Le passage  de  la  mer  rouge  par  les  Israélites (Ex 14)

Ø Le Père Barthélémy  avait donné une conférence intitulée : « Un peuple condamné à la liberté.» Ce titre illustre bien le texte du passage de la Mer Rouge par les Israélites.

0.    Contexte

·        Le point de départ de la grande œuvre de libération qui est décrite dans ce texte  se situe à la fin du chapitre 2, début du chapitre 3 du livre de l’Exode :

Ex 2, 23-24 « Les Israélites, gémissant de leur servitude, crièrent, et leur appel à l’aide monta vers Dieu, du fond de leur servitude. Dieu entendit leur cri : Dieu se souvint de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob »

Ex 3, 7-8 : « J’ai vu, j’ai vu la misère de mon peuple qui est en Égypte. J’ai entendu son cri devant ses oppresseurs ; oui, je connais ses angoisses. Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens et le faire monter vers cette terre, une terre plantureuse et vaste, vers une terre qui ruisselle de lait et de miel »

·        Le point de départ est donc Dieu qui voit la misère du peuple, qui entend le cri de détresse. Ce qui provoque donc l’intervention de Dieu est un cri lancé vers lui, et le Seigneur est saisi de compassion face à ce cri. S’ensuivra la mission de Moïse auprès de Pharaon pour libérer le peuple hébreu. Et les multiples résistances de Pharaon.

·        Dans le texte que l’on va approfondir maintenant, enfin Pharaon se décide à laisser partir les Israélites, mais comme à regret. On peut diviser ce texte en trois phases : avant la mer, au milieu de la mer, de l’autre côté de la mer.

1.    Avant la mer

·        Pharaon a laissé partir le peuple, mais en fait il ne les considère pas vraiment comme libres. Il va les pourchasser.

·        Dieu va tendre un piège à Pharaon, et en même temps éprouver la foi des Hébreux : Il leur demande de revenir en arrière, ce qui n’est pas très logique, et en plus va les coincer dans un cul  de sac, au bord de la mer. Pharaon va croire qu’ils se sont égarés. C’est le Seigneur lui-même qui va créer une situation inextricable, pour libérer radicalement les Hébreux, à la fois d’eux-mêmes, et d’un Pharaon qui a des regrets de les avoir laissé partir.

·        Thème de l’endurcissement du cœur de Pharaon :

(littéralement « Je ferai s’obstiner »)  Pharaon ne respecte ni l’homme ni Dieu. Il ne veut être soumis à personne, réduit un peuple en esclavage, et se prend pour Dieu. Et en fin de compte, il va aller jusqu’à transgresser les lois de la nature (entrer dans la mer, lieu du chaos et de la mort). Dieu va le faire aller jusqu’au bout de sa logique qui est mortifère et suicidaire. // Thème biblique du jugement de Dieu : faire la vérité au fond des choses. Le mal finit en fin de compte par se détruire lui-même.

Parallèle avec aujourd’hui : économie – ultra libéralisme qui oppriment et asservissent l’être humain ; fonctionne selon une logique destructrice, et même autodestructrice. L’action de Dieu là dedans, dans la ligne de l’Exode,  serait de pousser à bout ce système pour qu’il finisse par se détruire, et qu’il cesse en fin d’asservir la moitié de la planète. De même, durant la deuxième guerre mondiale, la folie destructrice d'Hitler a fini par se retourner contre lui-même et l’a conduit à la perte, à la mort.

A. Réaction d’Israël

·        V. 10 : Les Israélites crient vers le Seigneur : On retrouve le cri des Hébreux captifs en Égypte (Ex 2, 23-24), le cri de la situation de départ. Et c’est ce cri qui va provoquer l’intervention de Dieu et ouvrir un avenir à Israël.

·        Nostalgie du passé aussi bien du côté de l’oppresseur (Pharaon) que du côté des Hébreux ; les deux sont contre les plans de Dieu :

- Qu’avons-nous fait là de laisser Israël quitter notre service.

- Que nous as-tu fait là en nous faisant sortir d’Égypte. Laisse-nous servir les Égyptiens.

« Comme Pharaon approchait, les Israélites levèrent les yeux, et voici que les Égyptiens les poursuivaient. Les Israélites eurent grand peur et crièrent vers Yahvé. Ils dirent à Moïse: "Manquait-il de tombeaux en Égypte que tu nous aies mené mourir dans le désert ? Que nous as-tu fait en nous faisant sortir d'Égypte ? Ne te disions-nous pas en Égypte: Laisse-nous servir l'Égypte, car mieux vaut pour nous servir l'Égypte que nous mourions dans le désert ? »

·        La mort est omniprésente dans ce passage. Les Israélites ne voient plus d’autre issue que la mort. L’Égypte revient 5 fois. De façon évidente, bien que libérés d'Égypte, le deuil des Israélites par rapport à l'Égypte n'est pas fait, ils ne sont pas encore libérés des Égyptiens, ils restent aliénés. l'Égypte revient à chaque phrase, sous forme de regret. Pire, les Israélites regrettent même la servitude en Égypte; ils préfèrent l'esclavage en Égypte aux risques de la liberté, de la naissance comme peuple libre. Les Israélites sont aliénés par l’esclavage et par les Égyptiens. Au lieu de voir en eux des persécuteurs, ils les voient presque comme des bienfaiteurs.

·        Remarquer aussi le nombre de fois où le pronom nous revient: il revient 7 fois dans ce court passage. De façon toute aussi évidente, les Israélites sont centrés sur eux-mêmes, et ils auront besoin d'une autre libération: la libération de leur égocentrisme, d’un certain infantilisme ; ce sera le rôle de la longue marche au désert avec le don de la loi.

·        On retrouvera cette nostalgie du passé, nostalgie des avantages de l’Égypte, dès après le passage de la mer rouge, au début du chemin à travers le désert :

Ex 16, 2-3 : « La communauté des Israélites se mit à murmurer contre Moïse et Aaron dans le désert. Les Israélites leur dirent : « Que sommes nous mort de la main du Seigneur au pays d’Égypte, quand nous étions assis auprès de la marmite de viande et que nous mangions du pain à satiété ! A coup sûr, vous nous avez amené dans ce désert pour faire mourir de faim toute cette multitude »

Nb 11, 4-6 : « Le ramassis de gens qui s'était mêlé au peuple fut saisi de fringale. Les Israélites eux-mêmes recommencèrent à pleurer, en disant: "Qui nous donnera de la viande à manger ? Ah ! Nous nous rappelons le poisson que nous mangions pour rien en Égypte, les concombres, les melons, les laitues, les oignons et l'ail ! Maintenant nous dépérissons, privés de tout; nos yeux ne voient plus que la manne ! »

On voit encore une fois les Israélites préférer les avantages que comportait la situation de servitude à la liberté ! Ils voudraient bien avoir à la fois les marmites de viande de l'Égypte et la liberté. Il est dur pour l'être humain d'abandonner le passé, d'abandonner les avantages d'une situation antérieure lorsqu'il passe à une autre: il voudrait bien conserver les deux. Or, cela s'oppose aux lois de la croissance, aussi bien physiologique que psychologique et spirituelle.

En 1 Co 3, 2, St Paul dit aux Corinthiens: "C'est du lait que je vous ai donné, non une nourriture solide; vous ne pouviez encore la supporter". Nous avons parfois de la peine à passer à la nourriture solide, la manne, le Pain de vie, nourriture que Dieu veut nous donner pour notre croissance; nous avons parfois tendance à regretter le lait, ou les marmites de viande d'Égypte. (// He 5, 12)

B. Réaction de Moïse (v. 13-14)

Moïse insiste sur 4 points :

·        Il leur demande de ne pas craindre, de faire confiance en Dieu, et de tourner leur regard vers le salut que va apporter le Seigneur. C’est lui qui agira. Tenir ferme.

·        Il leur annonce que leurs oppresseurs vont disparaître à tout jamais de leurs yeux.

·        Face à la nostalgie du passé des Israélites, le passage insiste sur l’aujourd’hui...

·        Une grande insistance aussi sur le voir : Voyez le salut du Seigneur, ce qu’il va faire pour vous aujourd’hui. Ne regardez plus le passé, regardez le salut qui se réalise aujourd’hui. Le Seigneur combattra pour vous.

Il s’agit ici la plus grande manifestation (théophanie) de Dieu de tout l’AT. Le verbe voir a une grande importance. Ce voir va être leur libération. Voir le salut de Dieu, c’est entrer dans une connaissance profonde, c’est  déjà une libération…..

C. Réaction du Seigneur (v. 15-18)

·        « Dis aux Israélites de repartir. » Les Israélites se mettent en route, en direction de la mer, avant que la mer soit fendue. Ils doivent s’avancer  vers une impasse, vers le lieu du Chaos. Ils doivent accepter de se trouver piégés. Quel est le sens de cette inversion logique ?

·        Les Israélites sont renvoyés à poser un acte de foi, un acte de confiance en Dieu. On a ici le récit de naissance d’un peuple. D’esclaves qu’étaient les Hébreux, ils vont devenir un peuple autonome. Pour naître, les Hébreux vont devoir poser un acte de foi, un choix libre. Ils vont devoir faire un saut dans le vide, un saut dans la mort. (// marche sur les eaux de Pierre )

Pour naître, pour vivre, c’est à eux de décider de partir, de sortir. Il leur faudra dépasser la peur de la mort et se mettre en route. Seule l’expérience de la présence réelle et imminente de la mort permet de poser un pas décisif, permet passer à l’âge adulte, de naître à l’âge adulte, de naître à la vraie vie.

Ayant la mort derrière, avec les Égyptiens, et devant, avec la mort, Israël va faire confiance au Seigneur. Israël croit à sa mort, et va malgré tout faire un pas vers la vie.

·        Le passage de la mort à la vie est très marqué dans le ch. 14 :

-         Dans la première partie, la mort est certaine.

-         Dans la deuxième partie, entouré de toutes part par les forces de la mort (la mer à droite et à gauche, les Égyptiens derrière), les Israélites avancent vers la vie, le salut de Dieu s’opère.

-         Dans la troisième partie, une nouvelle vie commence, comme peuple libre. Les persécuteurs, les tueurs sont morts.

C’est de par la confrontation avec la mort, de par le passage à travers la mort que la vie nouvelle va naître. Le combat entre la vie et la mort se situe au milieu des eaux.

2. Au milieu de la mer

·        Dans les v. 21-23, le mot mer revient 5 fois, et les eaux  2 fois. Il faut rappeler qu’Israël n’était pas un peuple marin. Pour les Israélites, la mer symbolise le chaos, l’incréé, le shéol, le monde de la mort, les puissances des ténèbres et démoniaques, les flots du déluge qui ont englouti la terre. Ici, Israël est entouré de toutes parts par la mer, par la mort. C’est une plénitude de Chaos plus redoutable encore que les Égyptiens. Le combat et la victoire contre les forces de la mort va se situer au cœur de l’abîme, au plus profond du chaos.

    Mais ce chaos, ces forces de la mort, sont ici dominées par le Seigneur : Il conduit la mer, la refoule, il fait de la mer une terre sèche (v. 20), si bien que les Israélites entrent à pied sec dans la mer (v. 21).

·        Les eaux de la mer, qui sont des normalement des éléments mortifères, sont ici comme une muraille à droite et à gauche, une muraille qui devient protectrice, comme les remparts d’une ville.

·        L’idée de séparation est très forte dans cette partie :

-         Il y a d’abord la séparation des eaux de la mer : les eaux se fendirent.

-         Il y a aussi la séparation des deux camps (Égyptiens – Israélites) par la colonne de nuée (v. 19-20). Si bien que l’un ne puisse s’approcher de l’autre, de toute la nuit. // v. 10 : Comme Pharaon s’approchait… C’est Dieu lui-même qui sépare les deux camps.

·        Parallèle avec le récit de la création dans la Genèse :

-         En Gn 1, 4, le premier jour, Dieu sépare la lumière des ténèbres (lumière = vie ; ténèbres = mort)

-         En Gn 1, 6-7 : le deuxième jour, Dieu sépare les eaux d’en haut (ciel) et les eaux d’en bas (mer)

-         En Gn 1, 9-10 : le troisième jour,  Dieu sépare les eaux de la terre sèche, la terre apparaît au milieu des eaux.

      Dans la Genèse, la terre sèche, une fois séparée des eaux, est le lieu où peut apparaître la vie. De même en Josué, l’entrée en terre promise se fera par le passage  du Jourdain à pied sec.  Dieu fait traverser le peuple sur un sol vierge, sur lequel la vie va apparaître pour Israël, tout comme dans la Genèse. C’est comme une nouvelle création Il y a un lien entre la création et le salut : le Dieu créateur est aussi le Dieu recréateur, qui ne peut laisser sa création abîmée. L’expérience du Dieu créateur est aussi l’expérience du Dieu sauveur. Dieu s’engage à conserver sa créature, lutte pour la vie.

     Pour les Israélites, cette terre sèche est le seul appui pour survivre (// marche de Pierre sur les eaux : cela demande un acte de foi, de confiance), le seul chemin  pour marcher vers la vie.

·        Le peuple traverse la mer de nuit : Il traverse la mer, mais traverse aussi en même temps la nuit. Les Israélites se dirigent vers l’orient, vers l’aurore, en même temps qu’ils se dirigent vers l’autre rive. Autrement dit, ils se dirigent vers la lumière, vers la vie.

·        Les Égyptiens : Pour les Égyptiens, il n’y a pas de terre sèche : Leurs roues s’enrayent, s’embourbent, et ils n’avancent plus qu’à grand peine. Ils s’avancent au milieu du Chaos, défiant un lieu de mort, là où la vie n’est pas possible sans l’intervention de Dieu. Ils défient ainsi la mort, transgressent les lois de la création, défient le Dieu créateur. (tout comme ils ont transgressé les lois de la vie en réduisant les Hébreux en esclavage). Ce défi et cette transgression vont leur être fatals : ils vont être engloutis par la mort au milieu de laquelle ils se sont jetés. Ils vont même se jeter eux-mêmes contre les eaux qui reviennent à leur place normale.

3. De l’autre coté de la mer

·        Aux v. 26-27-28, il est dit trois fois que la mer revint à sa place. Cela signifie un retour à l’ordre originel de la création. Dans ce retour, les forces de la mort sont englouties.

De l’autre coté de la mer, il n’est plus question des Israélites, mais d’Israël comme peuple. La nation, le peuple de Dieu est né à travers ce Passage.

·        «Le Seigneur en ce jour-là sauva Israël de la main de l’Égypte, et Israël vit l’Égypte morte au bord de la mer. Israël vit avec quelle main puissante le Seigneur avait agi contre l’Égypte ». 2 fois le verbe voir. En voyant la libération, Israël voit le libérateur C’est un voir libérateur qui introduit Israël dans la connaissance du Seigneur.

    Israël passe de la main de l’Égypte à la main du Seigneur. Israël passe aussi de la crainte des Égyptiens à la crainte du Seigneur, à la foi en lui ; il passe du service des Égyptiens au service du Seigneur. Une fois délivré de la crainte de mort, il peut à nouveau avoir confiance dans la vie. Le Seigneur n’a pas seulement agi pour Israël, mais en Israël.

4. La mort détruite par la mort

·        Revenons à la logique mortifère des Égyptiens, qui se sont lancés au cœur de la mer, défiant les lois de la nature : fonctionner selon la logique du mal, selon la logique du péché, c’est fonctionner selon une logique qui rend aveugle, une logique autodestructrice, une logique qui conduit à la mort. Et mon espérance, c’est qu’en fin de compte, à la fin des temps, le mal se détruira lui-même, car il ne peut que fonctionner selon une logique destructrice, et même autodestructrice. Cf. Jésus : « Si Satan est divisé, son royaume ne tiendra pas, il est  voué à sa perte ».

·        Cette logique mortifère autodestructrice trouvera son point culminant dans la Pâque du Christ. Par un déchaînement de haine mené à son paroxysme, se réalise en même temps le salut du monde. En croyant donner un coup mortel à la vie, Satan se donne un coup mortel à lui-même. En fin de compte, le mal finit par se détruire lui-même. Jésus a dit: « J’ai vu Satan tomber du ciel comme l’éclair. »

·        Cette victoire du Christ déjà réalisée, alors que l’on voit continuer les guerres et les injustices, n’est pas facilement compréhensible pour nous. Mais Dieu voit que tout est déjà joué, que la victoire finale est programmée, irréversible. C’est cela notre foi. Le théologien Oscar Cullmann, qui écrivait peu après la fin de la deuxième guerre mondiale, prenait précisément une image de cette guerre pour nous aider à comprendre cela : « Le jour J était celui du débarquement en Normandie et le jour V celui de la victoire finale. A partir où le débarquement était réussi, on pouvait considérer la guerre comme gagnée. Ce succès était irréversible. Pourtant la guerre continuait, avec son cortège de drames et de morts. » Ce n’est qu’au jour V que la paix tant attendue pouvait s’installer.

·        Notons en passant qu’Hitler, dans sa logique meurtrière et destructrice, s’est lui-même piégé et donné le coup de grâce : Il a attaqué la Russie, devant alors mener de front un double combat, contre l’Occident et contre l’Orient. et cela devait lui être fatal.

 

5. Symbolisme baptismal du passage de la mer

Le symbolisme baptismal est fortement présent dans ce texte.  :

·        On retrouve les deux principes antagonistes : le feu et l’eau, qui l’un et l’autre ont un pouvoir aussi bien dévastateur, qu’un pouvoir vivifiant, purificateur.

-         La colonne de feu, qui sépare les Égyptiens des Israélites. Le christianisme a vu dans ce feu le symbolisme du Christ, lumière du monde, qui est venu apporter le feu sur la terre ; ou le feu de l’Esprit Saint répandu sur les baptisés.

-         Les eaux de la mer. L’eau est d’une part source de vie : sans eau, impossible de vivre. Elle a aussi un pouvoir dévastateur, surtout l’eau de la mer qui ne peut être bue.

·        L’anéantissement des forces de la mort se fait au fond de l’eau. Il y a victoire sur la mort précisément à travers la mort. Il faut se rappeler que baptiser signifie en grec plonger dans l’eau : cf. Rm 6, 3-4 : « Baptisés dans le Christ Jésus, c’est dans sa mort que nous avons été baptisés. Nous avons été ensevelis avec lui par le baptême dans la mort, afin que comme le Christ est ressuscité des morts par la gloire du Père, nous vivions aussi dans une vie nouvelle ».

·            La création nouvelle (les allusions à la Gn, par la séparation de la terre et des eaux).

·        La nouvelle naissance, l’être nouveau, l’être libre qui sort de l’eau.

 5. Quelle est notre sortie d’Égypte ?

   Avec les Égyptiens derrière, et la mer devant, les Israélites étaient comme inéluctablement voués à la mort. Pour le peuple d'Israël, Dieu a ouvert un passage dans l'impasse, dans l'infranchissable, et l'a transformé en chemin; il a transformé la mer, qui symbolise les forces de la mort, en chemin de vie, en lieu de naissance. De même, Dieu peut pour nous transformer l'impasse en chemin, le mur en passage, il peut transformer ce qui signifie pour nous la mort en lieu de naissance, en lieu de vie.

·        Il est intéressant de rappeler l'étymologie du verbe exister: il vient du latin ex (dehors) et sistere (être placé); au sens littéral, il veut donc dire être placé dehors, ou sortir de. La première sortie est celle du sein maternel; mais toute notre existence (de ex-ister) est une série de sorties, une série d'exodes, une série de séparations successives, une série d'états antérieurs vers des états nouveaux, une série de deuils ou passages.

·        On pourrait dire aussi que toute l'existence humaine est un passage progressif, par paliers, d’un état d’enfance à une maturité toujours plus grande, passage d'un état d'égocentrisme à un état d'altruisme (ouverture aux autres, à l’Autre) ; Le passage d’une certaine utilisation des autres pour soi à un authentique altruisme va se faire par paliers et va demander des ruptures douloureuses.

Le père Timothy Radcliffe dit que toute notre existence un Exode de notre Égypte d'égocentrisme  pour avancer vers le Royaume de Dieu, qui est don de soi, recherche du bien d'autrui. Nous devons faire le deuil d’une part encore infantile de nous mêmes. Iil s'agit d'une Pâque, d'un Passage qui est naissance à une vie authentiquement d'adulte. (cf. St Paul ; He 5, 11ss)

·        Freud lui-même insistait sur la nécessité d'un continuel travail du deuil dans l'existence: selon lui, faire son deuil est "la tâche assignée à chacun d'entre nous, faire son deuil de certaines illusions, de certains objets, de certains attachements ! Impossible autrement d'accéder à une véritable liberté. Travail pénible, jamais achevé, toujours à refaire, mais travail sans lequel on restera toujours prisonnier de soi-même et malheureux de l'être".

·        Dit autrement, le vrai bonheur passe nécessairement par une sortie d’Égypte, une libération de tout ce qui nous aliène, de ce qui nous emprisonne . Un Passage progressif vers la liberté : « C’est à la liberté que vous avez été appelés » . Un chemin vers la terre promise. Et cette terre promise est d’abord à rechercher au-dedans de nous.

 

6. Appropriations

1. Quels sont les cris que j’ai envie de pousser vers Dieu ?

- Exprimer ces cris, que ce soit de vive voix, par écrit, à travers une tierce personne, ou encore d’une autre manière (dessin,…).

2.  Le verbe exister vient du latin ex (dehors) sistere (être placé) ; au sens littéral, exister veut donc dire être placé dehors, ou sortir de…

·        Quelle est ma captivité ? Quelle est la « sortie d’Égypte » que j’aimerais vivre ?

- Quel événement, situation ou élément de ma vie me tient enchaîné, m’empêche d’avancer, m’est lourd, voire insupportable, et ne me permet pas de vivre « la vie en plénitude » que Jésus veut me donner ?

- Est-ce que je sens une impuissance à me mettre en route, à partir ? Est-ce que je me sens comme déterminé, enchaîné par le passé, lié par un événement ou une personne ?

- Quels sont ces « Égyptiens » qui me poursuivent, m’encerclent, me font peur ?

·        Quels sont les obstacles qui m’empêchent de franchir cette « Mer Rouge » qui se présente devant moi, et que je vois comme une impasse infranchissable ? Suis-je prêt à déjà partir, à m’engager, me risquer, même si la mer n’est pas encore ouverte ?

·      Quelles pourraient être mes ressources intérieures ou extérieures pour ce Passage ?

- Quelle est le (ou les) « Moïse », la personne de totale confiance, qui peut servir d’intermédiaire et de guide pour ce passage, qui pourrait m’aider à ouvrir un chemin à travers la mer.

3.  Accueillir pour soi cette Parole du Seigneur « Ne crains pas ! Tiens ferme et tu verras ce que le Seigneur va faire pour te sauver aujourd’hui. »

-  Est-ce que je crois vraiment que le Seigneur veut mon bien, et qu’il veut tout faire pour concourir à ce bien ? Ai-je vraiment confiance en lui, ou ai-je parfois le sentiment qu’il est impuissant face au mal ?

- Accueillir cet appel à tenir ferme, afin de voir ce que le Seigneur fera.

4.  Quels sont mes regrets par rapport au passé, ma nostalgie, les situations antérieures dans lesquelles je voudrais retourner ? 

- Quelles sont les « marmites de viande, les oignons, les concombres » que j’aimerais retrouver ?

- Les psychologues disent : L’être humain trouve toujours des avantages dans une situation, aussi pénible qu’elle soit, avantages qui inconsciemment agissent comme des résistances face au changement. Être attentif aux « avantages » que je peux tirer d’une situation aliénante, d’une situation de maladie ou d’hadicap, et qui entrave ma libération.

5. Le Passage se fait « de nuit », entouré de toutes parts par la mer, les puissances chaotiques et ténébreuses.

- Est-ce que cette traversée « de nuit », dans les ténèbres, le chaos, la peur, fait écho à quelque chose que je vis ? Est-ce que j’arrive à le voir comme un Passage qui devrait m’amener sur « l’autre rive », vers la Lumière, vers la Vie ?


                                                                                        Maret Michel, inspiré d’un cours de Johannan Goldman à l’université de Fribourg (hors mis les appropriations)