Ombre

L’ombre dans la Bible est une réalité ambivalente : « L’homme veut la pleine lumière et il recherche l’ombre. » (Vocabulaire de Théologie Biblique) Dieu est lumière, mais aussi ombre rafraîchissante. L’ombre est à la fois réalité protectrice et symbole de la mort. L’ombre est une réalité positive ou négative, selon qu’elle suppose la lumière, ou qu’au contraire elle signifie l’absence de lumière. De fait, plus la lumière est forte, plus l’ombre est marquée. Il n’y a pas d’ombre sans lumière.

Ø Réalité négative : Is 9 : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière, sur les habitants du pays de l’ombre de la mort, une lumière a resplendi »

Ps 107, 13-14 : « Ils criaient vers le Seigneur dans leur détresse, et de leur angoisse il les a délivrés ; il les tira de l’ombre et de la ténèbre. »

Une réalité négative dont Dieu nous protège : Ps 23 : « Si je viens à passer dans une vallée d’ombre, je ne crains aucun mal car le Seigneur est avec moi. »

Dans un autre Psaume, il est dit que « La ténèbre pour toi n’est pas ténèbre, et la nuit comme le jour est lumière. » (Ps 139, 12)

 

Ø Réalité positive : Mais dans les pays du sud, l’ombre est appréciée car elle préserve de l’ardeur du soleil. Il y a de nombreux passages de la Bible où l’ombre est protectrice :

On peux se rappeler l’histoire de Jonas, qui s’était abrité sous un ricin pour se protéger de l’ardeur ; et qui se mit en colère et souhaita la mort parce que le ricin avait péri.

Lors de l’Exode, la nuée, qui était à la fois ténèbres et lumière, couvrait les Israélites de son ombre.

Ps 90 : « Quand je me tiens sous l’abri du Très Haut, et repose à l’ombre du Puissant, je dis au Seigneur mon Refuge, mon Dieu dont je suis sûr »

Marie, lors de l’Annonciation, lorsqu’elle demande comment cela va-t-il se faire, l’ange lui répond que l’Esprit Saint la couvrira de son ombre.

 

La paix : Le shalom biblique

Ø On traduit usuellement le Shalom biblique par paix.  En hébreu, le terme shalom a une signification très vaste, au point que la TOB le traduise par 34 mots français différents : paix, prospérité, bien, santé, sécurité, intégrité…. « En fait, le mot shalom est formé à partir d’une racine signifiant "être complet", "être parfait" mais aussi "être indemne". La paix représente donc la conformité à ce que l’on peut appeler "l’ordre du monde" ou "l’ordre des choses" » ou encore conformité au dessein de Dieu [1]. « Elle désigne le bien-être de l’existence quotidienne, l’état de l’homme qui vit en harmonie avec la nature, avec lui-même, avec Dieu ; concrètement, elle est bénédiction, repos, gloire, richesse, salut, vie. » (Vocabulaire de Théologie Biblique 879)

Ø La paix, c’est le bonheur parfait ; c’est « la plénitude du salut messianique » (TOB, p. 577). La principale chose que devait apporter le Messie, c’est la paix. La paix biblique, c’est la plénitude du salut. Cf. Isaïe 2, 9, 11, …. presque toutes les promesses messianiques.

Ø On comprend que saluer quelqu’un en lui disant shalom signifie beaucoup plus que lui souhaiter la paix.

Ø Les relations elles-mêmes sont appelées à être shalom, c'est à dire conformes au dessein divin.

Ø Vocabulaire de Théologie Biblique 878 : « L’homme désire la paix du plus profond de son être. Mais souvent il ignore la nature du bien qu’il appelle de tous ses vœux, et les chemins qu’il suit pour l’obtenir ne sont pas toujours les voies de Dieu. »

Ø St Paul, dans le NT, commence toutes ses lettres par la salutation « grâce et paix ! » Surtout, il établit le lien qui existe entre cette paix et le salut apporté par le Christ : Ep 2, 13-18 : « C’est lui, le Christ qui est notre paix, lui qui des deux peuples en a fait un seul, détruisant le mur qui les séparait, en sa chair il a tué la haine, en abolissant la loi avec ses préceptes et ses ordonnances. Il voulait ainsi, du Juif et du païen, créer en sa personne un seul Homme nouveau, en faisant la paix et en les réconciliant avec Dieu tous deux en un seul Corps par sa croix. En sa personne il a tué la haine. Il est venu proclamer la paix, la paix pour vous qui étiez loin et pour ceux qui étaient proches. »

Ø Le Christ est non seulement celui qui apporte la paix, mais il est lui-même en sa personne la paix. La paix se réalise dans sa personne, dans son corps. On comprend mieux la formule si l’on considère que ce Corps est l’Église, c'est à dire l’ensemble du Peuple de Dieu. Il s’agit ici du Corps mystique du Christ, c'est à dire l’Église, la communauté des croyants. C’est en elle que devrait commencer à se réaliser la paix messianique, l’abolition des divisions et de la haine, en elle que devrait se réaliser l’unité.


Quarante

Ancien Testament

Ø Le chiffre 40 désigne conventionnellement dans le monde biblique les années d’une génération : Dieu qui garde sa faveur jusqu’à la millième génération = 40'000 ans !

Le chiffre 40 fait référence à : 

- 40 ans d’Israël au désert

- 40 jours de reconnaissance avant l’entrée en terre promise

- 40 ans de tranquilité en Israël après chaque délivrance accomplie par les juges,

- 40 ans du rêgne de David.

- 40 jours avant que Ninive soit détruite

Ø De là, 40 en est venu à désigner une période assez longue dont on ne connaît pas la durée exacte : 40 jours et 40 nuits du déluge, le séjour de Moïse sur le Sinaï, les 40 jours de marche d’Élie à travers le désert.

 

Nouveau Testament

Ø Dans le NT on peut relever les 40 jours de jeûne du Christ  dans le désert ; il faut remarquer que ces 40 jours répètent symboliquement les 40 ans d’Israël au désert. Mais là où Israël n’a pas été fidèle à Dieu, le Christ traversera cette épreuve victorieusement.Il passera d’ailleurs, sans y succomber, par les trois grandes tentations auxquelles Israël a succombé au désert : la faim, l’idolâtrie, et la mise à l’épreuve de Dieu

Ø On peut aussi relever les 40 jours des apparitions du Christ après la résurrection.

 

Sciences humaines

Ø Pythagore en est arrivé à la conclusion que les nombres n’avaient pas qu’une idée mathématique qualitative, mais qu’on pouvait aussi les comprendre davantage comme un symbole d’une réalité plus élevée.

Ø « Les nummérologues pensent même que les nombres sont la manifestation de la création et qu’ils représentent dès lors une sorte de langage secret. »

Ø Presque tout le monde l’ignore, mais St Augustin en est arrivé à déduire l’existence de Dieu à partir des nombres : « Si tu découvres quelque chose d’immuable, éternel, pourquoi ne l’appelles-tu pas Dieu. » Or, c’est à partir des nombres qu’Augustin est arrivé à ce quelque chose d’immuable et éternel : 7+3 font 10, aujourd’hui, hier et toujours : c’est une vérité incorruptible, immuable,  valable pour tous les hommes de tous les temps. Et Dieu est identifié au principe de toutes ces vérités incorruptibles et immuables.

Réconciliation

Ø  A. Grün : « La Bible décrit l’action de Dieu en Jésus-Christ comme une réconciliation. L’Église des tout premiers temps a considéré comme une de ses tâches essentielles d’annoncer et de réaliser la réconciliation. » [2] L’œuvre du Christ, c’est de réconcilier l’homme avec Dieu.

Ø  A. Grün : « Matthieu fait du pardon l’attitude centrale de la communauté chrétienne. » (op. cit. p. 17) Notre Père : « Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés… Car comme vous remettez vos dettes, elles vous seront remises. Si vous pardonnez aux hommes leurs man­que­ments, votre Père céleste vous remettra aussi. Mais si vous ne remettez pas aux hommes, votre Père céleste ne vous remettra pas vos dettes » (Mt 6, 12.14)

Ø  Mt 5, 25 : « Quand tu présentes ton offrande à l’autel, si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande devant l’autel, et va d’abord te réconcilier avec ton frère ; puis alors reviens, et alors présente ton offrande. » La réconciliation est donc un critère d’authenticité de la prière.

Ø  A. Grün : « Le message de la réconciliation est inscrit au cœur de la théologie paulinienne. » (op. cit. p. 21)  2 Co 5, 17ss : « Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une création nouvelle; l’être ancien a disparu, un être nouveau est là. Et le tout vient de Dieu qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ et nous a confiés le ministère de la réconciliation. … C’était Dieu qui, dans le Christ  réconciliait le monde, ne tenant plus compte des fautes des hommes, et mettant en nous la parole de réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, c’est comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu »

Selon ce passage, la réconciliation est un ministère que le Christ nous confie. Et ce que la réconciliation produit : la nouvelle création.

Ø St Paul voit aussi le pardon comme le fondement de la communauté chrétienne : « Supportez-vous les uns les autres et pardonnez-vous mutuellement si l’un a contre l’autre quelque sujet de plainte. Le Seigneur vous a pardonné, faites de même à votre tour. » (Col 3, 14) Nous sommes tous des pardonnés appelés à devenir à leur tour des pardonnants.

Ø Saint Paul présente l’œuvre de salut apportée par le christ comme une réconciliation : « Si donc quelqu’un est dans le Christ, il est une création nouvelle; l’être ancien a disparu, un être nouveau est là. Et le tout vient de Dieu qui nous a réconciliés avec Lui par le Christ et nous a confiés le ministère de la réconciliation. … C’était Dieu qui, dans le Christ  réconciliait le monde, ne tenant plus compte des fautes des hommes, et mettant en nous la parole de réconciliation. Nous sommes donc les ambassadeurs du Christ, c’est comme si Dieu exhortait par nous. Nous vous en supplions au nom du Christ : laissez-vous réconcilier avec Dieu » (2 Co 15, 17ss) Le ministère de l’apôtre sera aussi une œuvre de réconciliation.

                                                                                                        Maret Michel, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges



[1]  J.-D. Macci,  Shalom. La paix dans l’Ancien Testament, in Itinéraires, N° 29, 2000, p. 9

[2] Se pardonner soi-même, p. 9.