ses semblables pour leur laver les pieds ; comme le Serviteur souffrant dont parle Isaïe au chapitre 53. Jésus nous révèle ainsi le vrai visage de Dieu, un Dieu tout-puissant assez éloigné de celui que les hommes se font spontanément.

4. Une paix pas à la manière du monde

q  Le Christ est venu apporter la paix dans notre monde. Pourtant il n’est pas venu instaurer la paix à la manière du monde. Dans son discours d’adieu, après le lavement des pieds, il a dit à ses disciples : « Je vous laisse la paix, c’est ma paix que je vous donne. Je ne vous la donne pas comme le monde la donne. » (Jn 14, 27) Jésus n’est pas venu imposer la paix par la force, par des moyens politiques. Il est venu d’abord l’établir dans les cœurs, en y dénouant tous les jeux de pouvoir qui s’y cachent.

q  A l’adage romain : « Si tu veux la paix, prépare la guerre »,  Jésus répondrait plutôt : « Si tu veux la paix, commence à la faire en toi-même ; ensuite elle s’étendra autour de toi et dans le monde. »

5. Le chrétien participe à la royauté du Christ qui est de servir

q  Selon Klaus Hemmerle, l’ancien évêque d’Aix la chapelle, le but du pouvoir est « le règne de ce qui est bon et juste, sous la forme du bien commun... Le pouvoir est l’ordre efficace de la cohabitation humaine, de l’existence de l’homme dans ce monde. » (Macht, in Sacramentum Mundi, p. 316)

q  De par le baptême, tout chrétien est prêtre, prophète et roi. Il participe à la royauté, au pouvoir du Christ, au pouvoir de Dieu. Mais cette première royauté à exercer, le premier pouvoir, est sur soi-même : le chrétien est appelé à être maître de lui-même, maître de ses désirs, maître de ses passions. Lorsqu’il s’exerce à l’extérieur, c’est un pouvoir qui est service, mission ; un pouvoir qui a pour but de susciter, de faire croître la vie, de faire que s’étende le Royaume de Dieu. De par ce pouvoir, le chrétien a, selon A. Grün, « vocation à façonner sa propre vie et le monde selon les vues de Dieu. » (Développer sa valeur personnelle, p. 130.)

q  A. Grün,  se référant à la mystique, dit que « nous avons en nous un espace de silence où Dieu seul habite, un espace sur lequel ce monde n’a aucun pouvoir. Le Dieu qui habite en nous est le Dieu de l’Exode, le Dieu qui nous libère des gardes-chiourme, lesquels nous incitent à battre des records de production, à aliéner notre liberté pour le simple droit de s’asseoir autour des marmites égyptiennes. Dieu nous libère du pouvoir du monde, du pouvoir des hommes, de leurs exigences et de leurs attentes, de leurs jugements et de leurs condamnations. Et il nous libère du pouvoir de notre propre surmoi, des accusations et des reproches que nous nous adressons à nous-mêmes, de l’autopunition et de l’auto dépréciation. » (op. cit.,  p. 134-135)

q  Le chrétien a aussi reçu du Christ  le pouvoir qui était le sien, le pouvoir de guérison, force de vie. Lors de l’envoi en mission des disciples, après sa résurrection, il leur dit : « Voici les signes qui accompagneront ceux qui auront cru : en mon nom, ils chasseront les démons, ils parleront en langues nouvelles, ils saisiront des serpents, et s’ils boivent quelque poison mortel, il ne leur fera pas de mal. Ils imposeront les mains aux infirmes et ceux-ci seront guéris. » (Mc 16, 17-18) Concrètement pour nous, il s’agit d’un pouvoir sur Satan, sur le mal, un pouvoir sur les forces de mort, un pouvoir créateur et de guérison. Un pouvoir qui est liberté des enfants de Dieu

q  M. Zundel, se référant à la formule bien connue des Pères de l’Eglise, Dieu s’est fait homme afin que l’homme devînt Dieu, commente : « Il faut donc que l’homme acquière toute sa valeur pour que Dieu lui apparaisse dans toute sa gloire. Cela veut dire que le règne de l’homme et le règne de Dieu coïncident. Il n’y a entre eux ni antagonisme ni impossibilité. Tout au contraire, le règne de Dieu ne peut s’affirmer que dans le règne de l’homme, comme la grandeur de Dieu ne peut se révéler que dans la grandeur de l’homme. » (in M. Donzé, L’humble présence, p. 112)

 

                                                                                                                       Michel Maret, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges