Isaïe 30, 18-26 : Dieu prend son peuple en pitié

 

18.       C’est pourquoi le Seigneur attend l’heure de vous faire grâce,

           C’est pourquoi il se lèvera pour vous prendre en pitié,

           Car le Seigneur est un Dieu de justice,

           Bienheureux tous ceux qui espèrent en lui.

19.            Oui, peuple de Sion, qui habites Jérusalem, tu n’auras plus à pleurer,

Car il va te faire grâce à cause du cri que tu pousses,

A peine aura-t-il entendu qu’il te répondra.

 

20.            Quand le Seigneur vous aura donné le pain de la détresse,

           et l’eau de l’affliction,

Celui qui t’instruit ne se cachera plus,

Et tes yeux verront celui qui t’instruit.

21.            Tes oreilles entendront une parole prononcée derrière toi,

           quand tu devras aller à droite ou à gauche :

           « Telle est la voie, suivez-la ».

22.            Tu jugeras impur le placage de tes idoles d’argent

           et le revêtement de tes statues d’or ;

           Tu les rejetteras comme un objet immonde : « Hors d’ici ! » diras-tu.

 

23.            Et il te donnera la pluie pour la semence que tu sèmeras en terre,

Et le pain que produira le sol sera riche et nourrissant.

Ton bétail paîtra, ce jour-là, sur de vastes pâturages.

24.            Les bœufs et les ânes qui travaillent la terre

Mangeront un fourrage salé, étalé avec la fourche et le van.

25.            Sur toute haute montagne et toute colline élevée,

Il y aura des ruisseaux et des cours d’eaux abondants,

au jour du grand carnage, quand s’écrouleront les tours.

 

26.            Alors la lumière de la lune sera comme la lumière du soleil,

Et la lumière du soleil sera sept fois plus forte,

comme la lumière de sept jours,

Au jourle Seigneur pansera les plaies de son peuple,

Et soignera les blessures qu’il a reçues.

 

1. Contexte

C’est un passage décontextualisé : « C’est pourquoi… » ne correspond à rien du tout. Il est situé dans le 1er Isaïe, mais en fait il ressemble aux oracles du Livre de la consolation d’Isaïe (Ch. 40-55 : Le deuxième Isaïe, 200 ans postérieurs au 1er Isaïe) Il date donc probablement de la fin de l’Exil à Babylone .

·        L’exil a duré 49 ans. Entre les premiers signes d’espoir, en 550, et la libération effective, vers 538, 12 longues années vont s’écouler. Cet oracle se situe probablement durant ces 12 dernières années d’Exil.

·        Contexte des déportations: d’une cruauté inimaginable ; cf. les déportations dans les camps de concentration, durant la dernière guerre mondiale. L’exil lui-même était moins rude, mais demeurait néanmoins une situation d’esclavage, plus ou moins dure.

·        Le peuple attend des paroles de consolation, d’espérance. Dans ce contexte, le prophète annonce le Jour du Seigneur, un jour d’abondance, de lumière et de guérison.

2. Thèmes principaux

Première partie : Dieu prend son peuple en pitié

·        Le jour du Seigneur (l’heure) :

Un élément clef de l'attente dans l'AT est l'attente du Jour du Seigneur (attente du jour de sa venue)

- Dans un premier temps, le Jour du Seigneur est vu comme un jour grand et redoutable, un jour de lumière qui va exterminer tous les ennemis de Dieu, à l'image de l'Exode.

- Mais, avant l’Exil, face au peuple d'Israël plongé dans la corruption et dans le péché, et qui croyait être sauvé malgré tout par le seul fait d'être le peuple élu, les prophètes annoncent le Jour du Seigneur comme un jour grand et redoutable, un jour de colère et de ténèbres, un jour de châtiment pour les injustes et les oppresseurs, qu'ils fassent partie du Peuple de Dieu ou pas: "Malheur à ceux qui soupirent après le Jour du Seigneur. Que sera-t-il pour vous le jour du Seigneur ? Il sera ténèbres et non lumière. Il est obscur et sans clarté" (Am 5, 18-20).

- Pendant l'Exil à Babylone, le Jour du Seigneur devient un jour d'espérance, de lumière, un jour de consolation, un renouvellement de la création, et la justice de Dieu se retourne contre les oppresseurs d'Israël. C’est donc le contexte dans lequel se situe le passage que nous regardons.

 

·        Le Seigneur attend :

Avent, temps d’attente : attente de Dieu, ou attente de l’homme ?

C’est Dieu qui attend le premier. C’est une attente qui me précède. Pour l’homme, attendre, c’est découvrir cette attente de Dieu qui le précède, c’est accueillir Dieu qui l’attend les bras ouverts, c’est ouvrir son cœur et ses bras à cette présence de Dieu.

Dieu attend l’heure où l’homme écoutera et entendra sa voix (cf. v. 20-21)

 

Le Seigneur attend l’heure de vous faire grâce ; il se lèvera pour vous prendre en pitié ; car le Seigneur est un Dieu de justice

Faire grâce (2 fois ici): en hébreu, l’expression est pratiquement synonyme de prendre en pitié :  La grâce en Dieu est à la fois miséricorde penchée sur la misère, fidélité à ses engagements, amour, tendresse du cœur et attachement à ceux qu’il aime, justice inépuisable (cf. Vocabulaire de théologie Biblique, p. 513)

 

Il se lèvera pour vous prendre en pitié :

·        Le début de l’histoire du peuple d’Israël se situe en Ex 3, 7, lorsque Dieu apparaît à Moïse dans le buisson ardent, et où il annonce sa délivrance :

Ex 3, 7 : « Le Seigneur dit : J’ai vu, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte. J’ai entendu son cri devant ses oppresseurs ; oui je connais ses angoisses. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens… ». Le Seigneur a pitié du cri des opprimés, et leur détresse suscite son intervention. Dieu ne reste pas insensible à la misère de son peuple.

Ex 34,5 : « Yahvé, Yahvé, Dieu de tendresse et de pitié, lent à la colère, riche en grâce et en fidélité, qui garde sa justice à des milliers… »

Ps 102, 8 : « Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour »

Lc 10, 29ss : Parabole Bon Samaritain : « Mais un Samaritain qui était en voyage arriva près de lui, le vit et fut pris de pitié. Il s’approcha, banda ses plaies, y versant de l’huile et du vin, puis le chargea sur sa propre monture »

Mt 9,35ss : « Jésus parcourait toutes les villes et tous les villages, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissant toute maladie et toute infirmité. Voyant les foules, il eut pitié d’elles, parce qu’elles étaient fatiguées et abattues comme des brebis sans bergers . »

Mt 14, 32ss : Après de multiples guérisons, Jésus va multiplier les pains : « J’ai pitié de cette foule, car voilà déjà trois jours qu’ils restent près de moi, et ils n’ont pas de quoi manger. »

·        La pitié, la miséricorde, la compassion, est un des principaux attributs de Dieu. Le verbe compatir vient du latin cum (avec) - patior (souffrir) = souffrir avec. Pour Dieu, avoir pitié, compatir, c’est souffrir avec l’homme, prendre part à ses souffrances, s’en rendre solidaire : et en Jésus Christ, Dieu viendra réellement marcher à nos côtés, pour vivre ce que nous vivons, éprouver et souffrir ce que nous souffrons.

L’équivalent grec de compatir (splagchizesthai) signifie littéralement être pris aux entrailles.

L’équivalent hébreu de la pitié est la rahamîm. La rahamîm signifie les entrailles maternelles. La compassion est un sentiment qui s’origine dans les entrailles maternelles. Être saisi de pitié, de compassion, c’est être pris aux entrailles, comme une mère qui verrait son nourrisson torturé.

La rahamîm peut être traduite en français par la miséricorde. Ce terme est composé du latin miseria et de cor, et signifie littéralement avoir du cœur pour la misère.

 

Le Seigneur est un Dieu de justice :

·        On a souvent tendance à opposer la miséricorde et la justice de Dieu. Or, en Dieu, la justice est miséricordieuse, et sa miséricorde se manifeste dans la justice. La justice est elle-même l’expression de la pitié de Dieu. En Dieu, miséricorde, pitié et justice sont inséparables.

·        Ps 102, 8ss : « Le Seigneur est tendresse et pitié, lent à la colère et plein d’amour. Il n’agit pas envers nous selon nos fautes, il ne nous rend pas selon nos offenses…Aussi loin est l’orient de l’occident, il met loin de nous nos péchés… Il sait de quoi nous sommes pétris, il se souvient que nous sommes poussière »

·        Thérèse de Lisieux : « Quelle douce joie de savoir que le Seigneur est juste, c'est-à-dire qu’il connaît notre faiblesse, il tient compte de notre fragilité. »

 

Deuxième partie : Après l’épreuve, tu verras et tu entendras

Celui qui t’instruit : un peuple qui écoute, qui sait discerner

·        A peine aura-t-il entendu… Celui qui t’instruit ne se cachera plus… Est-ce vraiment Dieu qui se cache, n’entend pas, ne voit pas ? N’est-ce pas plutôt l’homme qui ne voit pas, n’entend pas le Seigneur qui vient à lui, qui l’appelle ?

 Is 59, 1 dans un psaume de pénitence: « Non, la main du Seigneur n’est pas trop courte pour sauver, ni son oreille trop dure pour entendre. Mais ce sont vos fautes qui ont creusé un abîme entre vous et votre Dieu. »

Is 59, 9-10 : « Nous attendions la lumière et voici les ténèbres, la clarté et nous marchons dans l’obscurité. Nous tâtonnons comme des aveugles cherchant un mur, comme privés d’yeux nous tâtonnons. Nous trébuchons en plein midi comme au crépuscule »

Ceci est confirmé par Tes yeux verront, tes oreilles entendront.

·        Tes yeux verront, tes oreilles entendront… La cécité et la surdité sont deux handicaps douloureux, qui sont un obstacle important à la communication, à la relation. La guérison de ces deux handicaps sont des signes clefs du Jour du Seigneur, de la venue du Royaume, de la venue du Messie (du Sauveur et libérateur de son Peuple) :

Is 29, 18 : « En ce jour-là, les sourds entendront les paroles du livre, et, délivrés de l’ombre des ténèbres, les aveugles verront »

Is 35, 5 : « Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et les oreilles des sourds s’ouvriront »

Mt 11, 5 : Un jour, Jean-Baptiste fait demander à Jésus : « Es-tu celui qui doit venir ou devons-nous en attendre un autre ? Jésus leur répondit : Allez rapporter à Jean ce que vous entendez et voyez : Les aveugles voient et les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés et les sourds entendent, les morts ressuscitent et la Bonne Nouvelle est annoncée aux pauvres »

·        Mais la guérison de cet aveuglement et de cette surdité est plutôt à recevoir au plan spirituel : Un autre passage en Is 42, 18-20 dit : « Sourds, entendez ! Aveugles, regardez et voyez ! Qui est aveugle si ce n’est mon serviteur ? Qui est sourd comme le messager que j’envoie ? Tu as vu bien des choses sans y faire attention. Tu as vu bien des choses, mais sans y faire attention. Ouvrant les oreilles tu n’entendais pas. »

·        Voir et entendre sont deux qualités fondamentales au plan spirituel, omniprésentes dans le Dt :

Dt 1, 29-31 : « Je vous dis : Ne tremblez pas, n’ayez pas peur d’eux. Le Seigneur Dieu qui marche à votre tête combattra pour vous, tout comme vous l’avez vu faire en Égypte. Tu l’as vu aussi au désert : Le Seigneur ton Dieu te soutenait comme un homme soutient son fils, tout au long de la route que vous avez suivie jusqu’ici »  Il y a donc un lien entre voir et se souvenir, faire mémoire.

Dt 29, 1ss : « Moïse convoqua tout Israël et leur dit : Vous avez vu tout ce que le Seigneur a fait sous vos yeux au pays d’Égypte, tant à Pharaon et à ses serviteurs qu’à tout son pays : ces grandes épreuves que tu as vues toi-même, ces signes et ces prodiges grandioses. Mais jusqu’à aujourd’hui, le Seigneur ne vous avait pas donné un cœur pur connaître, des yeux pour voir, des oreilles pour entendre

·        L’écoute revient constamment dans le Dt, comme un leitmotiv :

Dt 4, 1 : « Et maintenant, Israël, écoute les lois et les coutumes que je vous enseigne aujourd’hui, pour que vous les mettiez en pratique, afin que vous viviez. »

Dt 5, 1 : « Écoute, Israël, les lois et les coutumes que je prononce aujourd’hui à vos oreilles. Apprenez-les et gardez-les pour les mettre en pratique»

Dt 9, 1 : « Écoute Israël. »

Dt 6, 4-8 : Shema Israël, prière qui était la plus chère à la foi d’Israël, priée chaque jour par les Israélites : « Ecoute, Israël : Le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur. Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton esprit et de toute ta force. Que ces paroles que je te dicte aujourd’hui restent dans ton cœur ! Tu les répéteras à tes fils, tu les rediras aussi bien assis dans ta maison que marchant sur la route, aussi bien couché que debout. Tu les attacheras à ta main comme un signe, sur le front comme un bandeau. Tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes »

·        L’avent est un temps d’écoute, écoute de la Parole de Dieu, écoute de ce que Dieu veut me dire aujourd’hui, écoute de la venue du Seigneur qui ne vient pas dans l’ouragan mais dans la brise légère, écoute de son pas qui s’approche de moi.

·        L’avent est aussi un temps pour ouvrir les yeux (de son cœur), temps de relecture, pour se rappeler les merveilles que le Seigneur a faites, ce que nous avons déjà vu, et qui me permettent d’espérer, de croire que Dieu peut renouveler ces merveilles, et même en faire de plus grandes.

·        Il faut se rappeler que selon l’AT, il est impossible de voir Dieu sans mourir. Or le texte dit que « Tes yeux verront celui qui t’instruit ». Est-ce une contradiction ? Il est impossible de voir Dieu sans mourir et renaître, sans naître à un autre état de vie, sans une recréation :

Jn 3, 3.5 : Entretien de Jésus avec Nicodème : « En vérité, en vérité je te le dis, à moins de naître d’en haut (à nouveau = renaître), nul ne peut voir le Royaume de Dieu. »

 

Tu entendras, quand tu devras aller à droite ou à gauche : Telle est la voie, suivez-la ! Tu jugeras impur le placage de tes idoles d’argent…

·        Ce passage exprime la capacité de discerner le bien et le mal, discernerce qui fait vivre ou ce qui empêche de vivre, ce qui construit ou ce qui détruit, ce qui apporte le bonheur durable ou le malheur.  Voici encore un texte éclairant :

Dt 30, 15-20 : « Vois, je te propose aujourd’hui vie et bonheur, mort et malheur. Si tu écoutes les commandements du Seigneur ton Dieu que je te prescris aujourd’hui, que tu aimes le Seigneur ton Dieu… que tu marches dans ses voies… tu vivras et te multiplieras…Mais si tu te détournes, si tu n’écoutes pas et te laisses entraîner à te prosterner devant d’autres Dieux et à les servir, je vous déclare que vous périrez certainement… Je te propose la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que toi et ta postérité vous viviez, aimant le Seigneur ton Dieu, écoutant sa voix, t’attachant à lui. Car là est la vie… »

·        Cette capacité de discerner vient donc de l’écoute.

 

Tu jugeras impur le placage de tes idoles d’argent… tu les rejetteras

·        Ces paroles expriment le refus de l’idolâtrie :

Dt 5,7 : « Tu n’auras pas d’autres dieux devant moi. » Ceci découle de Dt 6, 4 : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de tout ton esprit et de toute ta force. »

·        Jésus rappellera qu’on on ne peut servir à la fois deux maîtres :

Mt 6, 21.24 : « Car là où est ton trésor, là sera aussi sera ton cœur… Vous ne pouvez servir à la fois Dieu et Mammon. » « Celui qui ne renonce pas à tout ne pas à tous ses bien ne peut être mon disciple ».

·        Nous avons souvent tendance à vouloir ménager la chèvre et le chou : A vouloir vivre de l’Évangile, mais en faisant plein de compromissions… A vouloir aimer Dieu autant que possible, mais en aimant en fait certaines réalités plus que Dieu. « Laisse-moi seulement… Ne m’enlève surtout pas… Ne me demande pas… Tout mais pas cela… »

·        Tout en étant de bons chrétiens, nous ne sommes pas pour autant libérés du risque de l’idolâtrie : notre société, notre culture, la publicité nous assomment de biens de consommation, cherchent à nous rendre dépendants, esclaves de la consommation… nous assomment de contre-valeur qui vont à contre-sens des valeurs évangéliques : réussite, pouvoir, richesse, efficacité, esprit de performance…

Nous avons tendance à accorder à certains biens, à certaines valeurs, à certains comportements, un tel prix qu’elles en viennent à prendre plus d’importance que Dieu ou que l’Évangile, et à devenir en quelque sorte des idoles.

·        Il est dit dans un psaume que les idoles, les dieux des païens ont des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas, et que ceux qui les font risquent de devenir comme elles :

Ps 113b, 4-8: « Leurs idoles, or et argent, ouvrage de mains humaines. Ils deviendront comme elles tous ceux qui les font, ceux qui mettent leur espoir en elles ». Ecouter les idoles, c’est se laisser façonner par elles, et c’est se rendre sourd à la voix de Dieu…

Quand le Seigneur vous aura donné le pain de la détresse et l’eau de l’affliction : Ce passage fait référence au pain et à l’eau que l’on donne aux détenus.

·        Tout ce qui précède (tes yeux verront, tes oreilles entendront, tu discerneras) découle de l’expérience douloureuse de l’oppression, de l’angoisse et de l’affliction. Il s’agit en fait d’une expérience constructive, salutaire, en quelque sorte nécessaire (ex. de la terre cuite qui doit passer par le feu pour devenir solide.)

·        La sagesse, la clairvoyance découlent de l’expérience, et de l’expérience souvent douloureuse.  (c’est ce qu’exprime la formule avoir de l’expérience). Ou autre expression pour dire cela :  une mise à l’épreuve (un homme qui a fait ses preuves = un homme éprouvé).

·        Dt 8, 2ss : « Souviens-toi de tout le chemin que le Seigneur t’a fait faire pendant quarante ans dans le désert, afin de t’humilier, de t’éprouver et de connaître le fond de ton cœur… Il t’a humilié, il t’a fait sentir la faim, il t’a donné la mannepour te montrer que l’homme ne vit pas seulement de pain, mais de tout ce qui sort de la bouche de Dieu »

La détresse, l’humiliation, l’épreuve font découvrir à l’homme qu’il ne vit pas seulement de pain, ramènent l’être humain à l’essentiel, aux valeurs les plus profondes.

·        Dt 8, 15 : « Le Seigneur t’a fait passer à travers ce désert grand et redoutable, pays des serpents brûlants, des scorpions et de la soif… il t’a donné à manger la manne, inconnue de tes pères, afin de t’humilier et de t’éprouver pour que ton avenir soit heureux. »

 

Troisième partie : le pain, la pluie en abondance

A la place du pain de l’affliction et de l’eau de la détresse (servitude, malédiction), il va y avoir abondance d’eau vive et de pain nourrissant.

·        V. 23. 25 :  abondance de l’eau : Pour bien comprendre cette partie, il faut savoir que dans ces pays du Proche-Orient, la pluie est rare, et est considérée comme une bénédiction. La pluie, l’eau en abondance est une bénédiction de Dieu.

·        La pluie en abondance est une  des meilleures bénédictions que Dieu puisse donner à son peuple. L’abondance de l’eau est un signe du Jour du Seigneur, du jour de sa venue. Ce Jour est souvent exprimé par les images du désert qui ruisselle d’eau, qui refleurit, images d’un renouvellement de la création, d’une recréation.

Celui qui est le Dieu créateur est aussi le Dieu recréateur, il peut rétablir l’harmonie originelle de la création. Celui qui a eu le pouvoir de créer a aussi le pouvoir de recréer.

Is 35, 7 : « La terre brûlée deviendra un marécage, et le pays de la soif des eaux jaillissantes »

Is 41, 17-19 : « Sur les monts chauves je ferai jaillir des fleuves, et des sources au milieu des vallées. Je ferai du désert un marécage, et de la terre aride des eaux jaillissantes. »

Is 43, 20 : « J’ai mis dans le désert l’eau et des fleuves dans la steppe, pour abreuver mon peuple »

Is 44, 3 : « Je vais répandre de l’eau sur le sol assoiffé et des ruisseaux sur la terre desséchée »

Is 51, 3 «Oui le Seigneur a pitié de Sion… Il va faire de son désert un Eden, et de sa steppe un jardin du Seigneur » Ces paroles expriment un retour à l’harmonie originelle, dans le jardin en Eden.

·        Le Jour de la venue du Seigneur est souvent présentée comme un jour où la soif n’existera plus : Is 49, 10 « Ils n’auront plus jamais faim ni soif » ; 55, 1 « Vous tous qui avez soif, venez vers l’eau, même si vous n’avez pas d’argent, venez ! »

·        Jésus, dans le dialogue avec la femme Samaritaine, se présente lui-même comme la Source d’eau vive, mais en un sens spirituel :

Jn 4, 10 « Si tu savais le don de Dieu, et qui est celui qui te dis : Donne-moi à boire, c’est toi qui l’aurais prié, et il t’aurait donné de l’eau vive ». 

4, 13-14 « Quiconque boit de cette eau aura soif à nouveau ; mais qui boira de l’eau que je lui donnerai n’aura plus jamais soif. L’eau que je lui donnerai deviendra en lui source d’eau jaillissant en vie éternelle »

Dans un autre passage (Jn 7, 37-38), lors de la fête des tentes, Jésus disait :  « Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive celui qui croit en moi, selon ce qui est dit dans l’Écriture : De son sein couleront des fleuves d’eau vive. »

 

Le pain que produit le sol sera riche et abondant :

·        Le pain était pour ces peuples une nourriture de base : cf. Notre Père : « Donne-nous notre pain quotidien. »

Jn 6 : Le miracle de la multiplication des pains est un accomplissement de cet oracle prophétique. Jésus est à la fois celui qui vient rassasier son peuple, et qui vient le désaltérer. Il est à la fois la Source d’Eau vive et le Pain de vie

Jn 6 : Jésus, dans le discours sur le Pain de vie, après la multiplication des pains, donne le sens à celle-ci : « Le pain de Dieu c’est celui qui descend du ciel et donne la vie au monde… Je suis le pain de vie. Celui qui vient à moi n’aura jamais faim ; celui qui croit en moi n’aura jamais soif… Je suis le pain vivant descendu du ciel. Qui mangera ce pain vivra à jamais. »

 

Quatrième partie : un jour de lumière et de guérison

v. 26. Le jour du Seigneur, le jour de sa venue est souvent présenté comme un jour de lumière, d’illumination :

Is 9, 1, livret de l’Emmanuel : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière, sur les habitants du sombre pays, une lumière a resplendi. »

Is 60, 1 : « Debout resplendis, car voici ta lumière, et sur toi se lève la gloire du Seigneur. Tandis que les ténèbres s’étendent sur la terre et l’obscurité sur les peuples, sur toi se lève le Seigneur, et sa gloire sur toi paraît. Les nations marcheront à ta lumière

·        Le Seigneur lui-même sera cette lumière, sera ce soleil : // Is 61, 19-20 : « Tu n’auras plus le soleil comme lumière le jour, la clarté de la lune ne t’illumineras plus : le Seigneur sera pour toi une lumière éternelle, et ton Dieu sera ta splendeur. Ton soleil ne se couchera plus, et ta lune ne disparaîtra plus, car le Seigneur sera pour toi une lumière éternelle. »

·        Jésus est décrit dans le NT comme cette lumière annoncée par les prophètes, et qui vient dans le monde :

Jn 1 Prologue:  « En lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes ; et la lumière luit dans les ténèbres…Le Verbe était la lumière véritable qui en venant dans le monde illumine tout homme. »

Jn, 8, 12 : « Je suis la lumière du monde ; celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres. »

 

Au jour où le Seigneur pansera les plaies de son peuple…

·        Ce Jour du Seigneur est annoncé à la fois comme un jour de lumière et de guérison.

Le Seigneur est à la fois le Soleil qui illumine et qui guérit : Mal 3, 20 "Pour vous qui craignez le Seigneur, le Soleil de justice brillera, avec la guérison dans ses rayons".

·        Quelles blessures ? A la fois la blessure du péché, et de l’épreuve ainsi que de la détresse :

Is 1, 5-6 : « Toute la tête est mal en point, tout le cœur est malade, de la plante des pieds à la tête, il ne reste rien de sain. Ce n’est que blessures, contusions, plaies ouvertes, qui ne sont pas pansées ni bandées, ni soignées avec de l’huile. »

·        Le premier élément créé par Dieu lors de la création, dans la Genèse, est la lumière, paradoxalement avant la création du soleil. Il faut par conséquent comprendre cette lumière dans un sens plus profond, spirituel. Cette lumière est justice, paix, amour, et elle est par conséquent guérison, création. Après le péché d’Adam et Eve, le monde a été plongé dans les ténèbres. La venue du Seigneur, de sa lumière est comme une recréation. Le rétablissement de l’amour, de la justice et de la paix est une guérison, une recréation.

1 Jn 4, 16 : « Dieu est amour. Celui qui demeure dans l’amour demeure en Dieu et Dieu demeure en lui » . Mais Dieu est également lumière, et cette lumière est précisément l’amour : celui qui demeure dans l’amour demeure dans la lumière.

1 Jn 2, 10-11 :   « Celui qui aime son frère demeure dans la lumière.»

·        Jésus est celui qui est venu guérir les blessures de son peuple. Il est même le serviteur souffrant d’Isaïe 53 venu prendre sur lui toutes nos souffrances, nos maladies, nos infirmités :

Mt 8, 16-17 : « Le soir venu, on lui présenta beaucoup de démoniaques . Il chassa les esprits d’un mot, et il guérit tous les malades, afin que s’accomplit l’oracle d’Isaïe le prophète : Il a pris nos infirmités et s’est chargé de nos maladies ».

Mt 9,35ss : « Jésus parcourait toutes les villes et tous les villages, enseignant dans leurs synagogues, proclamant la Bonne Nouvelle du Royaume et guérissant toute maladie et toute infirmité. »

Il est le Bon Samaritain qui est saisi de pitié à la vue de nos blessures, qui soigne nos plaies, nous prend sur sa monture (Lc 10, 29ss : Parabole Bon Samaritain :

 

Isaïe 30, 18-26 : pistes d’appropriation

·        Comment je perçois la justice de Dieu ? Me fait-elle peur ? Est-ce que la justice de Dieu m’apparaît bien miséricordieuse ?

·        Quelles sont mes servitudes, mes situations d’oppression, mon « pain de l’angoisse » et mon « eau de l’affliction » ?

- Exprimer ces cris que la souffrance me fait pousser.

·        Est-ce que j’ai parfois l’impression que Dieu m’oublie, ne me voit pas, ne m’entend pas, est indifférent à ma souffrance, voire impuissant ?

·        Quels sont mes aveuglements, mes surdités ?

- Est-ce que je n’attends pas Jésus dans l’ouragan, et non pas dans la brise légère ?

- Est-ce que je l’attend dans la force, réussite, et  non pas dans la simplicité, la fragilité, la faiblesse ?

·        Quelles sont mes « idoles », ces réalités auxquelles j’accorde une valeur disproportionnée, au point de mettre l’Évangile au second plan ? Ces réalités dont je ne suis pas maître et qui sont mon maître ? 

·        Quelles sont mes plaies, mes blessures, ces parties de moi-même qui sont douloureuses, peut-être même insupportables ?

·        Est-ce que j’attend vraiment ce « Jour du Seigneur » ? Quelle importance a-t-il pour moi ?

·        Comment résonnent en moi ces paroles d’espérance (la faim et la soif fondamentales, existentielles comblées) ?

·        Méditer sur Jésus, Bon Samaritain qui veut prendre soin de mes blessures et de mes infirmités, en les prenant sur lui.

                                                                                                                                  Maret Michel, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges