II. L’institution de l’eucharistie

Ø  Selon St Thomas, le sacrement de l’eucharistie est le plus important, celui qui achève tous les autres.

Ø  Vatican II : « L’Eucharistie est à la fois la source et le sommet de toute l’évangélisation » (PO 5, 2)

« L’assemblée eucharistique est le centre de la communauté chrétienne »

Ø  On a 4 récits de l’institution : dans les trois synoptiques (pas dans St Jean) et dans 1 Co

- Luc – Paul : version liturgique (Antioche)

- Marc – Mt :   version évangélique

1. C’est chez toi que je veux faire la Pâque

« Allez  à la ville chez un tel et dites-lui : Le Maître te fais dire : mon temps est proche, c’est chez toi que je vais faire la Pâque avec tes disciples » (Mt 26, 18)

Ø  Un tel : cette indétermination suggère que celui qui lit l’Évangile est visé. Un tel,  c’est tout homme qui veut suivre Jésus, et qui est concerné par la passion du Maître

Ø  Le texte d’Évangile parle de Faire la Pâque, et non pas célébrer : Jésus est lui-même acteur principal dans cette Pâque. Il vit lui-même la Pâque. Il est lui-même le nouvel Agneau pascal.

2. L’institution de l’eucharistie scelle l’Alliance nouvelle 

Ø  La notion d’alliance est fondamentale dans l’eucharistie : elle se trouve dans tous les récits de l’institution. Dans l’institution de l’eucharistie, Jésus scelle l’alliance nouvelle et éternelle entre Dieu et l’humanité. Cette alliance rappelée dans chaque eucharistie.

Ø  Exode 24, 8 : « Moïse prit le sang, le répandit sur le peuple et dit : Ceci est le sang de l’alliance que le Seigneur a conclue avec vous. » Ce rite signifie que désormais un même sang, une même vie circule dans les deux membres de l’alliance et fait des deux comme un seul être vivant (cf. Ex 24).

Ø  Les exégètes soulignent le lien entre l’alliance au Sinaï et l’alliance scellée lors de la dernière Pâque du Christ : dans les deux cas, l’alliance comporte des clauses.

- Dans l’ancienne alliance, ces clauses étaient données par la loi, le Code de l’Alliance.

- Pour la nouvelle alliance, St Jean, qui n’a pas le récit de l’institution de l’eucharistie, le remplace par le discours d’adieu. Et dans ce discours d’adieu, Jésus donne son commandement nouveau, qui est comme la charte de la nouvelle alliance : « Je vous donne un commandement nouveau, aimez-vous les uns les autres ; comme je vous ai aimés, aimez-vous les uns les autres » Ainsi, les clauses de la nouvelle alliance consistent à s’aimer les uns les autres, comme Jésus lui-même nous a aimés

Ø  Nouvelle alliance : Ez 37 Is 55, 3 ; Jr 32, 40 ; Jr 31, 31 = loi gravée dans le cœur

3. Le Christ nouvel Agneau pascal

Ø  Tout le récit de la passion dans St Jean tend à montrer que Jésus est le nouvel agneau pascal, annoncé par Jean-Baptiste : « Voici l’agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». Dans le 4ème Évangile, l’heure où Jésus meurt, qui était l’heure où l’on mettait à mort les agneaux de la Pâque (« Comme c’était la Préparation »)

Ø  L’Évangile de Mt lui-même, laisse pressentir que le véritable agneau pascal immolé est Jésus : 26, 20 Le soir venu // Le soir venu 27, 57 et la référence à  la Préparation = l’immolation des agneaux. Une volontaire ambiguïté. Selon Mt, Jésus a célébré la Pâque jeudi soir avec ses disciples, et il a vécu la Pâque le vendredi en mourant sur la croix.

Ø  Le Christ est le véritable agneau pascal offert en sacrifice, et dont le sang est versé pour le salut du monde.

Ø  L’eucharistie a une dimension pascale essentielle. Par elle, le mystère pascal se répand dans l’Église, fait croître l’Église.

4. L’eucharistie est un mémorial, une anamnèse

Ø  L’eucharistie est mémorial (anamnèse, récapitulation) de toute la vie du Christ, de tout ce qu’il a accompli pour les hommes (et pas seulement de la croix et de la résurrection), en particulier son don total de lui-même lors de la Pâque. L’eucharistie est sacrement de l’amour du Christ, de son amour qui s’est donné jusqu’à la mort.

Ø  Dans le mémorial, le passé devient en quelque sorte le présent, l’avenir : « Je suis qui je serai ».  Il ne s’agit donc pas seulement de rappeler un événement du passé ou même sa signification. L’eucharistie est la proclamation de l’œuvre de recréation de Dieu se réalisant aujourd’hui.

5. Annonce  et anticipation du banquet du Royaume

Ø  L’eucharistie est un repas. Or, il faut se rappeler que pour les juifs du temps de Jésus, le repas est un symbole eschatologique. Dieu y était présent comme hôte à la fois invisible mais principal (en terme technique le commensal). De même, le Christ est présent lors du repas eucharistique, pas seulement comme hôte mais encore comme nourriture du repas.

Ø  Schillebeecks : C’est le repas dans sa totalité, donc l’eucharistie toute entière, qui est institué comme sacrement, et non pas seulement le corps et le sang du Christ. « Nous sommes appelés en participant à l’eucharistie à constituer une communauté fraternelle à laquelle le Christ s’identifie, dans laquelle lui-même devient l’aliment et la boisson distribuées. »

Ø  Dans les trois Évangiles synoptiques, la dimension eschatologique est soulignée. L’institution de l’eucharistie se situe entre la dernière Pâque terrestre du Christ et la Pâque éternelle dans le Royaume. Elle annonce cette Pâque éternelle. 1 Co 11, 26 : « Chaque fois que vous mangerez ce pain et que vous boirez à cette coupe, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne. »

Ø  L’eucharistie est la promesse et l’anticipation du banquet du Royaume : « En vérité je vous le dis : je ne boirai plus du produit de la vigne jusqu’au jour où je le boirai à nouveau dans le Royaume de Dieu »

6. L’eucharistie est une action de grâces

Ø  Eucharistie signifie action de grâces, merci (cf. eucharistô en Grèce aujourd’hui, qui signifie merci !). Elle est la grande action de grâces par laquelle l’Église exprime à Dieu sa reconnaissance pour tous ses bienfaits.

Ø  Plus précisément, l’eucharistie est action de grâces à Dieu pour tout ce qu’il a accompli et accomplit encore aujourd’hui dans la création et dans la rédemption (la nouvelle création).

Ø   Elle est l’action de grâces de l’Église qui parle au nom de la création toute entière. Lors de l’offertoire, dans l’offrande du pain et du vin, c’est toute la création qui est symboliquement offerte, pour que Dieu la transforme, la transfigure. « Ainsi, l’eucharistie ouvre au monde la voie de sa transfiguration » (Groupe des Dombes)

Ø  L’eucharistie est action de grâces à Dieu pour tout ce qu’il veut accomplir par la venue de son Royaume.

7. L’eucharistie est le sacrement de l’amour

Ø  L’eucharistie est le sacrement de l’amour du Christ pour les hommes. Le Christ peut se donner comme Pain de vie pour les hommes par le don de son corps et de son sang dans l’eucharistie, parce qu’il se donne corps (toute la personne) et âme lors de sa Passion.

Ø  L’eucharistie est le signe et l’actualisation du don que le Christ fait de lui-même à travers le sacrifice de sa vie et par sa résurrection : signe et rend présent le don que le Christ a fait de lui-même.

8. Eucharistie et communion fraternelle

Ø  « Le Christ n’a pas seulement institué l’eucharistie au cours d’un repas (…), mais sous la forme d’un repas » (S. Lyonnet). L’eucharistie est un repas : Le NT l’appelle parfois « le repas du Seigneur ».

Un autre terme utilisé pour désigner l’eucharistie, la Fraction du pain, « évoque les repas juifs où celui qui préside la table prononce une bénédiction et "rompt le pain" (S. Lyonnet)

Ø  St Thomas disait que l’eucharistie est le sacrement de l’unité de l’Église. Mais aussi le sacrement de la charité. Elle a donc pour but l’unité, la communion, la charité.

Celui qui communie veut dire qu’il est uni au Christ, et est en communion avec tous ses autres frères et sœurs qui ont communié au Corps et au sang du Christ

Ø  L’eucharistie commence avec la présence du Christ dans l’assemblée : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis au milieu d’eux ». Elle a pour but de rendre cette présence plus intime.

Ø  1 Co 10, 17 : « Le pain que nous rompons n’est-il pas communion au Corps du Christ ? Parce qu’il n’y a qu’un seul pain, nous ne sommes qu’un seul corps, car tous nous participons à ce pain unique ». Parce que les chrétiens communient à un seul pain, ils ne doivent former qu’un seul corps, le corps mystique du Christ, ou un seul cœur, une seule âme (Ac 4, 32-33)

9. L’eucharistie fait l’Église, l’Église fait l’eucharistie

Ø  L’eucharistie est le sacrement fait par l’Église et qui fait l’Église. Elle constitue, édifie l’Église, le Corps mystique du Christ. Elle est communion au Corps et au sang du Christ, et a pour but de réaliser la communion des chrétiens entre eux. De même qu’il n’y a qu’un seul pain, les chrétiens sont appelés à ne faire qu’un seul corps, un seul cœur.

Ø  La doctrine eucharistique de St Paul fait le lien avec l’ecclésiologie : 1 Co 10, 17 :   « Le pain que nous rompons n’est-il pas communion au Corps du Christ ? Parce qu’il n’y a qu’un seul pain, nous ne sommes qu’un seul corps, car tous nous participons à ce pain unique » : L’eucharistie fait l’Église : elle constitue le Corps du Christ.

Ø  Selon Vatican II LG 26, l’Église est réellement présente dans tous les lieux où sont célébrés l’eucharistie, où le Corps du Christ est présent, et que le NT appelle Églises (Église d’Églises).

10. Une conversion, transfiguration ou transformation créatrice

Ø  Dans ce que l’on appelle la transsubstantiation, le pain devient le Pain de Vie, et le vin devient le Vin de l’alliance nouvelle.

- Le corps, dans l’anthropologie hébraïque, représente toute la personne, mais du point de vue de la visibilité, de l’extériorité.

- Le sang représente toute la personne du point de vue de son intérieur. Dans  toute l’Ecriture, le sang signifie l’âme (Nephesch) (cf. Gn 9, 4 : « Vous ne mangerez pas la chair avec son âme, c'est à dire son sang. »

Ø  La transformation du pain et du vin dans l’eucharistie s’opère par la puissance de l’Esprit créateur. L’eucharistie comporte une dimension créatrice très importante. C’est un acte du Dieu créateur qui s’opère dans l’eucharistie. L’eucharistie nous offre le corps et le sang du Christ ressuscité (très important). Elle nous introduit par conséquent dans l’univers de la création nouvelle.

Ø  La transformation que l’esprit créateur opère dans le pain et le vin est celle qu’il veut réaliser en nous. L’Esprit Saint réalise dans le pain et le vin ce qu’il veut réaliser en nous, c'est à dire une transformation créatrice. L’eucharistie, en nous donnant le corps et le sang du Christ ressuscité, nous introduit déjà dans l’ordre de la création nouvelle, dans l’univers du ressuscité : « Je suis le pain vivant descendu du ciel. Qui mangera ce pain vivra à jamais » (6, 51) « Celui qui mange ma chair et boit mon sang a la vie éternelle » (6, 54)

Ø  Selon le symbolisme de la nourriture et de la boisson, les chrétiens sont transformés en ce qu’ils mangent : le corps du Christ. Cf. un chant qui se réfère aux Pères de l’Eglise : Devenez ce que vous recevez, vous êtes le Corps du Christ.

Ø  La transformation qui s’opère dans le pain et le vin, les Pères de l’Église l’appelaient aussi conversion. Et c’est notre propre conversion au Christ qui est visée par l’eucharistie.

Ø  Transformation que l’on peut aussi appeler métamorphose : meta morphè  changement de nature ou de condition. Hymne aux Philippiens : Jésus qui était de condition divine (morphè theou) … prit la condition d’esclave (morphè doulos). Une méta morphose. Transfiguration = méta morphose

11. Le nouveau culte : l’union à l’offrande du Christ

Ø  Dans l’eucharistie, c’est Jésus qui se donne corps et âme. Communier au corps et au sang du Christ, c’est communier à cette offrande, entrer dans cet acte d’offrande.

Ø  Dans la lettre aux Romains, St Paul décrit le nouveau culte que nous avons à vivre en tant que chrétiens : « Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hosties vivantes, saintes et agréables à Dieu :  c’est là le culte spirituel que vous avez à rendre. » (Rm 12, 1)

St Paul oppose le culte ancien et le nouveau culte :

- Dans l’ancien culte, on offrait quotidiennement des sacrifices, surtout des animaux

- Dans le nouveau culte, le chrétien est appelé à offrir sa propre personne comme hostie vivante. « C’est là le culte spirituel que vous avez à rendre » : St Paul veut dire : vous n’avez pas d’autre culte à rendre que celui-ci, c’est là pour vous la vraie religion, le cœur du christianisme. Il consiste dans votre vie de tous les jours, une vie de charité et d’offrande à l’exemple du Christ.

Ø  S. Lyonnet, dans Eucharistie et vie chrétienne, fait remarquer que le Christianisme naissant était tellement persuadé de la radicale différence de nouveau culte avec l’ancien, qu’il a soigneusement évité d’employer la même terminologie que dans l’ancien culte : on parle de « fraction du pain », repas du Seigneur, coupe de bénédiction. Aucune reprise des termes de l’ancien culte.

Ø  Par contre, il a systématiquement réservé la terminologie cultuelle pour désigner la communion fraternelle (p. 43) « Un emploi aussi caractéristique et aussi répété d’une terminologie cultuelle dans un [… contexte apparemment profane ] manifeste une intention. » Il veut montrer que le nouveau culte est tellement lié à la vie chrétienne de communion fraternelle qu’il forme avec elle une unité indivisible  (p. 45)

Ø  Donc le nouveau culte consiste avant tout dans la vie quotidienne de communion fraternelle, d’offrande de sa personne en hostie vivante

Ø  Is 53 : « Si tu donnes à l’affamé le pain de ton âme… ». Devenir pain offert ; pain pour le prochain. Le rejoindre dans sa faim et sa soif existentielles.

12. Synthèse

1.    L’eucharistie est le sacrement du Christ, pain de vie, nourriture pour la vie éternelle. Elle est le Repas du Seigneur, le nouveau Repas pascal où Jésus s’est donné lui-même en nourriture pour la vie éternelle.

2.    La notion d’Alliance est fondamentale dans l’eucharistie : elle se trouve dans tous les récits de l’institution. Dans l’institution de l’eucharistie, Jésus scelle l’alliance nouvelle et éternelle entre Dieu et l’humanité. Cette alliance est rappelée dans chaque eucharistie.

3.    Le Christ est présenté comme le véritable agneau pascal offert en sacrifice, et dont le sang est versé pour le salut du monde. L’eucharistie a une dimension pascale essentielle. Par elle, le mystère pascal se répand dans l’Église, fait croître l’Église.

4.    L’eucharistie est à la fois signe (promesse) et l’anticipation du banquet du Royaume. Chaque fois que nous participons à l’eucharistie, nous faisons mémoire du futur qui nous attend : le festin des noces de l’agneau dans le Royaume.

5.    L’eucharistie est action de grâces à Dieu pour tout ce qu’il a accompli et accomplit encore aujourd’hui dans la création et dans la rédemption (la nouvelle création). Elle est l’action de grâces de l’Église qui parle au nom de la création toute entière.

6.    L’eucharistie est le sacrement de l’amour du Christ pour les hommes. Le Christ peut se donner comme Pain de vie pour les hommes par le don de son corps et de son sang dans l’eucharistie, parce qu’il s’est donné corps (toute la personne) et sang (la vie, l’âme) lors de sa Passion.  L’eucharistie est le signe et l’actualisation du don que le Christ fait de lui-même à travers le sacrifice de sa vie et par sa résurrection.

7.    L’eucharistie comporte une dimension créatrice très importante. C’est un acte du Dieu créateur qui s’opère dans l’eucharistie. L’eucharistie nous offre le corps et le sang du Christ ressuscité (très important). La transformation que l’esprit créateur opère dans le pain et le vin est celle qu’il veut réaliser en nous. L’Esprit Saint réalise dans le pain et le vin ce qu’il veut réaliser en nous, c'est à dire une transformation créatrice, une transfiguration ou métamorphose.

8.    L’eucharistie est le sacrement fait par l’Église et qui fait l’Église. Elle constitue, édifie l’Église, le Corps mystique du Christ. Elle est communion au Corps et au sang du Christ, et a pour but de réaliser la communion des chrétiens entre eux. De même qu’il n’y a qu’un seul pain, les chrétiens sont appelés à ne faire qu’un seul corps, un seul cœur.

9.    St Thomas disait que l’eucharistie est le sacrement de l’unité de l’Église. Mais aussi le sacrement de la charité. Elle a donc pour but l’unité, la communion entre les chrétiens, la charité. Celui qui communie veut dire qu’il est uni au Christ et est en communion avec tous ses autres frères et sœurs qui ont communié au Corps et au sang du Christ

10. Le cœur de la religion chrétienne, de notre culte, consiste à offrir nos personnes en hosties vivantes, saintes et agréables à Dieu… A nous unir à l’offrande du Christ… A devenir pain offert, pain pour le prochain….

Michel Maret, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges