l'avent: attente de quoi, attente de qui ?

 

1. introduction

Le mot avent vient du latin adventus qui signifie avènement, venue. Il est donc centré autour de la nativité, fête de l'incarnation du Fils de Dieu.

L'avent, qui est donc le temps où l'on attend la venue du messie, s'insère dans le cycle de Noël qui commence le premier dimanche de l'avent et qui finit lors de la fête du baptême du Christ; ce cycle comprend:

- le temps de l'avent, qui marque le début de l'année liturgique

- la fête de la nativité

- la fête de l'épiphanie (fête de la manifestation de Jésus au monde)

- la fête du baptême du Christ

2. La date de Noël et sa signification

   La fête de Nativité a été instaurée au IV° siècle, consécutivement aux hérésies concernant la personne du Christ (première attestation: à Rome en 336); cette fête tend à souligner le réalisme de l'incarnation du Fils de Dieu. La nativité n'a d'abord dans un premier temps qu'un élément du sanctoral (liste de ceux qui ont été fidèles au Christ, témoins exemplaires, marthyrs): le Christ était le premier des saints, le premier martyr; St Etienne était fêté (et est encore fêté) le lendemain de la nativité, car il est le premier martyr qui a imité Jésus.

Puis, avec le pape St Léon, au V° siècle, la Nativité passe d'une fête de mémoire à une fête de Mystère: la naissance de Jésus est un événement majeur de la vie du Seigneur et elle est donc un mystère du salut Chrétien. Durant la même période, on prend conscience de la nécessité d'une préparation à cette fête, comme pour Pâque, et on instaure le temps liturgique de l'avent.

   Si historiquement on ignore le jour de la naissance de Jésus, au IV° siècle, la date de Noël a été fixée au 25 décembre. Il y a plusieurs raisons à cette date:

- Selon Tertullien, puisque le Christ est mort un 25 mars, il doit avoir été conçu aussi un 25 mars; il est donc né 9 mois plus tard, le 25 décembre.

- Cette date permettait aussi de christianiser une fête païenne célébrée à Rome le 25 décembre: il s'agit d'une fête qui célébrait le dieu Mithra dans le culte du "soleil invaincu"; cette fête célébrait la venue de la divinité (adventus divinita) dans le temple.

- Mais surtout, le 25 décembre correspondait à ce que l'on considérait alors comme le solstice d'hiver, c'est-à-dire le jour le plus court de l'année (dans l'hémisphère nord). A partir de cette date, les jours recommencent à croître. Le symbolisme du soleil, le symbolisme lumière- ténèbres est extrêmement important dans l'attente de la venue du messie:

 

- De nombreux textes de l'AT utilisent ce symbolisme:

Nb 24, 17 Oracle de Balaam: "Un astre issu de Jacob devient chef; un sceptre se lève, issu d'Israël. Je le vois, mais non pour maintenant; je l'aperçois, mais non de près".

Is 9, 1 "Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu une grande lumière; sur les habitants du sombre pays, une lumière a resplendi".

Is 49, 6 (2° chant du serviteur) "Je fais de toi la lumière des nations pour que mon salut atteigne aux extrémités de la terre" (// premier chant su serviteur, Is 42, 6)

Mal 3, 20 "Pour vous qui craignez le Seigneur, le Soleil de justice brillera, avec la guérison dans ses rayons".

- Ce symbolisme ténèbres - lumière est repris dans le NT:

Selon le Prologue de Jean, Jn 1, 9, "Le Verbe était la lumière véritable qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme".

Le Ct de Zacharie parle de la venue de Jésus comme de " l'Astre d'en haut qui est venu nous visiter pour illuminer ceux qui habitent les ténèbres et l'ombre de la mort" (Lc 2, 78-79).

 Jésus lui-même s'affirmera comme "la Lumière du monde" (Jn 8, 12).

Ainsi, l'image de la venue du soleil est une image privilégiée pour évoquer la venue du salut. Le soleil a une triple fonction: il éclaire, il réchauffe, il permet la vie (Jn 1, 4); ce qui est intéressant, c'est que ces trois fonctions valent pour la venue de Jésus. L'image du soleil est dynamique, progressive: à partir du jour de la naissance de Jésus, la nuit commence à diminuer. Il s'agit de la lumière du soleil levant, progressant de l'aurore jusqu'à la pleine clarté du midi. Depuis que Jésus est venu, le monde s'oriente vers la lumière, mais ce n'est pas encore la pleine clarté. Dans la mesure où nous accueillons Jésus, et que nous vivons authentiquement son Evangile, la nuit recule et la lumière gagne du terrain.

La naissance de Jésus a donc été située d'une part le jour où la nuit est la plus longue, et en plus à minuit, au moment où la nuit est la plus profonde. Ceci signifie concrètement pour nous que c'est dans la nuit que Jésus naît, c'est dans la nuit de nos existences que Jésus vient nous rejoindre, c'est dans nos ténèbres intérieures que Jésus vient prendre naissance. L'avent est donc un temps de nuit. C'est en quelque sorte une attente de l'aurore (cf. pays dans le cercle polaire).

E. Leclerc a écrit un très beau livre: Le peuple de Dieu dans la nuit. Ce livre décrit la nuit terrible qu'ont vécue les israélites déportés à Babylone, leur désespérance. Il fait le parallèle avec la nuit de la foi que doivent vivre de nombreux chrétiens aujourd'hui, nuit de la foi qui n'est plus réservée aux saint et aux mystiques comme autrefois. Ces chrétiens sont plongés dans un monde où toutes les opinions, toutes les croyances et tous les systèmes de valeurs se côtoient ouvertement, et prétendent se valoir. C'est précisément au coeur de cet exil intérieur qu'une nouvelle foi peut naître, une foi nue et dépouillée. "Il s'agit d'accueillir cette "nuit de la foi" non pas comme une catastrophe mais une épreuve mystérieuse déjà porteuse de l'espérance d'un renouveau. C'est quand on se sent pauvre et éloigné de Dieu que peut-être à ce moment-là Dieu se montre le plus proche".

   Noël se situe aussi au coeur de l'hiver, dans une nature endormie, dont on pourrait croire parfois qu'elle est morte. Et pourtant, sous cette apparente mort, les bourgeons préparent la végétation et la floraison du printemps qui va venir. Ces branches apparemment mortes n'attendent qu'un peu de chaleur pour fleurir. La nature a besoin de cet hiver pour se reposer et préparer l'année qui va suivre. (Exemple du blé qui germe avant l'hiver). Le bourgeon qui est déjà formé avant l’hiver est une très belle image symbolique de l'avent

C'est dans la rigueur de cet hiver que Dieu veut rejoindre l'homme, ce n'est même qu'au coeur de cet hiver qu'il peut le rejoindre. Le Père Barthélemy, dans Dieu et son image, écrit à ce sujet de très belles lignes. Faisant allusion à la faute originelle de l'homme et de la femme au début du livre de la Genèse, et de la peur de Dieu qui s'ensuit, Barthélemy décrit les siècles qui suivent cette faute comme une tentative de réapprivoisement de l'homme, comme on réapprivoise un oiseau apeuré:

"Ainsi Dieu va-t-il devoir le réapprivoiser, laborieusement, comme on réapprivoise un oiseau apeuré. Il ne faut pas le prendre dans la main tout de suite, il faut d'abord le familiariser. On met un tout petit peu de pain derrière la fenêtre fermée. L'oiseau vient quand la fenêtre est fermée, il ne viendrait pas si elle était ouverte. On répète ce manège plusieurs jours. Un autre jour, on entrouvre la fenêtre, il vient quand même parce qu'il est habitué à venir. Vous arriverez ensuite à mettre le pain sur le coin du bureau, il viendra petit à petit, même si le moindre de vos gestes l'inquiète et le fait trembler. C'est ce que Dieu fait avec l'homme. Mais si l'oiseau se résigne à vous approcher, c'est parce que c'est l'hiver. L'été, vous n'arriverez pas à l'apprivoiser, mais l'hiver, il ne trouve guerre à manger, aussi se rapproche-t-il des fenêtres de ces hommes qu'il redoute" (p. 53-54).

Le peuple Israélite esclave en Egypte, c'est un peuple en hiver; ce peuple souffrant la soif et la faim au désert après la sortie d'Egypte , c'est un peuple en hiver; le peuple de Dieu en exil à Babylone, c'est encore un peuple en hiver; enfin, ce peuple sous l'occupation romaine, au temps d'Hérode, c'est toujours un peuple en hiver.

L'avent, c'est un peu ce temps durant lequel Dieu réapprivoise l'homme, afin qu'il se laisse approcher, toucher par lui, qu'il accepte de faire alliance avec lui. Mais Dieu ne va pouvoir réapprivoiser l'homme qu'en hiver, dans la faim, le dénuement. C'est donc dans l'hiver de ma vie que Jésus veut naître, lorsque apparemment tout est mort, tout est perdu. Ce n'est même que dans cet hiver qu'il peut réellement prendre naissance. Dans l'abondance, l'opulence, il y a en quelque sorte une autosuffisance; alors que la détresse provoque chez l'homme l'attente d'un salut.

Quelle est, dans ma vie, cette nuit ou ces nuits où Jésus veut venir me visiter ?

       Quel est l'hiver de mon existence au coeur duquel Jésus veut prendre naissance ?

       Quelles sont ces peurs que Jésus veut venir apprivoiser ?

3.  Les trois avènements du Christ

St Bernard distingue trois avènements du Christ:

- son incarnation, sa naissance à Bethléem, au temps d'Hérode;

- sa naissance ou sa venue dans nos coeurs chaque jour de notre existence;

- le retour du Christ à la fin des temps.

Il y a donc trois dimensions dans l'avent:

L'avent est le temps de la mémoire: mémoire de la naissance de Jésus à Bethléem, mais aussi mémoire de l'annonce par les prophètes de cette venue et de la longue attente du peuple d'Israël. Cette mémoire nous rappelle que ce que nous attendons a déjà commencé. Il s'agit de la mémoire de la volonté de salut de Dieu pour l'homme, de son désir que l'homme ait la plénitude de vie, mémoire de son désir de libération, de recréation, de divinisation de l'être humain; mémoire que Dieu s'est fait homme pour que l'homme devienne Dieu. (Y. Goldman: "C'est la mémoire qui ouvre de nouvelles possibilités de vie, c'est toujours sur notre mémoire que se construit le futur"; DaVaR: événement - Parole). Cette mémoire du passé nous renvoie à ce que Dieu veut faire aujourd'hui.

L'avent est aussi le temps de l'aujourd'hui: L'Eglise croit que Jésus renouvelle chaque année les grâces de son incarnation pour le monde. La célébration de Noël nous rend contemporain de l'événement. Jésus ne naît plus parmi nous, mais en nous, en cette crèche vivante qu'est notre coeur, où il est prêt à accepter l'état rudimentaire d'une étable. Encore aujourd'hui, Jésus veut apporter la lumière là où règne la ténèbre, il veut apporter la vie là où il y a la mort. Encore aujourd'hui, il vient apporter la bonne nouvelle aux pauvres, panser les coeurs blessés, annoncer aux prisonniers la délivrance (Is 61, 1), aux aveugles le retour à la vue (Lc 4, 18).

L'avent n'est pas une attitude passive: il est attention à celui qui est déjà là et qui veut me rejoindre; l'avent, c'est rejoindre celui qui est au fond de mon coeur et qui m'attend; attendre, c'est en  fait répondre à une attente qui me précède.

L'avent est aussi un temps tourné vers l'avenir: il est attente du retour du Christ à la fin des temps, lors de la Parousie. Cette attente était très forte dans les premiers temps de l'Eglise, et le Marana tha (viens Seigneur Jésus, Ap 22, 20) était répété souvent dans les réunions liturgiques. Cette attente se manifestait surtout dans la vigile pascale. Plus tard l'attente de la Parousie s'est reportée sur la période de l'avent.

L'avent est en quelque sorte le symbole du temps qui sépare la venue de Jésus à Bethléem et son retour à la fin des temps. Au long avent qui a été de la création jusqu'à la venue de Jésus, se substitue l'avent qui va de cette venue jusqu'à son retour lors de la parousie. Nous nous situons entre le déjà et le pas encore. Jésus est déjà venu, mais il doit encore venir. Tous les oracles prophétiques qui annoncent la venue du messie, qui annoncent le Jour du Seigneur, ne sont que partiellement réalisés; ils ne seront pleinement réalisés que le jour où Jésus reviendra. En ce sens, ces oracles prophétiques ont une valeur permanente pour aujourd'hui.

L'avent est attente du jour où Dieu essuiera toutes larmes de nos yeux (Ap 21, 4; Is 25, 8), du jour ou cesseront définitivement la violence et la haine, et où ne régneront plus que la paix et l'amour mutuel. Dans un siècle où des dizaines de millions d'êtres humains sont morts victimes de la guerre, des exterminations massives, ont souffert de tortures et d'atrocité incroyables, dans un monde où l'économie semble un monstre écrasant tout sur son passage au mépris de l'être humain, l'attente de beaucoup est certainement celle d'un monde meilleur, attente d'une intervention de Dieu qui rétablisse la justice et la paix.

Mais cette attente du retour du Christ est aussi attente de la rencontre avec lui à la fin de notre vie; car pour chacun d'entre nous, la fin du monde, la fin des temps est la fin de notre vie.

Etant tourné vers l'avenir, dans l'attente du retour du Christ, l'avent est un temps de veille, un temps de vigilance, de patience, au coeur de la nuit. Dans son discours eschatologique où il annonce son retour à la fin des temps, Jésus multiplie ses appels à veiller: "Veillez donc, car vous ne savez ni le jour ni l'heure" (Mt 25, 13); "Tenez-vous prêt, car c'est à l'heure à laquelle vous ne pensez pas que le Fils de l'homme va venir" (Mt 24, 44).

 Rm 13, 11-12 Interpellation "C'est l'heure désormais de vous arracher au sommeil; la nuit est avancée, le jour est arrivé. Laissons là les oeuvres de ténèbres et revêtons les armes de lumière".

Quelles sont mes attentes de la venue de Jésus dans ce monde aujourd'hui ? pourquoi ?

       Est-ce que l'attente du retour de Jésus à la fin des temps a un sens pour moi, et            lequel ?

Quelle est mon attente de la rencontre avec Jésus en fin de ma vie ?

- Noël célèbre le mystère de notre salut rendu présent: cette célébration nous rend contemporain de l'événement, elle rend le fait présent grâce à la foi. On vit l'événement comme présent.

- Si Noël est l'anniversaire de la naissance de Jésus, qui est la tête du Corps, Noël célèbre aussi la naissance de tout le Corps, c'est-à-dire de tout le Corps.

- Noël est la fête de la rédemption, de notre salut: il n'y a qu'un unique mystère de la rédemption, mais présenté sous divers aspects; notre rédemption commence dès l'incarnation du Fils de Dieu, c'est la première victoire sur le mal.

- Noël est aussi la fête de l'incarnation: Noël, c'est les épousailles de Dieu avec la nature humaine; en prenant la nature humaine, Dieu nous donne ainsi notre dignité d'enfant de Dieu: Dieu se fait homme pour que l'homme devienne Dieu.

4. L'attente dans l'Ancien testament

Toute la période qui va depuis la faute originelle de l'homme et de la femme dans la Genèse jusqu'à la venue de Jésus Christ est marquée par une attente et est par conséquent un long avent. Le texte même de la faute originelle est marqué par une lueur d'espoir qui laisse entrevoir la victoire finale de l'homme par rapport au serpent qui symbolise le mal: "Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ton lignage et le sien. Il t'écrasera la tête et il t'atteindra au talon" (Gn 3, 15).

Les textes de la Genèse traitant de la création de l'homme et de la femme ont en fait été écrits assez tardivement, à une époque où l'on se posait la question de l'origine du mal dans le monde. C'est à peu près à cette même époque qu'a commencé à se développer l'eschatologie (eschata: ce qui vient en dernier, au bout, à la fin). Si Dieu est le créateur du monde et de l'homme, lui seul peut et même doit restaurer, recréer ce monde abîmé par le péché; l'eschatologie est en fait la conséquence nécessaire du Dieu créateur. S'il n'y a qu'un Dieu unique et tout-puissant, un Dieu d'amour et de justice, il ne peut perdre définitivement la partie engagée, il ne peut accepter que sa création soit définitivement abîmée. L'eschatologie, c'est le dernier mot de Dieu face au mal et à la décréation; c'est une intervention de Dieu qui change l'état actuel des choses pour faire place à une situation radicalement nouvelle et définitive entre Dieu et sa création.

On peut repérer deux lignes dans cette attente eschatologique :

-  attente d'un salut, attente d'un sauveur, d'un messie, d'un roi

- attente d'un monde nouveau, de cieux nouveaux et d'une terre nouvelle, attente d'une recréation de l'homme et du monde.

Les psaumes sont imprégnés de cette attente d'un salut de la part de Dieu:

Un des psaumes les plus explicites est le Ps 72: "O Dieu donne au roi tes pouvoirs, à ce fils de roi ta justice. Qu'il gouverne ton peuple avec justice, qu'il fasse droit aux malheureux de son peuple, qu'il sauve les pauvres gens, qu'il écrase l'oppresseur ! En ces jours-là fleurira la justice, grande paix jusqu'à la fin des lunes ! Qu'il domine de la mer à la mer, et du Fleuve jusqu'au bout de la terre !"

Toute cette attente du peuple de Dieu au long des siècles qui ont précédé la venue du Christ peut être résumée à cette phrase que reprend la liturgie de l'avent: Ah, si tu déchirais les cieux et si tu descendais ! (Is 63, 19; cf. Ps 144,5)

5. Quel messie attendons-nous ?

Un élément clef de l'attente dans l'AT est l'attente du Jour du Seigneur. Il est intéressant d'en dire quelques mots pour éclairer le sens de l'attente du Messie.

- Dans un premier temps, le Jour du Seigneur est vu comme un jour grand et redoutable, un jour de lumière qui va exterminer tous les ennemis de Dieu, à l'image de l'Exode.

- Mais face au peuple d'Israël plongé dans la corruption et dans le péché, et qui croyait être sauvé malgré tout par le seul fait d'être le peuple élu, les prophètes annoncent le Jour du Seigneur comme un jour grand et redoutable, un jour de colère et de ténèbres, un jour de châtiment pour les injustes et les oppresseurs, qu'ils fassent partie du Peuple de Dieu ou pas: "Malheur à ceux qui soupirent après le Jour du Seigneur. Que sera-t-il pour vous le jour du Seigneur ? Il sera ténèbres et non lumière. Il est obscur et sans clarté" (Am 5, 18-20).

- Pendant l'Exil à Babylone, le Jour du Seigneur devient un jour d'espérance, et la justice de Dieu se retourne contre les oppresseurs d'Israël.

- Après l'Exil, le Jour du Seigneur tend à devenir un jour de jugement: jour de salut pour les justes, jour de châtiment pour les pécheurs: "Voici, le Jour vient brûlant comme un four. Ils seront comme de la paille, tous les arrogants et les malfaisants; le jour qui arrive les embrasera, dit le Seigneur Sabaot, au point qu'il ne leur laissera ni racine ni rameau. Mais pour vous qui craignez mon Nom, le Soleil de justice brillera, avec la guérison dans ses rayons" (Ml 3, 19-20)

- Peu à peu, la notion de Jour du Seigneur va se spiritualiser: il n'est plus tant question de défaite des ennemis que de conversion et de purification.

A cette image de l'attente du Jour du Seigneur correspond une image de l'attente du Messie. Encore au temps de la venue de Jésus, beaucoup de Juifs, et même les apôtres de Jésus, attendaient un messie qui allait chasser les romains occupant le pays et restaurer une royauté temporelle en Israël. Pourtant, l'Ancien Testament lui-même présentait certaines images du Messie comme un serviteur humble et souffrant:

Is 42, 1 "Il ne crie pas, il n'élève pas le ton; il ne brise pas le roseau froissé, il n'éteint pas la mèche qui faiblit".

Is 53 présente l'image d'un Messie souffrant, humilié, serviteur.

Il est intéressant de regarder l'annonce de la venue du Christ par Jean-Baptiste: "Engeance de vipères, qui vous a suggéré d'échapper à la colère prochaine (allusion au Jour du Seigneur)... Déjà la cognée se trouve à la racine des arbres; tout arbre qui ne produit pas de bon fruit va être coupé et jeté au feu... Celui qui vient derrière moi est plus fort que moi, lui dont je ne suis pas digne d'enlever ses sandales... Il tient en main la pelle à vanner et va nettoyer son aire: il recueillera le blé dans son grenier; quand à la bale, il la consumera au feu qui ne s'éteint pas" (Mt 7, 3-12).

Après avoir annoncé de manière aussi terrible la venue du messie, il semble que Jean baptiste s'est trouvé déconcerté par l'attitude miséricordieuse et relativement discrète de Jésus; au point que, enfermé dans sa prison, il fasse demander à Jésus: "Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?" (Mt 11,3). Un roi né dans une étable et mort sur une croix, cela a vraiment de quoi déconcerter. Et face à l'apparent peu de transformation du monde depuis la venue de Jésus, face au déferlement de violences et de guerres en ce siècles, plusieurs d'entre nous peuvent peut-être se poser la même question que Jean-Baptiste: "Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ?"

Ceci nous renvoie à une question capitale: Qu'attendons-nous au juste ? Quel salut voulons-nous ? Quel messie attendons-nous ? Quelle naissance attendons-nous ? En quel Jésus espérons-nous ? Un messie qui chasse par le feu et par l'épée l'occupant romain ( et tous les oppresseurs d'aujourd'hui) ? Un messie qui extermine tous ceux qui font le mal, comme le pensait Jean-Baptiste ? (cf. tous les criminels de guerre) Un Jésus qu'il suffit d'invoquer avec foi pour qu'il résolve tous nos problèmes personnels, familiaux, professionnels ou spirituels ? Un Jésus qui vient dénouer tous mes blocages, résoudre tous mes problèmes relationnels ? Un Jésus finalement à mon service... 

L'Ecriture nous dit qu'il s'agit d'un messie né dans une étable, dans une crèche, mort sur une croix, dans une apparente impuissance. Un messie qui s'est fait pauvre, pour qu'en sa pauvreté nous trouvions la richesse. Un messie qui s'est fait mendiant de l'homme, qui s'est mis à genoux, à ses pieds. Un messie qui propose son amour, et ne l'impose pas, car l'amour ne peut pas s'imposer (cf. couple). Un messie qui continue à apprivoiser l'homme, comme on apprivoise un oiseau, et non pas qui l'éduque de force; et cet apprivoisement prend longtemps, des siècles, peut-être des millénaires. Un messie qui veut transformer le monde lentement, à la manière d'une graine jetée en terre, et qui germe lentement, après plusieurs mois d'hiver passés sous la terre (graine trouvée dans les pyramides en Egypte). Ainsi, la venue de Jésus à Bethléem a été comme une graine jetée en terre, et qu'il nous charge de faire germer et grandir, jusqu'à ce qu'elle devienne un arbre où les oiseaux du ciel peuvent se nicher.

L'avent de notre histoire est précisément le temps où la graine semée par Jésus germe; l'avent est un temps d'attente active en vue que la graine devienne un arbre et porte du fruit.

           Quel messie, quel sauveur attendons-nous ?

 

Maret Michel, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges