I. Première épître de Saint Pierre

1. But et style

Ø L’Épître a probablement été écrite dans les années 62-64. On n’est alors plus dans les premiers temps de l’Église. C'est pourquoi le but de l’Épître n’est plus de poser les fondements de la foi, ce qui avait déjà été fait. TOB : « Il s’agissait bien plutôt, face aux difficultés croissantes que connaissaient les communautés chrétiennes, de les exhorter à tenir bon en raison même de l’espérance qui leur avait été prêchée. A cet effet, l’apôtre tourne les regards de ses lecteurs vers le Christ, afin qu’ils prennent (ou reprennent) conscience de la puissance de vie nouvelle qui est en lui. »  (p. 719)

Ø Le but, le style de l’Épître est donc celui de l’exhortation.  Elle a pour objectif de raviver  la foi, l’espérance, le courage des chrétiens. Peut-être même cette Épître était-elle une homélie baptismale (cf. Cahier d’Évangile N° 47, p.  17)

Ø Une lettre que je connaissais peu avant de l’avoir travaillée, et que je découvre d’une richesse extraordinaire.

2. Plan de l’Épître

1, 1-2 :        Adresse et salutation

1, 3-5 :        Introduction : action de grâce et introduction du thème : la nouvelle naissance pour une vivante espérance

1,13-2,10 :   1ère exhortation : vivre comme des saints pour constituer la maison de Dieu

2,11-3,12 :   2ème exhortation :les devoirs des chrétiens dans la vie quotidienne

3,13-4, 11 : 3ème exhortation : face aux persécutions, espérance en la victoire du Christ

4,12-5,11 :  4ème exhortation : vigilance dans l’épreuve

5, 12-14 :    Conclusion - salutations

3. Thèmes principaux

A. La nouvelle naissance

Ø Le thème de la nouvelle naissance est annoncé dès le v. 3 : « Dans sa grande miséricorde, il nous a fait renaître (ou engendrés de nouveau) par la résurrection de Jésus-Christ d’entre les morts, pour une vivante espérance… »

Ø La cause de la nouvelle naissance :  la résurrection du Christ ; pour Pierre, l’événement de Pâques est le point de départ d’un monde nouveau.  Plus loin dans la lettre, l’origine de la nouvelle naissance est le baptême, qui introduit dans l’ensemble du mystère pascal : souffrances, mort et résurrection du Christ. Mais à l’origine de la nouvelle naissance, il y a aussi la Parole de Dieu, la Bonne nouvelle du salut : cf. 1, 23 et 2, 1.

Ø Le but, ce que produit cette nouvelle naissance : « Pour une vivante espérance, pour un héritage exempt de corruption, de souillure, de flétrissure, et qui vous est réservé dans les cieux, à vous que par la foi, la puissance de Dieu garde pour le salut prêt à se manifester au dernier jour. »

Ø Pratiquement toutes les religions et toutes les cultures ont eu, ont ce que l’on appelle des rites d’initiation. Ces rites signifient la mort à un état de vie ainsi que la naissance à un nouvel état de vie meilleur.

Selon M. Eliade, un philosophe des religions, « tous ces rituels et symbolismes du "passage" expriment une conception spécifique de l'existence humaine : une fois né, l'homme n'est pas encore achevé; il doit naître une deuxième fois, spirituellement; il devient homme complet en passant d'un état imparfait, embryonnaire, à l'état parfait d'adulte. En un mot, on peut dire que l'existence humaine arrive à la plénitude par une série de rites de passage, en somme d'initiations successives ». (Le sacré et le profane, Paris, 1965, p. 153.)

Ø Ce thème de la nouvelle naissance est fondamental dans le Christianisme, elle se retrouve tout au long du NT : Être chrétien, c’est naître à une vie nouvelle, à la vie d’enfant de Dieu. C’est le cœur de la révélation chrétienne. Et  cette vie nouvelle, c’est la participation à la nature divine, à la vie de Dieu, à l’amour de Dieu.

Selon St Paul, toute la création, et nous avec, est dans les douleurs d’un long enfantement : Rm 8, 28 : « Nous le savons, jusqu’à ce jour, toute la création gémit dans les douleurs de l’enfantement. Et non pas elle-seule : nous-mêmes qui possédons les prémices de l’Esprit, nous gémissons aussi intérieurement dans l’attente de la rédemption de notre corps. » Donc, toutes les souffrances que nous vivons, avec toute la création, sont celles d’un long enfantement.

Jésus disait juste avant sa Pâque, qu’il présente comme un enfantement : Jn 16, 21 : « La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. » Le thème des douleurs de l’enfantement est  une « image biblique traditionnelle pour signifier le douloureux avènement du monde nouveau, Messianique. » (BJ, p. 1556, note i)

Ø 1, 23 met en lien la nouvelle naissance avec la semence : « Engendrés de nouveau d’une semence non point corruptible, mais incorruptible, la Parole de Dieu, vivante et permanente. »  .

Le grain qui doit être jeté en terre et mourir pour former une plante et porter du fruit est une image pascale. Jésus l’exprimera juste avant d’entrer dans le mystère pascal :  Jn 12, 23-25 : « Voici l’heure où doit être glorifié le Fils de l’homme. En vérité, en vérité je vous le dis, si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il demeure seul ; mais s’il meurt, il porte beaucoup de fruit. »

Notre nouvelle naissance est commencée lors de notre baptême, mais sous forme de semence. Cette semence est appelée à être mise en terre, mourir, germer et à croître tout au long de notre vie.

Ø Il est aussi dit dans ce verset que la Parole de Dieu nous fait renaître ; elle est source d’une vie renouvelée. La Parole de Dieu est d’une efficacité permanente, elle fait ce qu’elle dit ; elle réalise dans le chrétien les promesses qu’elle contient.

Ø 2, 2 parle d’enfants nouveau-nés : « Comme des enfants nouveau-nés, désirez le lait non frelaté de la Parole, afin que par lui, vous croissiez pour le salut. » Il y a des étapes dans notre naissance, comme lors d’un accouchement : d’abord la tête, plus le tronc, les jambes et enfin les pieds. Cet engendrement se fait grâce à la collaboration de notre liberté. Toute la vie du chrétien est une naissance progressive à la vie de Dieu. Elle ne sera pleinement achevée qu’au jour de notre résurrection corporelle, au jour de la parousie

L’hymne aux Colossiens présente la résurrection du Christ, tête du Corps qu’est l’Eglise, comme une naissance, qui anticipe la nôtre : Col  1, 18 : « Il est aussi la Tête du Corps, c'est-à-dire l’Église. Il est le Principe, le Premier-né d’entre les morts, afin qu’il obtint en tout la primauté. » Si selon St Paul, le Christ est la tête du corps qu’est l’Église, et les chrétiens les membres, le Christ tête, par son mystère pascal, est déjà né. Si la tête est déjà passée, le reste du corps va suivre, nous sommes destinés à entrer dans ce mystère pascal, dans cette naissance.

Ø Selon 1, 23, la nouvelle naissance liée à la charité : Osty : « D’un cœur pur, aimez-vous les uns les autres ardemment. » 

4, 8 : « Avant tout, ayez entre vous une grande charité, car la charité couvre une multitude de péchés. Pratiquez l’hospitalité les uns envers les autres, sans murmurer. Chacun selon la grâce reçue, mettez-vous au service les uns les autres, comme de bons intendants d’une multiple grâce de Dieu. »

La première lettre de St Jean fait plusieurs fois référence à cette nouvelle naissance, en lien avec l’amour, avec le refus du péché: 1 Jn 4, 7 : « Quiconque aime est né de Dieu. » 1 Jn 5, 18 : « Nous savons que quiconque est né de Dieu ne pèche point. » Déjà le prologue de Jn faisait référence à cette nouvelle naissance : « A ceux qui l’ont accueilli, à ceux qui croient en son nom, il a donné pouvoir de devenir enfants de Dieu. Ceux-là ne sont pas nés du sang, ni d’un vouloir de chair, ni d’un vouloir d’homme, mais de Dieu. » (Jn 1, 12-13 ; Traduction TOB)

B. L’Incorporation au mystère pascal : mort et résurrection du Christ

Ø La cause de cette nouvelle naissance : l’incorporation au mystère pascal, souffrances, mort et résurrection du Christ. Déjà dans l’introduction, au v. 3.  Mais aussi et surtout en 1, 18-21 qui exprime tout le mystère pascal : « Sachez que ce n’est par rien de corruptible, argent ou or, que vous avez été affranchis de la vaine conduite héritée de vos pères, mais par un sang précieux, comme d’un agneau sans reproche et sans tache, le Christ, discerné avant la fondation du monde et manifesté dans les derniers temps à cause de vous. Par lui vous croyez en Dieu qui l’a fait ressusciter d’entre les morts et lui a donné la gloire, si bien que votre foi soit en Dieu comme votre espérance. »

De même 2, 20-25, qui est la clef théologique de toute l’épître : « Quelle gloire y a-t-il, en effet, à supporter de mauvais traitements pour avoir fauté ? Mais supporter la souffrance quand on fait le bien, c’est une grâce devant Dieu. Or, c’est à cela que vous avez été appelés, puisque  le Christ aussi a souffert pour vous, vous laissant un exemple pour que vous suiviez ses traces ; lui qui n’a pas commis de péché et il ne s’est trouvé en sa bouche aucune fourberie ; lui qui insulté ne rendait pas l’insulte ; souffrant, ne menaçait pas, mais s’en remettant au juste Juge ; lui, qui sur le gibet, a porté lui-même nos péchés dans son corps, afin que morts aux péchés, nous vivions pour la justice ; lui dont la meurtrissure vous a guéris. Car vous étiez errant comme des brebis, mais maintenant vous êtes retournés au berger, au surveillant de vos âmes. » Ce passage, qui s’inspire du Chant du Serviteur souffrant en Is 53,  exprime le mystère pascal vécu par le Christ, mais aussi que nous sommes appelés aussi à entrer dans ce mystère pascal, nous avons à marcher sur ses traces : le Christ a lui-même porté nos péchés dans son corps afin que, morts au péché, nous vivions pour la justice ; il s’agit d’une mort au péché, et une nouvelle naissance.

Encore 3, 14, qui en plus exprime la descente du Christ aux enfers, et fait de l’Arche de Noé une typologie, un symbole du baptême : « Le Christ lui-même est mort une fois pour les péchés, lui le juste pour les injustes, afin de nous mener à Dieu. Mis à mort selon la chair, il a été vivifié selon l’esprit. C’est en lui qu’il s’en alla même prêcher aux esprits en prison, à ceux qui jadis avaient refusé de croire lorsque se prolongeait la patience de Dieu, aux jours où Noé construisit l’Arche, dans laquelle un petit nombre, en tout huit personnes, furent sauvés à travers les eaux. Ce qui y correspond, c’est le baptême qui vous sauve à présent, et qui n’est pas l’enlèvement d’une souillure charnelle, mais l’engagement à Dieu d’une bonne conscience par la résurrection de Jésus-Christ… » Ce passage aussi exprime les exigences concrètes pour le chrétien du mystère pascal et du baptême : une rupture avec le péché. Le baptême nous configure à la mort et à la résurrection du Christ, et implique une rupture avec le péché (qui n’est pas automatique).

Ceci est encore exprimé en 4, 1 : « Le Christ ayant donc souffert dans la chair, vous aussi armez-vous de cette même pensée, à savoir : celui qui a souffert dans la chair a rompu avec le péché, pour passer le temps qui reste à vivre dans la chair, non plus selon les passions humaines, mais selon le vouloir divin. »

Ø Le thème de l’Exode, la première Pâque, la Pâque fondatrice, est en arrière fond de toute l’Épître : « Dès l’exhortation initiale, on reconnaît l’attitude de veille demandée pour la nuit de la pâque : les reins ceints (1, 13 cf. Ex 12, 11) ; il faut abandonner ces convoitises (1, 14) qui ramenaient le cœur du peuple vers l’Égypte (Ex 16, 3 ; Nb 11, 4-6) La libération n’est pas acquise par le sang de  l’agneau pascal, mais par celui du Christ (1, 19). L’appel de Dieu vise à former un peuple saint (1, 16), comme devait être celui de la première alliance. » (Cahier d’Évangile N° 47, p. 17) 1, 13, traduction  Osty : « Ceignez les reins de votre intelligence. »

L’exode à vivre par les chrétiens est un exode vers la sainteté : « A l’exemple du Saint qui vous a appelés, devenez saints, vous aussi, dans toute votre conduite, selon qu’il est écrit : Vous serez saints, parce que moi, je suis saint. »

Le sang de l’alliance n’est plus celui d’un animal, mais celui du Christ, agneau innocent et sans tache.

C. Il nous a fait renaître pour une vivante espérance

Ø Le thème de l’espérance est très important dans l’Épître : il se retrouve en 1, 3 ; 1, 8 -9 ; 1,13 ; 1, 21 ; 3, 15.

Ø La formule « vivante espérance » exprime une espérance qui se traduit dans la vie, qui se traduit dans les actes.  Elle n’est pas une attitude intellectuelle ou stoïque, mais « le moteur d’un comportement nouveau (1,13-15). Elle permet aux croyants de lutter avec allégresse (1, 6), non pas malgré l’épreuve (qui, à première vue semble la contredire), mais au milieu de l’épreuve (4, 12-13). » (TOB p. 720)

Ø 3, 15 demande d’être toujours prêts  à rendre compte de l’espérance qui est en nous, par la foi en la victoire du Christ ressuscité.  « Tout chrétien, en toute circonstance, doit être capable de justifier, de rendre croyable l’espérance qui est en lui. (…) A la différence des païens qui sont "sans espérance et sans Dieu dans le monde"  (Eph 2, 12) les chrétiens regardent l’avenir avec assurance. » (Cahier d’Évangile47, p. 35-36)

Ø Renaître pour une vivante espérance : la vivante espérance, dans son sens fort, est une nouvelle manière de vivre, une nouvelle vie, qui a une nouvelle couleur, celle de la résurrection du Christ. Vu son importance, je vais faire ici un développement :

q  L’espérance n’est pas une projection de nos désirs, comme le disait Freud, ni une consolation pour les opprimés, comme le disait Marx, la carotte devant nous qui nous ferait avancer. Elle est quelque chose de beaucoup plus fort.

q  L'Espérance chrétienne n'est pas une dimension surajoutée à l'être humain, mais elle présuppose une dimension anthropologique essentielle à l'homme: l'espérance humaine. C. J. Pinto de Olivera donne cette définition générale de l'espérance, définition dense mais qui me paraît très éclairante: l'espérance se caractérise comme «le courage ferme et lucide de s'accepter et de se vouloir créé créateur, dans le temps et en communion avec les autres, malgré l'incertitude, l'angoisse, l'incompréhension et la mort. » L’espérance ainsi définie est l’espérance au plan purement humain, et non au plan théologique.

- L'espérance est le courage ferme, c'est-à-dire qu'elle est une certitude, un désir résolu.

- L’espérance est un courage lucide, autrement dit une certitude non seulement affective qui pourrait se réduire à un pur sentiment, ou un déni du réel, mais rationnellement fondée.

- L'espérance présuppose et inclut l'acceptation de soi-même, avec ses grandeurs, ses limites, sa finitude, sa dimension historique : Pinto de Olivera: «Espérer se caractérise donc initialement comme l'acte d'accepter de vouloir vivre en homme, regardant en face la réalité effective de l'être humain, sa finitude et ses capacités d'infini; accepter et vouloir la condition humaine et les conditionnements individuels d'ordre culturel, familial, biologique».

- L’espérance, c’est se reconnaître créé créateur, c'est-à-dire investi de responsabilité, appelé à la créativité, appelé à transformer respectueusement aussi bien son propre être que la société et le monde.

- L'espérance se vit en communion avec les autres, c'est-à-dire implique une dimension de confiance au prochain. Même si celui-ci peut passer par les défaillances, les échecs, il est aussi susceptible de bonté, de changements, de transformations. L’espérance passe aussi par l’aide du prochain. Je ne pourrai changer le monde qui m’entoure seul.

- L'espérance est un courage ferme s'affirmant malgré l'incertitude, l'angoisse, l'incompréhension et la mort. Elle n'est pas aveuglement ou négation des difficultés, déception, drames, péchés ou du mal présents en ce monde. Elle est un processus fait de  réussites et d'échecs. L'espérance est invitation à dépasser la compréhension actuelle des événements. Elle est toujours un refus des déterminismes, et un appel continuel au dépassement.

- L'espérance est source de croissance, stimule le développement, car elle est en elle-même un «vouloir efficace d'être plus» (p. 119).

q  L’espérance chrétienne apporte une dimension de plus à cette espérance humaine : Pinto de Olivera souligne que «l'histoire du salut se déploie comme l'histoire de l'Espérance» (p. 70).  L'histoire de l'Espérance culmine dans l'échec-triomphe de la Croix, qui est défaite de la mort et de la haine. Cet événement donne aux chrétiens la certitude de la victoire de l'Amour de Dieu sur le mal, sur la haine, sur la mort. 

Pinto de Olivera, « La certitude essentielle de l'Espérance a pour objet l'Amour de Dieu, Amour que Dieu a pour son peuple, et qui trouve son accomplissement, sa parfaite révélation en Jésus-Christ. Espérer signifie donc croire à l'Amour, au triomphe de l'Amour, à sa force capable de transformer l'homme selon la bonté, la justice de Dieu et de le faire ainsi participer à sa Gloire» (p. 94).

L’espérance chrétienne se fonde sur la résurrection de Jésus-Christ où cette victoire est déjà réalisée; mais cette dernière doit encore s'inscrire dans l'histoire et s'achever lors de la parousie. L'Espérance présuppose la Foi, mais la dépasse: elle est non seulement une foi en Dieu, mais encore une certitude de sa victoire sur le mal, de son pouvoir de transformer le monde et d'accorder à celui qui l'accepte la béatitude éternelle.

q  Je pense qu’une grande partie des crises de foi actuelles sont en fait des crises d’espérance.

D. Un mystère pascal qui s’actualise dans nos vies

Ø Le chrétien est appelé à la sainteté de vie, à être saint comme Dieu est saint. Une sainteté de vie qui s’exprime avant tout par la charité. Une sainteté de vie qui ne s’exprime pas dans un culte qui serait étranger aux activités quotidiennes, mais qui est un témoignage de vie dans l’ordinaire qui tisse l’existence de tous les jours : cf. 2, 11-3, 17 : parmi les païens, à l’égard des autorités, à l’égard des maîtres exigeants, dans le mariage, entre frères, dans la persécution.

Ø Il y a un terme qui revient plusieurs fois dans ces versets et qui peut nous gêner : celui de soumission.  On peut le remplacer par un autre qui nous est plus recevable, et comprenons-le comme une acceptation du réel qui ne peut être changé. C’est ce que Freud appelait le principe de réalité : accepter sereinement ce qui ne peut être changé. Mais plus encore, le chrétien est appelé à se faire serviteur, à l’image du Christ qui s’est fait serviteur de tous.

Ø 2, 12  invite le chrétien à avoir une belle conduite : « Ayez au milieu des nations une belle conduite afin que, sur le point même où ils vous calomnient comme malfaiteurs, la vue de votre bonne œuvre les amène à glorifier Dieu. »

Notre travail de cocréateur consiste à faire advenir de la beauté en ce monde :  « Chaque fois que nous travaillons et oeuvrons dans et pour la beauté, nous retrouvons la musique et l’harmonie profonde des choses. » (C. Tavin, Tychique N° 8)

Ø Les chrétiens sont appelés à offrir toute leur vie en sacrifice spirituel, à l’image du Christ : 2, 5 : « Vous-mêmes, comme pierres vivantes, prêtez-vous à l’édification d’un édifice spirituel, pour un sacerdoce saint, en vue d’offrir des sacrifices spirituels agréables à Dieu par Jésus-Christ. » Cette parole fait écho à celle de Rm 12, 1 : « Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte et agréable à Dieu ; c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre. »

Ø  « Il s’agit donc d’un culte de l’existence quotidienne, transformée en sacrifice par l’intervention du Christ, Serviteur souffrant, maintenant exalté à la droite de Dieu. » (Cahier d’Évangile N° 47, p. 25)

E. Vigilance et joie dans l’épreuve

Ø Un passage très important exprime ce thème, qu’on a appelé aussi la béatitude de la persécution : 4, 12-14 : « Très chers, ne jugez pas étrange l’incendie qui sévit au milieu de vous pour vous éprouver, comme s’il vous survenait quelque chose d’étrange. Mais, dans la mesure où vous participez aux souffrances du Christ, réjouissez-vous, afin que lors de la révélation de sa gloire, vous soyez aussi dans la joie et l’allégresse. Heureux si vous êtes outragés pour le nom du Christ, car l’Esprit de gloire, l’Esprit de Dieu repose sur vous. »  Autrement dit, ne vous étonnez-pas de l’épreuve, c’est le lot normal du chrétien ; le contraire serait plutôt anormal.

Un texte parallèle qui va dans le même sens : 2 Tm 3, 12 : « Oui, tous ceux qui veulent vivre dans le Christ avec piété seront persécutés. »

Cette béatitude des persécutés se retrouve à plusieurs fois dans l’Épître : 2, 20-21 ; 3, 14-15.

L’Épître invite le chrétien à subir l’épreuve non pas seulement avec patience et courage, mais aussi avec joie. C’est ce que l’on a appelé la joie parfaite, que nul ne peut nous ravir :  Suite du passage de Jn sur les douleurs de l’enfantement : Jn 16, 21-22 : « La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. Vous aussi, maintenant, vous voilà tristes ; mais je vous reverrai et votre cœur sera dans la joie, et votre joie, nul ne vous l’enlèvera. »  C’est la joie de celui qui sait que, grâce à la victoire du Christ sur le mal et sur la mort, tout peut concourir au bien du chrétien.

Ø « La résurrection du Christ n’ouvre pas seulement une espérance pour l’avenir, elle déclenche déjà dans le monde un dynamisme de rénovation. L’épreuve ne sera donc pas acceptée avec une résignation passive, mais comme le chemin sur lequel il faut avancer pour rejoindre le Christ. » (Cahier d’Évangile N° 47, p. 47)

F. Le temple de Dieu, le Christ Pierre de fondation

Ø 2, 4-10 constitue un des sommets doctrinaux de la lettre.

Ø Le texte parle de construction, mais d’une construction spirituelle, dont le Christ est la Pierre d’angle. Cette construction, c’est l’Église, le Peuple de Dieu. Les croyants ont à s’insérer dans cette construction, pour devenir un édifice spirituel.

Ø L’image de la Pierre d’angle est une image pascale : Cf. la citation du Ps 117, un psaume pascal par excellence : Ps 17,  22 : « La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. »  Mais aussi la parole du Christ avant sa passion : Jn 2, 19 : « Détruisez ce temple, et en trois jours je le relèverai. (…) Mais lui parlait du sanctuaire de son corps. Aussi, quand il ressuscita d’entre les morts, ses disciples se rappelèrent qu’il avait dit cela. »

Ø St Paul rappelle à plusieurs reprises que nous sommes le Temple de Dieu. 1 Co 3, 16 : « Ne savez-vous pas que vous êtes un  temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, celui-là, Dieu le détruira. Car le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c’est vous. » (// 2 Co 6, 16 ; Ep 2, 21 ; Hé 3, 6) Il faut se rappeler que dans la piété juive, le temple avait une immense importance. Ce qui donne d’autant plus de force à ces affirmations.

Maret Michel, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges


4. Pistes d’appropriation

1.       Je peux méditer sur la nouvelle naissance :

         - dans les rites d’initiation

- en lien avec les douleurs de l’enfantement, image pascale : y a-t-il dans ma vie des crises, des passage douloureux, des souffrances auxquelles je peine à donner sens ? En quoi cette image pascale pourrait éclairer ceux-ci ?

- en lien avec l’image agricole de la semence jetée en terre qui doit mourir pour porter du fruit

- en lien avec la résurrection du Christ, Premier-né d’entre les morts, prémices de ceux qui se sont endormis.

- en lien avec la charité : 1 Jn 4, 7 : « Quiconque aime est né de Dieu. » Qu’est-ce que cela signifie concrètement pour ma vie ? Quel pas est-ce que je me sens appelé à poser ?

2.       Que signifie pour moi l’incorporation au mystère pascal, mort et résurrection du Christ,  serviteur souffrant et Seigneur glorifié ?

         Quel Exode, quel chemin de libération est-ce que me sens appelé à vivre ?

3.       Comment je vis la dimension de l’espérance dans ma vie ?

         - Je peux le faire à partir de la définition de l’espérance de Pinto de Olivera, en restant sur chacun des termes :  l'espérance se caractérise comme «le courage ferme et lucide de s'accepter et de se vouloir créé créateur, dans le temps et en com­mu­nion avec les autres, malgré l'incertitude, l'angoisse, l'incompréhension et la mort»

         - Je peux méditer sur l’espérance chrétienne, certitude de la victoire du Christ sur la mort, le mal, et tous les déterminismes de l’existence. En quoi elle peux éclairer certains événements difficiles de ma vie ?

4.       Comment j’actualise le mystère pascal dans ma vie ?

         - Je peux le faire à partir de la parole de Rm 12, 1 : « Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte et agréable à Dieu ; c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre. »

5.       Je peux méditer sur 4, 12-14, la « béatitude de la persécution »

         - Je peux éventuellement le faire à partir de la citation du Cahier Évangile 47 : « La résurrection du Christ n’ouvre pas seulement une espérance pour l’avenir, elle déclenche déjà dans le monde un dynamisme de rénovation. L’épreuve ne sera donc pas acceptée avec une résignation passive, mais comme le chemin sur lequel il faut avancer pour rejoindre le Christ. » (p. 47)

         - Je peux aussi l’éclairer par l’image des douleurs de l’enfantement Jn 16, 21-22

6.       Que signifie pour moi l’image de la construction, de l’édifice spirituel, du Temple de Dieu ? 

         Je peux rester par exemple sur la citation de 1 Co 3, 16  en essayant de voir ce qu’elle signifie dans le regard que j’ai sur moi : « Ne savez-vous pas que vous êtes un  temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous. Si quelqu’un détruit le temple de Dieu, celui-là, Dieu le détruira. Car le temple de Dieu est sacré, et ce temple, c’est vous. »