Is 41, 8-20 : Le rédempteur d’Israël

8.      Et toi, Israël mon serviteur, Jacob que J’ai choisi,

         descendance d’Abraham, mon ami,

9.           toi que J’ai tenu aux extrémités de la terre,

         que J’ai appelé des contrées lointaines,

         Je t’ai dit : « Tu es mon serviteur, Je t’ai choisi, Je ne t’ai pas rejeté. 

10.    Ne crains pas, car Je suis avec toi,

         pas de regards inquiets, car Je suis ton Dieu ;

         Je te fortifie et viens à ton secours, Je te soutiens de ma droite victorieuse.

11.    Voici qu’ils seront honteux et humiliés, tous ceux qui s’enflammaient contre toi.

         Ils seront réduits à rien et périront, ceux qui te cherchaient querelle.

12.    Tu les chercheras et tu ne les trouveras pas, ceux qui te combattaient ;

         ils seront réduits à rien, anéantis, ceux qui te faisaient la guerre.

13.    Car Moi, le Seigneur ton Dieu, Je te tiens la main droite,

         Je te dis : « Ne crains pas, c’est Moi qui te viens en aide.

14.    Ne crains pas, vermisseau de Jacob, larve d’Israël.

         C’est Moi qui te viens en aide, oracle du Seigneur,

         ton rédempteur, c’est le Saint d’Israël.

15.    Voici que J’ai fait de toi un traîneau à battre, tout neuf, à doubles dents.

         Tu écraseras les montagnes, tu les pulvériseras,

         les collines, tu en feras de la paille.

16.    Tu les vanneras, le vent les emportera, et l’ouragan les dispersera.

         Pour toi, tu exulteras à cause du Seigneur,

         tu te glorifieras dans le Saint d’Israël.

 

17.    Les miséreux et les pauvres cherchent de l’eau, et rien !

         Leur langue est desséchée par la soif.

         Moi, le Seigneur, Je les exaucerai,

         Moi, le Dieu d’Israël, Je ne les abandonnerai pas.

18.    Sur les monts chauves, Je ferai jaillir des fleuves,

         et des sources au milieu des vallées.

         Je ferai du désert un marécage, et de la terre aride des eaux jaillissantes.

19.    Je mettrai dans le désert le cèdre, l’acacia, le myrte et l’olivier ;

         Je placerai dans la steppe, tous ensemble, le cyprès, le platane et le buis,

         afin que l’on voie et que l’on sache, que l’on fasse attention et que l’on comprenne

         que la Main du Seigneur a fait cela, que le Saint d’Israël l’a créé. 

1. COntexte

On est toujours dans le Livre de la consolation d’Isaïe. Le peuple est encore captif à Babylone. Au Ch. 41, voici que se lève Cyrus, le roi des Perses, qui va de victoire en victoire. Il sera l’instrument du Seigneur pour la libération d’Israël.

2. un regard d’ensemble sur le texte

·        Remarquer la quantité de verbes qui ont pour sujet Dieu (Je ou Moi), et qui expriment une action du Seigneur, c’est impressionnant :

8. J’ai choisi,

9. J’ai tenu, J’ai appelé, Je t’ai dit, Je t’ai choisi, Je ne t’ai pas rejeté,

10. Je suis avec toi, Je suis ton Dieu, Je te fortifie et Je viens à ton secours, Je te soutiens, 13. Moi, le Seigneur ton Dieu, Je te tiens la main droite, Je te dis, c’est Moi qui te viens en aide,

14. c’est Moi qui te viens en aide

15. J’ai fait de toi

17. Moi, le Seigneur, Je les exaucerai, Je ne les abandonnerai pas

18. Je ferai jaillir des fleuves…  je ferai du désert un marécage

19. Je mettrai dans le désert des cèdres… Je placerai dans la steppe…

·        En parallèle, tout aussi important, le bénéficiaire de toutes ces actions :

Israël, Toi, tu   Et ce Toi, c’est Moi, c’est à moi personnellement que cette parole du Seigneur s’adresse. 

·        A partir du v. 17, une rupture : ne s’adresse plus à Tu (Israël), mais aux miséreux et aux pauvres. La Bible d’Osty en fait d’ailleurs une autre section.

·        C’est un oracle prophétique qui annonce une intervention libératrice de Dieu, un Nouvel Exode. On retrouve donc en arrière fond le thème du Nouvel Exode.

3. Thèmes principaux

8. Israël mon Serviteur :

·        Voici qu’apparaît pour la première fois le thème du serviteur, qui reviendra plusieurs fois dans le Livre de la consolation d’Isaïe. Au ch. 42 se trouve le 1er chant du Serviteur. Ce thème est lié à celui de l’élection, du peuple choisi par Dieu pour être témoin devant les autres nations.

·        La notion d’élection, de choix préférentiel, est ici soulignée par plusieurs verbes :

Jacob que j'ai choisi, je t’ai tenu (pris), j’ai appelé, je t’ai choisi

·        Israël-Jacob,  de la race d’Abraham, a été choisi entre tous les peuples pour être le témoin de Dieu. Le serviteur désigne ici non pas une personne mais le peuple d’Israël dans son ensemble, chacun des membres de ce peuple. « Plus qu’une relation de maître à esclave, cette notion de "serviteur" implique une relation de confiance et d’amour » (Bible de Jérusalem, p. 1132 note i). Depuis que le peuple a été libéré de la servitude en Égypte, il est entré dans la dépendance du Seigneur, mais aussi dans son intimité, dans une relation d’amitié ; et ici, les deux termes, serviteur et ami, sont réunis dans la même phrase.

 

9. Toi que j’ai tenu (pris) aux extrémités de la terre : 

·        Importance du verbe tenir :

v. 9 :   je te soutiens de ma droite victorieuse

v. 13 : je te tiens la main droite

C’est comme si c’était la main droite de Dieu qui tenait la main droite de sa créature. Cela signifie pour nous qu’il faut avancer main dans la main avec Dieu, ne pas lâcher cette main.

·        Il y a aussi dans ce verset l’idée d’aller chercher très loin, au bout de la terre, comme un père qui part à la recherche de son fils perdu au bout du monde, comme le berger qui part très loin à la recherche de sa brebis perdue.

·        // Ps 138, 5-12

 

10. Ne crains pas : fais confiance en moi

·        Répété trois fois dans notre texte ; cela exprime une grande insistance.

·        On dit qu’il y a dans la bible 365 fois cette interpellation, une pour chaque jour !

·        Mais le verbe craindre est un terme ambigu : il faudrait distinguer la crainte de la peur :

Devant la transcendance de Dieu, devant des manifestations grandioses de sa puissance, l’être humain est saisi par le sentiment d’une présence qui le dépasse incommensurablement, et peut éprouver un impression de fragilité, de petitesse.  Ce sentiment peut être ambigu. Il peut mêler la peur à une juste crainte.

-         Selon la Parole de Dieu, la sagesse commence avec la crainte du Seigneur ; la crainte du Seigneur est la somme de toute la sagesse, est une source de vie (Ps 110, 10 ;  Pr 1, 7 ; 9, 10 ; Sir 1, 11-40.16). Ce que l’on peut appeler la crainte révérencielle est une attitude religieuse fondamentale en face de Dieu : c’est une attitude qui allie à la fois la reconnaissance de la transcendance de Dieu, le respect, l’adoration, mais aussi la confiance et l’amour. Donc, crainte et amour se recoupent, bien qu’ils ne s’équivalent pas.

// Is 11, 2 : le Messie, rameau sortant de la souche de Jessé : sur lui reposera l’Esprit de crainte du Seigneur.

-         Autre chose est la peur, soit face à la présence de Dieu, soit face à des cataclysmes. Dieu. La peur est un sentiment moins pur qui met une distance entre Dieu et l’homme. Il est certes légitime d’éprouver un sentiment de peur face à des catastrophes naturelles, mais cela ne doit pas entamer la confiance en Dieu.

·        Il est vrai que dans ce texte, ce n’est pas de la crainte de Dieu dont il est parlé, mais de la crainte de l’ennemi, crainte des événements. Mais c’est quand même la confiance en Dieu qui est en cause. Il faut donc entendre cette parole d’Isaïe dans ce sens : N’aie pas peur, ne perd pas confiance en moi, ne perd pas l’espoir.

 

Je suis avec toi :

·        Rappelons-nous le nom de l’enfant que Dieu promettait comme signe au Roi Achaz (Is 7, 14) : Emmanuel, qui signifie en Hébreu Dieu avec nous.

Ce titre est original et ne se retrouve dans aucune autre religion : dans les 99 noms que les musulmans donnent à Dieu, aucun ne va dans ce sens ; bien au contraire, ces noms soulignent la transcendance de Dieu, la distance entre Dieu et l’homme.

N’oublions pas que dans le judéo-christianisme, l’homme a été créé à l’image de Dieu, il est en quelque sorte une miniaturisation de Dieu.

·        Au plan humain, il y a 3 manières d’être avec quelqu’un :

-         une manière distante : cf. certaines correspondances officielles lors des décès : « En cette épreuve que vous traversez, croyez bien cher Monsieur que nous sommes avec vous… »

-         une manière plus proche, une proximité de cœur, mais qui par la force des choses reste éloignée : par exemple l’éloignement géographique de deux amis.

-         l’intimité de deux époux de longue date : il y a là une proximité certaine, la plus grande que l’on puisse vivre sur cette terre. Si cette manière d’être avec quelqu’un peut nous éclairer sur la manière avec laquelle Dieu est avec nous, elle peut aussi nous piéger. Dieu est avec nous d’une manière infiniment plus proche que tout ce que l’on peut expérimenter ou imaginer. A cause de la différence existentielle entre les humains, on ne peut aller au-delà de la proximité la plus forte. Je ne serai jamais dans la peau de l’autre, je penserai jamais comme l’autre ; il restera toujours en l’autre une part de mystère qui m’échappe.

·        Dieu est avec nous de trois manières [1]:

-         Par sa connaissance universelle et par sa Providence : Il connaît tous les événements de notre vie, tous les secrets de notre cœur, toutes nos pensées, notre avenir. Il prévoit (provideo) les événements, et les utilise (ne les provoque pas forcément !) pour notre bien et notre bonheur. C’est une manière d’être avec nous qui reste néanmoins extérieure, du moins de notre point de vue.

-         Par des intermédiaires : anges, patriarches, prêtres, prophètes. C’est déjà une présence plus proche : on l’entend parler par la bouche des prophètes, il nous manifeste ses desseins, son amour. Mais il y a là encore une distance dans cette manière d’être avec nous : elle se fait par intermédiaires.

-         En venant lui-même au milieu de nous, en se faisant l’un de nous, en prenant notre chair : et c’est Noël, c’est l’incarnation du Verbe de Dieu. Si les prophètes ont à plusieurs reprises des relations entre Dieu et son peuple comme des relations Epoux – épouse, les mystiques parlent de l’incarnation comme des épousailles effectives entre Dieu et notre humanité : Dieu épouse notre humanité.

Le christianisme est la seule religion où un Dieu se fait homme. En Jésus, Dieu est vraiment avec nous. Dieu est avec nous en ce sens qu’il a pris notre chair, sans cesser d’être Dieu. Il a été porté par une femme pendant 9 mois comme nous, il a été langé, allaité, il a mangé, bu au milieu de nous, il a aimé, souffert comme nous.

Cf. Livret de l’Emmanuel, Is ch. 6-12. Is 9, 5 : « Un enfant nous est né, un fils nous a été donné »

 

14. Ton Rédempteur / Dieu qui vient au secours

V. 10 : Je viens à ton secours.

v. 13 : C’est Moi qui te viens en aide. v. 14 : idem

v. 17 : Je les exaucerai, je ne les abandonnerai pas.

·        Le fait que Dieu sauve est répété 22 fois dans le 2ème Isaïe (cf. TOB 739)

Pour sauver, il rachète, réconforte, console, rassemble, délivre, affranchit. Il est le Berger qui conduit son troupeau, le Roi juste ; il a la sollicitude d’une mère pour ses enfants (49, 15), d’un époux pour son épouse (Is 54).

·        Ton Rédempteur (celui qui te rachète)

La notion de rédemption (que l’on traduit parfois par rachat), revient 17 fois dans le Livre de la consolation. C’est donc un thème extrêmement important, mais qui prête à beaucoup de confusions.

En hébreu, le go’el est un proche parent qui intervient dans des situations désespérées en faveur d’un membre de sa famille (et qui en a en quelque sorte le devoir). Vis-à-vis de celui qui est mort sans enfant, le go’el lui donne une postérité en épousant sa veuve (cf. Rt 3,12-4,14). Vis-à-vis d’un parent emprisonné pour dettes ou tombé dans l’esclavage, le go’el peut payer ses dettes ou le racheter.

Affirmer que le Seigneur est le Rédempteur (go’el) d’Israël,

« - c’est dire que le Seigneur se considère comme un proche parent d’Israël (…)

-         c’est affirmer qu’il se considère de ce fait comme tenu par un devoir sacré d’intervenir (en sa faveur) ;

-         c’est donc être sûr que la toute puissance du Seigneur va être mobilisée pour sauver le peuple écrasé, privé de sa liberté… » (CE 20, p. 47)

La traduction française racheter (et pire encore les théories de la satisfaction ou de la substitution) déforme complètement la notion juive du goël. Ce qui est central dans celle-ci, c’est le lien de parenté entre Dieu et son peuple, et il n’y a pas d’idée de transaction commerciale qu’introduit le verbe racheter. D’autant plus que quand il s’agit du Seigneur, il est clair qu’il ne doit rien à personne.

 

Le Saint d’Israël 

·        C’est une expression qui apparaît tout au long du livre d’Isaïe, alors qu’elle est pratiquement absente du reste de la Bible. Elle exprime à la fois l’absolue transcendance et la proximité de Dieu :

« - Il est le Saint, celui qui est au-dessus de tout, totalement " autre" que l’homme, celui qu’Isaïe a contemplé dans le Temple au jour de sa vocation (Is 6, 1-5) ;

- mais ce même Dieu a choisi de faire alliance avec un peuple, et de se lier pour toujours avec lui » (Cahier d’Evangile 20 p. 47). Il est ainsi devenu le Saint d’Israël.

·        Le Seigneur est donc à la fois le tout autre et le tout proche.

L’infiniment grand se fait tout proche de l’infiniment petit (vermisseau de Jacob, larve d’Israël)

Les v. 11-12 annoncent l’anéantissement de tous les ennemis

- Quels sont au juste ces ennemis dans ma vie ? Bien les identifier : Ils sont  parfois en moi.

- Nous entrons parfois dans des mécanismes de projection : nous nous créons nos propres ennemis en leur faisant porter le poids de nos ombres, de ce que nous n’aimons pas en nous.

 

Les v. 15-16 décrivent de façon imagée cet anéantissement

·        Is 43 demande d’aplanir la route pour le Seigneur, de combler les vallées et d’abaisser les montagnes. Ici, le Seigneur fait d’Israël un traîneau à battre, avec lequel il écrasera et pulvérisera les montages et les collines.

// Mt 17, 20 : « Je vous le dis, en vérité, si vous aviez la foi comme un grain de sénevé, vous diriez à cette montagne : Déplace-toi d’ici, et va te planter là, et elle se déplacerait ; et rien ne vous serait impossible. »

·        La fin du v. 16 exprime la jubilation et la joie résultant de cette libération

Le but de notre vie est la louange du Seigneur, le bonheur, l’allégresse. L’homme debout, vivant, libéré, c’est un homme dans la joie, dans la louange, qui exulte.

// 43, 21 Après la description des prodiges du Nouvel Exode, il est dit : « Alors, le peuple que je me suis formé publiera mes louanges. »

 

17. Les miséreux et les pauvres :

·        Les pauvres (les anawîm) tiennent une place très importante dans la Bible. Le Seigneur y est souvent présenté comme le défenseur des pauvres. Le Seigneur entend monter le cri des pauvres.

·        On peut parler à juste titre d’une option préférentielle de Dieu pour les pauvres dans la Bible, les miséreux, les opprimés, les affligés.

·        Aussi d’une option préférentielle de Jésus pour les pauvres, les pécheurs, les malades, les estropiés… Il a dit lui-même qu’il n’est pas venu pour les bien-portants, mais les malades, les pécheurs. En Lc 4, 18 Jésus commence son ministère en s’appropriant un passage connu d’Isaïe (Is 61): « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres… ».  En Mt 5, 3, dans son tout premier discours, il commence par « Heureux les pauvres. »

·        Les pauvres sont donc les privilégiés de Dieu. (Il en résulte qu’opprimer les pauvres, c’est provoquer l’intervention de Dieu.)

 

V. 17-20 : Nouvel Exode // Is 35

·        Ces versets annoncent un renouvellement de la création . De même que, lors du premier Exode, Moïse a fait jaillir l’eau du rocher, lors du Nouvel exode, Dieu fera jaillir des fleuves des montagnes, et les déserts  deviendront ainsi une terre fertile.

·        Celui qui est le Dieu créateur est aussi le Dieu recréateur, il peut rétablir l’harmonie originelle de la création. Celui qui a eu le pouvoir de créer a aussi le pouvoir de recréer (v. 19 « …afin que l’on voie et que l’on sache, que l’on fasse attention et que l’on comprenne que la main du Seigneur a fait cela, que le Saint d’Israël l’a créé ». Renouvellement au niveau de la nature, dans ce texte, mais aussi au niveau de l’être humain chez le prophète Ezéchiel (cf. Ez 36).

·        En lien avec l’annonce d’un Nouvel Exode, il y a souvent le thème d’un renouvellement de la création : Cf. Is 43, 18-20

// Is 35, 7 ; 51, 3 «Il va faire de son désert un Eden. » Exprime un retour à l’harmonie originelle.

·        Par rapport au renouvellement de la création, au rétablissement de l’harmonie originelle dans cette création, il est intéressant de relever quel est le sens des miracles dans le NT : On les considère souvent comme une transgression des lois de la nature. Or, au plan biblique, ce serait plutôt l’inverse qui est juste : les miracles de Jésus visent à restaurer la création abîmée, à restaurer l’être humain abîmé, à rétablir l’harmonie originelle : guérisons, handicaps, résurrection…

   Les textes de la Genèse traitant de la création de l'homme et de la femme ont en fait été écrits assez tardivement, à une époque où l'on se posait la question de l'origine du mal dans le monde. C'est à peu près à cette même époque qu'a commencé à se développer l'eschatologie (eschata: ce qui vient en dernier, au bout, à la fin). Si Dieu est le créateur du monde et de l'homme, lui seul peut et même doit restaurer, recréer ce monde abîmé par le péché; l'eschatologie est en fait la conséquence nécessaire du Dieu créateur. S'il n'y a qu'un Dieu unique et tout-puissant, un Dieu d'amour et de justice, il ne peut perdre définitivement la partie engagée, il ne peut accepter que sa création soit définitivement abîmée. L'eschatologie, c'est le dernier mot de Dieu face au mal et à la décréation; c'est une intervention de Dieu qui change l'état actuel des choses pour faire place à une situation radicalement nouvelle et définitive entre Dieu et sa création.

On peut repérer deux lignes dans cette attente eschatologique :

-  attente d'un salut, attente d'un sauveur, d'un messie, d'un roi

- attente d'un monde nouveau, de cieux nouveaux et d'une terre nouvelle, attente d'une recréation de l'homme et du monde.

 

Les miséreux et les pauvres cherchent de l’eau, leur langue est desséchée par la soif

·        Dans un pays où l’eau est rare, où les déserts occupent une place importante, où la pluie apparaît comme une bénédiction, le renouvellement de la création est souvent présenté par l’image de l’abondance de l’eau, du désert qui refleurit. (// Is 35, 7 ; 43, 19-20 ; 51, 3)

·        Les jours du retour, du Nouvel Exode sont présentés comme les jours où la soif n’existera plus : Is 49, 10 « Ils n’auront plus jamais faim ni soif » ; 55, 1 « Vous tous qui avez soif, venez vers l’eau, même si vous n’avez pas d’argent, venez ! »

·        Jésus, dans le dialogue avec la femme Samaritaine, se présente lui-même comme la Source d’eau vive, mais en un sens spirituel :

Jn 4, 10 « Si tu savais le don de Dieu, et qui est celui qui te dis : Donne-moi à boire, c’est toi qui l’aurais prié, et il t’aurait donné de l’eau vive ». 

4, 13-14 « Quiconque boit de cette eau aura soif à nouveau ; mais qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif. L’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle »

Dans un autre passage (Jn 7, 37-38), lors de la fête des tentes, Jésus disait : « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive celui qui croit en moi, selon ce qui est dit dans l’Écriture : De son sein couleront des fleuves d’eau vive. »

Jésus est la Source d’eau vive qui elle seule peut désaltérer la soif d’infini présente dans le cœur de l’être humain

 

Moi, le Dieu d’Israël, je ne les abandonnerai pas

// Is 49, 15-16 « Sion avait dit : Le Seigneur m’a abandonnée, le Seigneur m’a oubliée. Une femme peut-elle oublier l’enfant qu’elle nourrit, cesse-t-elle d’avoir pitié pour le fils de ses entrailles ? Même si les femmes oubliaient, moi je ne t’oublierai pas. Vois, je t’ai gravé sur la paume de mes main.s »

 

Afin que l’on voie et que l’on sache, que l’on fasse attention et que l’on comprenne que la main du Seigneur a fait cela, que le Saint d’Israël l’a créé.

Ce verset traduit une immense insistance….

Que l’on sache quoi ?  Que le Seigneur a créé cela (sous-entendu : qu’il en est le maître et qu’il a le pouvoir de le restaurer.)

 

4. Synthèse

·        Dieu rappelle qu’Israël est son serviteur, son ami, celui qu’il a choisi entre toutes les nations, son protégé qu’il tient par la main droite, et qu’il ne lâchera pas.

·        Dieu dit à Israël qu’il n’a pas à craindre, car il est avec lui, à ses côtés, qu’il le soutient, qu’il vient à son secours, qu’il ne l’abandonnera pas. Il est son Rédempteur, son Go’el, son proche parent qui a donc le devoir d’intervenir pour le délivrer.

·        Dieu se présente comme le Saint d’Israël, c’est-à-dire à la fois comme le Tout-Autre, celui qui est au-dessus de tout, et en même temps comme le tout proche.

·        Dieu annonce l’annonce l’anéantissement des ennemis, la fin de l’oppression, de la servitude, la fin de l’Exil.

·        Le Seigneur annonce un Nouvel Exode, une nouvelle délivrance, dans laquelle la création sera renouvelée, où le désert regorgera d’eau, où les pauvres n’auront plus soif.

·        Le texte établit un lien entre le thème du Dieu sauveur, rédempteur, et celui du Dieu créateur : celui qui a eu le pouvoir de créer l’univers a aussi le pouvoir de sauver et de recréer. Il y a à la fois la promesse d’un salut, d’un sauveur, et en même temps d’une recréation, d’un monde nouveau (du moins dans l’ensemble du livre de la consolation)

·        Jésus est le Rédempteur, qui est déjà venu, et qui veut venir encore chaque jour. Il est Dieu avec nous jusqu’à la fin des temps. Ce qu’il a accompli durant sa vie, il veut venir l’accomplir dans ma vie. Il vient pour me libérer, pour transformer mes déserts intérieurs en sources jaillissantes, pour désaltérer toutes mes soif, pour recréer tout ce qui est aride, desséché, mort.

·        Il est des rêves plus vrais que la réalité…

 

Isaïe 41, 8-20 : Pistes d’appropriation

·        Méditer sur la notion d’Élection, de choix privilégié : je suis celui que le Seigneur a choisi, son ami, celui qu’il est allé chercher très loin, celui qu’il n’abandonnera pas.

·        Accueillir cette parole insistante de Dieu, cet appel à la confiance : Ne crains pas ! Quelles sont mes craintes ? Ai-je vraiment pleinement confiance en Dieu ?

·        Accueillir ces paroles de réconfort de la part de Dieu : Je suis avec toi, Je te soutiens de ma droite victorieuse ; c’est Moi qui  te viens en aide ; ton Rédempteur, c’est le Saint d’Israël ; je t’exaucerai, je ne t’abandonnerai pas.

·        Anéantissement des ennemis : quels sont ces ennemis, ceux qui me font la guerre, m’oppriment, m’étouffent, m’empêchent de vivre ?

·        Méditer sur la notion d’option préférentielle de Dieu pour les pauvres. Quelles sont mes misères et mes pauvretés ? Est-ce que j’arrive à les considérer comme une chance ? 

·        Quels sont mes lieux desséchés, mes déserts, mes soifs ?

·        Accueillir la promesse du Seigneur : les déserts ruisselants d’eau et transformés en terres fertiles. Est-ce que je peux croire à une transformation créatrice de Dieu, que celui qui m’a créé peut aussi me recréer ?

                                                                                                                                    Maret Michel, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges

 



[1] Cf. Bruguès J.-L., DC 2000, N° 2234, p .879-880