II. Un merveilleux malheur

 

1. Une précision préalable

q  S’expliquant sur la formule du titre de son ouvrage, « Un merveilleux malheur », Cyrulnik dit : « Il ne s’agit pas du tout de ce que vous croyez. Aucun malheur n’est merveilleux. Mais quand l’épreuve arrive, faut-il nous y soumettre ? Et si nous combattons, quelles armes sont les nôtres ? » « Un malheur n’est jamais merveilleux, c’est une fange glacée, une boue noire, une escarre de douleur qui nous oblige à faire un choix : nous y soumettre ou la surmonter. La résilience définit le ressort de ceux qui, ayant reçu le coup, ont pu le dépasser. »  (Un merveilleux malheur, Odile Jacob, Paris 2002, p. 21. 7)

 

2. A. Jollien : L’apprentissage du métier d’homme

q  A. Jollien a subi un accident de naissance : étranglé par son cordon ombilical, il a manqué un certain temps d’oxygène. Il en est resté infirme moteur cérébral, gravement atteint, et handicapé de la parole. Au prix d’une force de résilience extraordinaire, il a réussi à faire des études supérieures et est devenu philosophe. Il a écrit trois livres : Eloge de la faibles­se, couronné par l’Académie française, Le philosophe nu, et Le métier d’homme, dont je voudrais parler.

q  Dans l’avant-propos, Jollien cite une parole d’Erasme : « On ne naît pas homme on le devient. » (Œuvres choisies, Le Livre de poche, 1991) Et on le devient au prix d’un combat : « L’existence procède de la lutte, je ne le sais que trop. » (Jollien, p. 15) Concernant la souffrance, A. Jollien dit : « La souffrance ne grandit pas, c’est ce qu’on en fait qui peut grandir l’individu. (…) Il ne s’agit pas de courir à la recherche du danger, ni de se vautrer dans la souffrance, mais celle-ci s’imposant, d’en profiter ! » (p. 48. 49)

q  A la fin de son livre, A. Jollien, qui a toujours une pointe d’humour, conclut : « Sacré métier d’homme ! Joyeux et austère, il réclame un périlleux investissement de tous les instants. (…) Sacré métier d’homme, je dois être capable de combattre joyeusement sans perdre de vue ma vulnérabilité ni l’extrême précarité de ma condition. Je dois inventer chacun de mes pas et, fort de ma faiblesse, tout mettre en œuvre pour trouver les ressources d’une lutte qui, je le pressens bien, me dépasse sans toutefois m’anéantir. » (p. 89-90)

q  Ces paroles me font un peu penser à celles de St Paul en 2 Co 4, 7-11 : « Ce trésor, nous le portons dans des vases d’argile, pour que cette incomparable puissance soit de Dieu et non de nous. Pressés de toutes parts, nous ne sommes pas écrasés ; dans des impasses, mais nous arrivons à passer ; pourchassés, mais non rejoints ; terrassés mais non achevés ; sans cesse dans notre corps nous portons l’agonie de Jésus afin que la vie de Jésus soit elle aussi manifestée dans notre corps. Toujours, en effet, nous les vivants, nous sommes livrés à la mort à cause de Jésus, afin que la vie  de Jésus soit elle aussi manifestée dans notre existence mortelle. » (Trad. TOB)

q  J.-L. Bruguès, membre de la Commission Théologique Internationale, définit l’éthique comme « la mise en œuvre des exigences du métier d’homme » (Précis de théologie morale générale, I, Mame 1994, p. 20) Et tout apprentissage passe par des ratés, des échecs, des efforts ; la progression est à ce prix. Dans ce contexte on comprend mieux le pourquoi de la souffrance qui peut, comme le dit J.-L. Bruguès, « révéler l'homme à lui-même et aux autres. » [1] Elle peut pousser l’être humain au-delà de ce qu’il est. Le faire passer de la surface de l’existence à une vie authentiquement vécue, vécue dans sa profondeur, passer d’un état d’enfance à un état d’adulte.

q  B. Cyrulnik, quand il parle de la résilience, va dans le même sens : « La résilience, c’est plus que résister, c’est aussi apprendre à vivre. Malheureusement, cela coûte cher. » (Un merveilleux malheur, p. 185)

3. Cycle mort vie dans la nature :

une incroyable  capacité de résilience

q  Il y a un adage qui était classique dans la théologie médiévale qui disait : « Dieu nous a donné deux livres, celui de l’universel ordre des choses ou de la Nature, et celui de la Bible. » La création était comme un immense livre ouvert qui nous parle de Dieu, qui nous révèle Dieu. C’est ce que l’on appelait la théologie naturelle. Dans cette approche, les sciences et la théologie n’étaient pas dissociées, mais étaient au contraire étroitement unis.

q  Les Pères de l’Eglise parlaient des semeia, des signes de Dieu dans sa création. J’aime bien pratiquer cette théologie naturelle, consulter ce merveilleux livre ouvert qu’est la création. Et c’est un peu cela que je vais faire maintenant.

q  Si on examine l'embryon et le fœtus humains, on peut remarquer qu’ils récapitulent au cours de leur croissance les étapes de l'évolution, et doivent nécessairement abandonner les vestiges des étapes antérieures: ainsi, à ses débuts, l'embryon comporte certains éléments du poisson (branchies), qui est un des premiers stades de l'évolution humaine ; l'embryon va devoir les perdre. Avant la huitième semaine, l’embryon a une queue, qu’il va abandonner par la suite. Il a aussi des palmes à la place des mains et des pieds, et celles-ci devront s’ouvrir, laisser tomber ce qu’il y a entre les doigts. Ces pertes correspondent à des morts partielles. (Idem pour le têtard et la grenouille; mais pour l'homme, ceci se passe dans le sein maternel) Cf. Science et vie, N° 210 p. 107.

q  Plus encore, au plan de la croissance de l'organisme, les biologistes ont montré que celle-ci s'opère nécessairement par la mort de certaines cellules, (qu’on appelle apoptose) pour la formation normale des membres. Si l'on injecte à un embryon animal une substance qui interdise cette destruction on aboutit à des monstruosités anatomiques, et même à la mort de l’embryon. Quand on devient adulte, on n'a donc pas des bras d'enfant qui ont grandi; à la fin de notre existence, sur les milliards de cellules que nous avions à la naissance, presque toutes seront mortes et auront été remplacées par d’autres [2].  Une cellule qui ne meurt pas est le plus souvent une cellule cancéreuse. Cf. Science et vie, N° 210, p. 102ss.

q  Au plan de la biologie générale, J. Dausset, prix Nobel de physiologie et de médecine en 1980, souligne que la mort est un rouage essentiel à l'émergence et à la montée de la vie, une nécessité pour la progression de l'espèce : « La mort est loin de prendre ici un caractère dramatique; elle est au contraire absolument nécessaire pour l'évolution de la matière vivante. Sans mort, la possibilité de voir apparaître chaque fois un nouvel être légèrement différent du premier n'existerait pas.» La nature s'épanouit dans une dialectique incessante entre la mort et la vie. La vie sur la terre, depuis ses origines, est extraordinairement résiliente : elle s’est adaptée à toutes les époques, tous les climats, tous les cataclysmes, et a réussi même à évoluer et se diversifier.

q  L'Évangile nous en donne l'exemple symbolique du grain de blé qui doit mourir pour porter du fruit et pour permettre à la vie de se continuer (Jn 12, 24).  Le compost, extraordinaire source de croissance pour les plantes, est issu de la mort et décomposition des végétaux. Dieu n'aurait-il pas laissé dans sa création des traces ou des signes de cette perte, ou de cette mort nécessaire à un plus de vie ?

q  L'image de la chenille, rampant sur le sol terrestre, et donnant naissance au papillon s'envolant dans le vaste ciel bleu, s'étant métamorphosée dans le passage par la chrysalide, est très significative; mais ce papillon, pour devenir papillon, doit perdre son état de chenille, il doit abandonner le cocon. Le processus global des saisons et la vie végétale se développe aussi dans une constante dynamique mort - vie.

4. L’oxymoron : un merveilleux malheur !

q  Khalil Gibran : "Votre joie est votre tristesse sans masque. Plus le chagrin remplira votre être, plus il pourra contenir de joie. Joie et tristesse sont insépa­rables". "Plus profondément le chagrin creusera votre être, plus vous pourrez contenir de joie. La coupe qui contient votre vin n'est-elle pas la même coupe qui fut cuite au four du potier ? Et le luth qui caresse votre âme, n'est-il pas le même bois qui fut évidé au couteau ?" Autrement dit, plus la souffrance creusera votre cœur, comme un récipient, plus votre cœur aura une capacité de recevoir, une capacité de bonheur. Il se peut donc que souffrance et bonheur soient inséparables sur cette terre.

q  L’oxymoron est une figure rhétorique qui consiste à associer deux termes qui semblent s’opposer : blessure – perle ; Chabert : fumier  – fleur ; K. Gibran : peine – fleur ; Kierkegaard : souffrance – bonheur ; désespoir – naissance ; Baudelaire : « Tu m’as donné de la boue et j’en ai fait de l’or. » [3]

q  St Paul est maître dans l’art de l’oxymoron : 2 Co 4, 8 : « Dans des impasses, mais nous arrivons à passer » ; 2 Co 6, 9-10 : « Inconnus et pourtant bien connus ; moribonds et pourtant nous vivons ; (…) attristés mais toujours joyeux, pauvres et faisant bien des riches, n’ayant rien nous qui pourtant possédons tout ! ». Selon Cyrulnik, on fonctionne le plus souvent en mode d’opposition : ou bien – ou bien… « Dans l’oxymoron, les deux sont nécessaires. (…) Chaque terme souligne l’autre, et le contraste les éclaire.» (p. 19. 20)

q   Dans la vie, bien des réalités apparemment opposées vont de pair. La nature nous en donne une illustration par un cycle incessant entre la vie et la mort.

5. Le ressort invisible de l’être humain

A. Un potentiel de ressources incroyable

q  La résilience, est ce G.-N. Fischer appelle le ressort invisible. Fischer s'est employé à examiner les réactions de l'être humain soumis à des conditions extrêmes, dont les camps de concentration, les guerres, les maladies mortelles et la dépendance de la vieillesse. Il transmet le résultat de ses recherches dans son ouvrage (Le ressort invisible, Vivre l'extrême, Paris, 1994)

q  Ces recherches ont mis en évidence « l'existence de ressources insoupçonnées permettant à l'être humain de faire face à l'impossible », « un potentiel de ressources et une endurance de l'être humain à proprement parler impensables. » (Op. cit., p. 8 et 110) « Toute situation extrême, en tant que processus de destruction de la vie, renferme paradoxalement un potentiel de vie, précisément là où la vie s’était brisée. » (Op. cit., p. 269) Un peu comme la perle dans la blessure du coquillage.

q  Fischer appelle  ressort invisible ces énergies secrètes dont dispose l'être humain. Celles-ci permettent de « rebondir dans l'épreuve en faisant de l'obstacle un tremplin, de la fragilité une richesse, de la faiblesse une force, des impossibilités un ensemble de possibilités. » (ibidem) L'ouvrage de Fischer met également en évidence la valeur du profond changement qui peut s'opérer dans la personne vivant une situation extrême. Des réserves inexploitées et certaines dimensions de l'individu, parfois les plus élevées, peuvent être mises à jour.

B. Des mécanismes de survie au plan psychologique

q  Les situations extrêmes, malgré la profonde déstabilisation qu'elles provoquent, ne laissent malgré tout pas l'être humain totalement dépourvu. Selon l'auteur, s'il existe des mécanismes de survie pour notre corps, dont le système immunitaire qui protège notre organisme des agressions extérieures, de même, des mécanismes de survie existent aussi au plan psychologique, permettant d'affronter les situations les plus difficiles. Ces mécanismes psychologiques de survie, tout comme ceux de l'organisme, ne se manifestent qu'en cas de sollicitation. Face à une situation radicalement nouvelle, l’être humain doit s’adapter, s’ajuster.

q  Fischer affirme que ce changement des valeurs de l'individu est en même temps un certain changement d'identité. « Toute situation extrême opère fondamentalement un dévoilement, celui d'une identité aliénée où l'être humain se découvre un autre lui-même, absent de soi. [...] Dans la situation extrême, l'identité est mise à l'épreuve par une sorte d'éclatement de notre propre image ; cette mise en pièces qui est celle de notre fausse identité amorce aussi un changement de nous-mêmes. [...] C'est lorsqu'un individu reconstruit un autre système de valeurs qu'il entre progressivement dans une autre façon de vivre qui le fait naître ou renaître à une autre identité.» (Op. cit., p. 27)

6. Les fleurs et le fumier : la souffrance, un mal nécessaire ?

A. La souffrance étant inévitable, que vais-je en faire ?

q  Il ne s’agit ici de valoriser la souffrance : c’est une réalité humaine des plus difficiles, et dont on ne peut  parler qu’avec une grande humilité. La question est : La souffrance étant là, étant inévitable, que vais-je en faire ? Quel sens vais-je lui donner ?

q  Bernard Besret exprime bien le rapport entre lutter contre la souffrance, et essayer d’en faire quelque chose lorsqu’elle s’impose à nous : « Le bon usage de la souffrance est de commencer à en découvrir le sens pour soi, d’en identifier les racines cachées, puis de la combattre par un travail intérieur sur soi-même qui dissipe tout ce qu’il y a en elle d’illusion. Lorsqu’elle s’impose à nous malgré tout, le bon usage est alors de l’utiliser en instrument de sa propre transformation. » (in R. Poletti, La résilience, Jouvence, 2001, p. 52)

B. La souffrance, contre-partie de la sensibilité

q  Il existe un lien étroit entre la souffrance et la sensibilité, et vouloir éliminer la souffrance revient à vouloir s'insensibiliser. Par exemple, l'amour fait souffrir lorsqu'il est blessé, et le seul moyen pour éviter cette affliction est de se rendre impassible, autrement dit de tuer l'amour.

q  L. Lavelle exprime bien ce paradoxe : « La possibilité de souffrir moralement est sans mesure: elle croit avec la conscience elle-même. Il n'y a pas une seule région de notre vie intérieure où la souffrance ne puisse un jour pénétrer. Toute acquisition nouvelle est l'occasion d'une nouvelle blessure. » (Le mal et la souffrance, p. 116-117)

q  Il existe une certaine solidarité entre nos états intérieurs. Toute richesse de l'être humain est en même temps une capacité de souffrir. P. Kreeft exprime bien cela : « L'amour est en quelque sorte accompagné par la souffrance. La liberté s'accompagne de souffrance. La vérité, la sagesse, la connaissance de la réalité impliquent la souffrance. On dirait que tout ce qui a une valeur intrinsèque, tout ce qui ne peut être acheté, négocié, être l'objet d'ac­com­modation, relativisé ou réduit, s'accompagne de souffrance.» [4] La souffrance est comme la contrepartie de la sensibilité et des richesses intérieures de l'être humain.

q  On sait que la douleur, en tant que système d'alarme face à une atteinte à l'intégrité de l'organisme, est au plan physiologique un mal nécessaire. Cette affirmation pourrait être confirmée par ce que l'on connaît du syndrome d'insensibilité congénitale. Les personnes atteintes de cette maladie ne res­sentent pas la douleur. Les personnes qui en sont atteintes sont constamment couvertes de blessures, brûlures, sujets à des fractures… Elles ne deviennent d’ailleurs, dans la plupart des cas, pas âgées.

q  Il semble que cette utilité s’étende aussi au plan psychologique : en effet, M. Schattner affirme que ces enfants sont dans un tiers des cas atteints de retards psychologiques [5]. La douleur aurait donc un rôle éducatif, pédagogique. Ce fait confirme que seule l'expérience, même douloureuse, permet la prise de conscience de certaines réalités, et par conséquent la croissance psychologique. La souffrance a apparemment une dimension pédagogique incontournable.

q  K G. Jung: « La névrose psychique est en dernière analyse une souffrance de l’âme qui n’a pas trouvé un sens. Mais c’est de cette souffrance que naît toute créativité spirituelle et tout progrès de l’homme spirituel. » [6]

7. Le deuil et la résilience

q  J'utilise ici le mot deuil dans un sens large, pour désigner les différentes et multiples pertes de toute existence humaine, qui sont à l'origine d'une certaine souffrance, et le processus d'adaptation visant à assumer ces pertes.

q  R. Poletti fait remarquer « que tout attachement dans cette vie se termine par une séparation. Que cet attachement date de deux semaines ou de soixante-dix ans, il est appelé par nature à se terminer. » (Poletti, Dobbs, Vivre son deuil, p. 23) Donc, d'une certaine façon, notre existence se passe en attachements, détachements (arrachements) et nouveaux attachements successifs.

q  Tous nos attachements sur cette terre se terminent par une séparation. La vie est une succession de  détachements, de pertes à assumer, de deuils à vivre, ainsi que le dit J. Monbourquette: "La vie est une suite ininterrompue d'attachements et de séparations, de morts et de naissances. Il faut sans cesse accepter de mourir à un état pour naître à un autre. C'est à ce prix que la vie continue. Le deuil fait donc partie de la vie; il en est même un élément fondateur" (Groupe d'entraide pour personnes en deuil, p. 31).

q  Toute notre vie est un cheminement, une naissance à notre identité véritable. Chaque jour, nous découvrons un peu plus qui nous sommes, nous devenons un peu plus ce que nous sommes appelés à être. Et chaque jour, nous perdons un peu de ce que nous ne sommes pas, ou que nous  ne sommes plus, parce que d’un autre âge.

q  Tout au long de l'existence, on devrait apprendre à se débarrasser de ce qui est mort en nous (ou tout simplement ce qui est plus de notre âge), et qui nous alourdit, pour faire place à ce qui est vivant.

q  Le travail du deuil est inséparable du sens de la vie dont on a parlé hier, mais aussi du sens de la perte. Tout deuil implique une perte à laquelle on doit pouvoir donner un sens.

8. Pardonner pour grandir

q  Le deuil, et plus largement la résilience, sont inséparables également du pardon. Sans pardonner, le travail du deuil est impossible, et le processus de résilience ne peut se faire.

q   « Précisons d’emblée que le pardon n’est pas un déni, ni un oubli, ni un forcing sur les sentiments. Bien au contraire. Le point de départ du pardon est le mal pleinement reconnu. Sinon il n’y a rien à pardonner. Ce mal n’est donc pas oublié ni édulcoré, même si nous pouvons comprendre d’où il vient. Le pardon ne signifie pas que je me suis bien rétabli du tort qui m’a été fait, ni que mes sentiments négatifs et destructifs se sont transformés en sentiments positifs envers celui qui m’a fait du mal. Au départ, il reste la confrontation avec ce mal, sans raccourcis. » (Cahiers du BICE, Résilience et spiritualité, p. 27)  Du reste, la mémoire du mal qui a été fait aide à ne pas le reproduire. (= influence inversée).

q  Le pardon, qui se dit aphesis en grec, est un acte de libération : Aphesis, le mot grec pour pardonner, veut dire libérer, délier : il signifie la remise d’une dette, d’un châtiment ; la disparition d’un sentiment de culpabilité. Le pardon est libérateur pour l’autre, et pour soi-même. Il permet d’aller de l’avant, il permet la croissance, il permet à la vie de continuer. Il permet de construire l’avenir à partir de la réalité telle qu’elle est. « La personne qui ne cherche pas à pardonner et la personne qui ne reçoit pas le pardon risquent fort de rester liées, avec une liberté de vie diminuée. » Cahiers du BICE, Résilience et spiritualité, p. 29)

q  Il faut distinguer le pardon comme acte de l’intelligence ou de la volonté, et le pardon émotionnel, c'est-à-dire la disparition des sentiments de rancune, qui lui ne dépend pas de la volonté, et qui est de ce fait plus long. On peut avoir pardonné bien que ces sentiments demeurent.

q  J. Lecomte, in M. Manciaux,  La résilience, p. 162 : « Une leçon essentielle que nous enseigne l’expérience des personnes résilientes est que, même si le méfait laisse une trace indélébile dans l’histoire personnelle, c’est précisément à partir de cette trace qu’il faut tenter de reconstruire du nouveau. Ainsi, de même que la résilience, "le pardon est plus un acte qui invente l’avenir qu’un acte qui efface le passé." » [7]

9. Khalil Gibran 

q  « En automne, je récoltais toutes les peines et les enterrais dans mon jardin. Lorsqu’avril refleurit et que la terre et le printemps célébrèrent leurs noces, mon jardin fut jonché de fleurs splendides et exceptionnelles. Mes voisins vinrent les admirer et chacun me dit : " Quand reviendra l’automne, la saison des semailles, nous donneras-tu des graines de ces fleurs afin que nous puissions les planter dans nos jardins ?" »

                                                                                         Michel Maret, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges

 



[1] "Souffrance", in Dictionnaire de morale catholique, Chambray-lès-Tours, 19962, p. 423.

[2] Cf. L.-V. Thomas, La mort, p. 18. 

 

[3] « L’horloge », Les fleurs du mal, 1861.

[4] Pourquoi Dieu nous fait-il souffrir?, p. 137

[5] Souffrance et dignité humaine, p. 41, note 1.

[6] Discours à la Conférence des pasteurs évangéliques, Strasbourg, 1992. Cité in G. Kreppold, les crises, p. 14. Selon V. Frankl, la plupart des névroses sont d’origine « noogènes », c'est-à-dire viennent d’une absence de sens à l’existence ou à certains événements.

[7] La citation interne est de A. Houziaux, Le pardon peut-il guérir ? Réforme, 3.12.1994