L’homme cocréateur de beauté

 

Lundi. La beauté sauvera le monde

A. Pourquoi la beauté : La beauté est la voie royale pour l’Evangile

Ø  Les philosophes de la Grèce antique parlaient de ce qu’ils appelaient les transcendantaux : l’être, l’unité, la vérité, la beauté, la bonté. Ces transcen­dantaux sont des propriétés fondamentales de l’être, qui sont comme des portes sur la transcendance, des chemins qui mènent à Dieu.

Ø  Cardinal Poupard (président du Conseil Pontifical pour la culture) : « Il est difficile aujourd’hui d’évangéliser par la vérité. La beauté peut-elle être une voie ? Le beau nous conduit à l’être de Dieu ; il dit plus que le vrai, que le bien. Si le bien dit le désirable, le beau dit la splendeur et la lumière d’une perfection qui se manifeste. » (Brigitte Sauvegrain, Troas N° 23, p.16)

Le Cardinal Poupard dira même que la Beauté est « la voie royale pour l’Évangile. »

Ø  Nicolas Bernardiev : « La beauté est la caractéristique suprême de l’existence »  et non pas quelque chose de secondaire dans l’existence (Tychique 48)

Ø  Dostoievski avait cette formule qui sera reprise par plusieurs penseurs au XXème siècle : « La beauté sauvera le monde »

Ø  Chantal Tavin : « La beauté ne mourra jamais car elle est la trace du divin en l’homme. » (Tychique 164, p. 8)

Ø  Maxime le Confesseur : « Le mot Royaume signifie la parfaite beauté. »

Ø  Maurice Zundel : « Dieu, c’est quand on s’émerveille. »

B. La beauté de la création, reflet de la beauté divine

Ø  Thomas d’Aquin : « L’existence de toute chose dérive de la beauté de Dieu. »

Ø  Dante : « La beauté de toute chose créée n’est rien d’autre qu’une similitude de la beauté divine participée dans les choses. »

Ø  Sagesse 13 : parle des hommes qui charmés par la beauté des créatures les ont prises pour des dieux : « Si, charmés par leur beauté, ils les ont prises pour des dieux, qu’ils sachent que leur Maître est supérieur, car c’est la source même de la beauté qui les a créées. (…) Qu’ils en déduisent combien est plus puissant Celui qui les a formés, car la grandeur et la beauté des créatures font, par analogie, contempler leur auteur. » (v. 3-5)

Ø  Romains 1, 20 : « Ce qu’il y a d’invisible depuis la création du monde, l’éternelle puissance et la divinité de Dieu, se laisse voir à l’intelligence à travers ses œuvres »  = connaissance naturelle de Dieu

Ø  Psaume 19, 2-3 : « Les cieux proclament la gloire de Dieu, et le firmament raconte l’ouvrage de ses mains ; le jour au jour en publie le récit et la nuit à la nuit en donne connaissance. Pas de paroles dans ce récit, pas de voix qui s’entende ; mais sur toute la terre en paraît le message et la nouvelle aux limites du monde. » La création est comme un livre ouvert qui proclame la gloire de Dieu

Ø  Ecclésiastique 39, 15-16. 33-34 : « Bénissez le Seigneur pour toutes ses œuvres. Magnifiez son nom, publiez ses louanges, par vos chants, sur vos cithares, et vous direz à sa louange : Quelles sont magnifiques toutes les œuvres du Seigneur ! (…) Les œuvres du Seigneur sont toutes bonnes - belles, il donne sa faveur à qui en a besoin, à l’heure propice. Il ne faut pas dire : "Ceci est moins bon que cela !" car tout en son temps sera reconnu bon - beau. »

Ø  Patriarche Athénagoras : « Quand vient le mois de février, j’attends que fleurisse l’amandier dans la cour du Patriarcat, alors je descends pour m’unir à la doxologie, au chant de gloire de l’amandier. »

Ø  Olivier Clément : « La création est un reflet, un hymne secret à la divine beauté » La création et sa beauté sont une porte ouverte sur Dieu et sa beauté.

Ø  La beauté du livre de la création : (P.-M. Delfieux, Tychique164, p. 33). « Le premier lieu d’évangélisation par la beauté, à jamais offert et ouvert sous nos yeux, est celui de la création ; il nous revient d’apprendre à en contempler les merveilles en découvrant le visage de Celui qui les a faites. »

Ø  Une jeune fille grecque lisant la Philocalie (amour de la Beauté ), était intriguée par ces expressions : "contemplation de la nature," "connaissance des êtres". Elle a cherché un sage qui pourrait les lui expliquer. Finalement, dans la montagne, elle avait rencontré un ermite qui lui dit : "Écoute, c’est peut-être cela : C’était le commencement de l’hiver, je priais dans mon cœur, tout à coup, levant les yeux, par la petite fenêtre que voici j’ai vu tomber les premiers flocons de neige. Alors j’ai compris la neige. » Comprendre Dieu en regardant tomber ses flocons, ses traces dans la création…

Ø  Les Pères de l’Église parlaient des semeia, des signes ou des traces de Dieu dans sa création. D’autres parlaient des logos spermatikos, des semences du Verbe de Dieu dans sa création

Ø  St Ephrem disait qu’il y a trois livres de la Révélation : avant même le NT et l’AT, il y avait déjà le livre de la création, qui est en elle-même une Révélation du visage de Dieu.

Ø  Histoire de St Antoine, Père du monachisme oriental. Trois érudits vinrent un jour le trouver dans son ermitage pour le mettre à l’épreuve. Voyant qu’il n’avait aucun livre, ils lui manifestent leur étonnement. Pour réponse, il leur montre la fenêtre en disant : « Je n’ai pas besoin de livre, tout est écrit ici ! » Notons que St Antoine avait quand même une Bible, le livre par excellence.

 

Office :

- Chant : Que tes œuvres sont belles

- Psaume de la création 103, lu, repris, chanté

- Lecture : Sagesse 13, 1-5

Mardi. L’émerveillement des saints devant Dieu et sa création

A. La découverte de la beauté par Ste Thérèse de Lisieux

Ø  Lors de son voyage à Rome, en passant à travers la Suisse, elle fut émerveillée. Elle disait. « Que ces beautés de la nature ont fait du bien à mon âme ! Comme elles l’ont élevée vers Celui qui s’est plu à jeter pareils chefs d’œuvre sur une terre d’exil qui ne doit durer qu’un jour… Je n’avais pas assez d’yeux pour regarder. Debout à la portière, je perdais presque la respiration, j’aurais voulu être des deux côtés du Wagon… » (Ms A p. 166)

Ø  Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus : « Dans la beauté de la nature, Thérèse adore la bonté de Dieu qui nous a donné de tels trésors. (…) Sainte Thérèse nous apprend que l’émerveillement est une composante de la contemplation, que la création nous est offerte comme une manifestation de la bonté de Dieu, plus encore que de la beauté. Apprendre à prier, c’est apprendre à ouvrir les yeux, à s’émerveiller… comme un enfant ! » (Troas N° 23, p. 29-30)

Ø  Thérèse voyait le Christ comme l’artiste des âmes. « Aimer ses sœurs, ou plus encore les éduquer, ne consistera pas pour elle à détecter et corriger leurs fautes ou leurs défauts, mais à découvrir leur beauté, même et surtout si elle est cachée à ses yeux. » (Sœur Thérèse de l’Enfant-Jésus, Troas N° 23, p 31) « Jésus l’Artiste des âmes est heureux qu’on ne s’arrête pas à l’extérieur, mais que pénétrant jusqu’au sanctuaire… on en admire la beauté. » (Ms C p. 252)

Ø   « François manifeste souvent son émerveillement devant la bonté et la grandeur de Dieu. Il est tout particulièrement ému et émerveillé devant la crèche de Noël (…) Pourquoi le Fils de Dieu a-t-il choisi de devenir tout petit enfant, fragile et impuissant ? Pourquoi le fils du Très-Haut, comme il aime à le nommer, s’est-il fait le Très-Bas livré entre les mains des hommes ? Pourquoi le Tout-Autre s’est-il fait le Tout-Proche ? Pourquoi, sinon par amour pour lui, François, part amour pour tous les hommes. Cet amour de Dieu pour l’homme qui l’amène à l’incarnation et à la passion bouleverse François au point que plus rien d’autre n’a d’importance. » (Itinéraires N° 43, 2003, p. 35.)

Ø  « François est tout particulièrement émerveillé devant la création et il l’exprime magnifiquement dans son Cantique de Frère Soleil. » (p. 35) « Dans ce cantique, François célèbre l’ensemble des éléments fondamentaux de la création : la lumière, l’air l’eau, la terre. Pour François, l’univers a beaucoup d’importance. C’est vraiment un don de Dieu, un cadeau de Dieu » (Op. cit., p. 36)

Chez St François, la louange de Dieu est inséparable de la louange des créatures. « C’est en célébrant les créatures et en fraternisant avec elles que François s’élève vers le Très-Haut. »

E. Leclerc : « Bien des hommes religieux et des penseurs spirituels qui ont exalté la transcendance divine l’ont fait en prenant une certaine distance par rapport à la création, surtout par rapport à la création matérielle. Parfois même ils ont affiché à l’égard de celle-ci de la hauteur, voire du dédain et du mépris. En se dévalorisant le monde matériel et en se désolidarisant de lui, ils croyaient se rapprocher du Très-Haut. Chez François, rien de tel. Au contraire, c’est avec toutes les créatures, en fraternisant avec elles, qu’il se propose de louer le Très-Haut et de se rapporter à lui. Dans son élan vers la Transcendance, il ne s’évade pas de sa condition cosmique. Il accepte humblement de goûter à la matière dont il est fait, et de l’accueillir comme une compagne. L’expression du cantique "avec toutes tes créatures" traduit donc, en premier lieu, un consentement cordial à notre condition de créature. (…) Mais en se rangeant ainsi du côté des créatures, François attend d’elles quelque chose : qu’elles l’aident précisément à louer le Très-Haut, à dire le sacré et à se rapporter à lui. "Avec toutes tes créatures", cela exprime donc la recherche d’une médiation. François demande aux créatures de lui révéler quelque chose du Créateur, de sa puissance, de sa bonté et de sa beauté » (Cantique 60 [1])

    L’attitude de François vis-à-vis de la création « se déploie tout entière sous le signe de la sympathie. "On n’avait jamais vu pareille affection pour les créatures", écrit Celano. (…) Cette sympathie et cette joie ne s’arrêtaient pas à la surface ; elles allaient au plus profond : "Il appelait frères tous les êtres. » (Cantique 61)

Ø  Il faut rappeler que « François a composé le Cantique de frère Soleil environ deux ans avant sa mort. Il est alors quasi-aveugle, (…) il ne supporte plus la clarté du jour et il vit le plus possible dans l’obscurité, dans le noir. » (Itinéraires N° 43, 2003, p. 35-36) C’est pourtant dans cette nuit profonde que François loue le Seigneur pour tout le bien qu’il nous fait, en particulier pour Frère Soleil. « C’est à travers la vision intérieure qu’il a de Dieu (…) qu’il peut, même aveugle, célébrer la création, la contempler. » (Itinéraires N° 43, 2003, p. 36.)

Ø  Selon Leclerc, « l’univers que célèbre François recèle un trésor. C’est ce trésor que sa louange s’efforce de tirer à la lumière. Toutes ces choses "précieuses", une pré­sence vivante les habite : une présence à la fois mystérieuse et intime. » (Cantique 229)

« Les choses parlent ici le langage de l’essentiel et de l’éternel. (…) Dans la splendeur de ce qui est simple brille la lumière de l’être. Cette lumière est l’aube du sacré. La plus humble des choses devient une annonciation » (Cantique 230) ou  une théophanie, une manifestation de Dieu.

Ø  Frère Soleil, frère Vent, sœur Eau, frère Feu, toutes ces images évoquent quelque chose du paradis perdu, à rechercher non pas dans le passé ou au dehors de soi, « mais au cœur même de l’homme, dans une rencontre et une réconciliation de la chair et de l’esprit. » (Cantique 231)

Ø  Antonin Alis, capucin, dit au sujet de St François : « Par l’incarnation, par la mort sur la croix et par la résurrection du Christ Jésus, l’homme est sauvé, mais aussi l’ensemble de l’univers. François, par d’autres Fioretti encore, fait découvrir concrètement que par le salut en Jésus-Christ l’homme est vraiment réconcilié avec Dieu, avec les autres (le lépreux, le sultan, les brigands…), avec la nature (le loup de Gubbio, le sermon aux oiseaux…). (…) François a pris cela au sérieux et nous invite à le suivre sur ce chemin. Il nous engage, dans l’humilité et la simplicité, à célébrer Dieu pour la merveille qu’il est et pour toutes les merveilles qu’il a créées. » (Itinéraires N° 43, 2003, p. 36)

Office :

- Chant : O Seigneur à toi la gloire ; Magnifique est le Seigneur, Avec des cris de joie

- Cantique de Frère Soleil, lu - repris

- Lecture : Sagesse 7, 24 – 8, 3 ; Ecclésiastique 40, 33-34

- Cantique Zacharie


Mercredi. La beauté dans le livre de la Genèse

Ø  Dans le livre de la Genèse, après chaque jour de la création, il est écrit : « Et Dieu vit que cela était bon – beau. » Tov, en hébreu signifie à la fois bon et beau. De même, dans la traduction grecque, kalon signifie à la fois bon et beau. Tov c’est donc inséparablement bon et beau. Devant sa création, Dieu s’émerveille.   « Et Dieu vit que cela était beau » signifie aussi que « la plus humble des créatures a donc des racines célestes. » (Olivier Clément, Tychique 164, p. 46)

Ø  Olivier  Clément : «La création est un reflet, un hymne secret à la Divine beauté. Dieu crée le monde comme le lieu de son incarnation. Le monde, dit Maxime le Confesseur, est appelé à devenir, dans cet embrasement divin, buisson ardent.(…), [Selon St Irénée] l’Esprit est le souffle vivifiant qui mène toutes choses vers leur accomplissement dans la beauté. » (Olivier Clément, Tychique 164, p. 46)

Ø  P.-M. Delfieux : « Le monde est beau parce que Dieu, le premier l’a voulu et l’a dit bel et bon. L’homme est respectable et digne de la plus grande attention parce que c’est Dieu, le premier, qui le créant à son image et à sa ressemblance a proclamé que "c’était très bon" » (Tychique 164, p. 34)

Ø  Etienne Turony : « La beauté est venue dans le monde avec la création, par la volonté de Dieu et la puissance de l’Esprit de lumière. Elle a été mise en toute chose et  en tout être. Dieu, dans sa grande bonté de Père a voulu nous la donner comme cadeau merveilleux afin que l’homme puisse être heureux. Oui, sœur Beauté, fille bien aimée de Dieu est née avec la création du monde. "Et Dieu vit que cela était bon" Dieu, la Beauté même, a été le premier à contempler la beauté. "Et Dieu vit que cela était bon !" : c’est l’exclamation de Dieu devant sa création. Elle lui plaît, il la trouve belle. (…)  Quand l’homme fut créé, la beauté déjà inondait la nature. La jardin resplendissait de lumière et ses premiers habitants étaient beaux. » (Tychique 164, p. 55)

Ø  Etienne Turony : « C’est le péché d’orgueil qui a tout gâché et jeté son ombre sur le monde ! Jetant un voile épais sur les yeux des hommes, à un point tel qu’Adam et Eve eurent honte de leur nudité et de leurs corps, pourtant chefs-d’œuvre d’un "Sculpteur excellent". Ainsi, l’homme aveuglé, ne fut plus capable de percevoir la beauté dont le Créateur a revêtu toute chose et tout être. » (Tychique 164, p.  56)

Ø  Le paradis perdu est à rechercher non pas dans le passé ou au dehors de soi, « mais au cœur même de l’homme, dans une rencontre et une réconciliation de la chair et de l’esprit. » (E. Leclerc, Cantique 231) Il faut retrouver la source de la beauté qui est au plus intime de nous-mêmes : « Oui ! La beauté comme une graine précieuse est semée par une main tendre dans le terrain fécond de notre être intime. Le siège de la beauté est notre cœur, aussi profond que celui de l’amour. "Tout ce qu’on contemple avec amour est beau" a dit Morgenstern, le poète. Le beau qui réside en notre cœur déborde par l’amour, il s’étend et envahit notre être pénétrant jusqu’en notre âme profonde. (…) Profondément vécu, le beau élève l’âme vers Dieu » (Thurony, Tychique 164, p  56-57)

Ø  Etienne Turony : « Le beau se donne dans la minuscule fleur des champs passée inaperçue qui risque d’être piétinée par le pied lourd de nos indifférences ! Beauté gratuite, apparemment inutile mais qui est là, et nous invite. (…) Ne faut-il pas souvent se baisser, se courber pour découvrir la beauté dans les tout-petits ? Ne faut-il pas s’abaisser pour la rencontrer chez les pauvres et les petits, si souvent ignorés ? » (Tychique 164 p. 55)

Office :

- Chant : Psaume de la création

- Psaume 19

- Cantique des Trois enfants

- Psaume 148

- Lecture : Gn 1


Jeudi. Devenir cocréateur de beauté

Ø  2ème récit de la création, Gn 2, 4-15 : Au temps où Dieu fit le ciel et la terre, il n’y avait encore aucun arbuste des champs et aucune herbe des champs n’avait encore poussé, car Yahvé Dieu n’avait pas encore fait pleuvoir sur la terre et il n’y avait pas d’homme pour cultiver le sol. (…) Yahvé Dieu planta un jardin en Eden, à l’orient, et il y mit l’homme qu’il avait modelé. (…) Yahvé Dieu prit l’homme et l’établit dans le jardin pour le cultiver et le garder. » Dieu veut que l’homme participe à son œuvre de création. Il veut faire de lui un collaborateur, un cocréateur d’un monde beau.

1 Co 3, 9 : « Nous sommes les collaborateurs de Dieu ; vous êtes le champ de Dieu, l’édifice de Dieu. »

Ø  Olivier Clément : «  Créé à l’image et appelé à la ressemblance de Dieu, l’homme, quand il puise à sa source, est cocréateur de beauté. » (Tychique 164, p.  45)

« L’homme est appelé à devenir libérateur et créateur de beauté en rendant ressemblante l’image de Dieu qui le fonde et l’appelle. » (Tychique 164, p. 48)

Ø  Jean-Paul II : Toute œuvre créatrice belle « renferme en elle-même quelque frémissement de ce "souffle" dont l’Esprit créateur remplissait dès les origines l’œuvre de la création. » (Lettre de J.-P. II aux artistes, 1999,  Troas N° 23, p.  5)

Toute œuvre d’une beauté authentique, « comme un reflet de l’Esprit de Dieu, transfigure la matière, ouvrant les esprits aux sens de l’éternité ! » (Lettre de J.-P. II aux artistes, 1999,  Troas N° 23, p. 5)

Ø  Notre travail de cocréateur consiste à faire advenir de la beauté en ce monde : « Chaque fois que nous travaillons et oeuvrons dans et pour la beauté, nous retrouvons la musique et l’harmonie profonde des choses. » (Chantal Tavin, Tychique 164, p. 8)

Ø  En créant de la beauté, en oeuvrant pour rendre le monde beau, l’homme rend ainsi à nouveau présent le jardin d’Eden.

Ø  Travailler peut être un acte créateur, à l’image de la parole créatrice au jardin d’Eden.

Réaliser une œuvre créatrice belle, en particulier dans l’art, mais aussi dans d’autres domaine comme le travail, « c’est déchirer le rideau du Temple, c’est dévoiler, faire voir l’invisible » (André Gence, Tychique 164, p. 13), c’est découvrir une facette de Dieu et de sa beauté. Réaliser une œuvre belle rend visible quelque chose de Dieu.

Créer, c’est établir ou rétablir l’harmonie des choses, l’harmonie de la création, l’harmonie originelle que Dieu a voulu pour l’homme.

Ø  Le siège de la beauté est notre cœur. Nous sommes appelés a retrouver la source de la beauté dans notre cœur : « Le beau qui réside en notre cœur déborde par l’amour, il s’étend et envahit notre être. » (Thurony, Tychique 164, p.  57)

Ø  Paul VI : « Ce monde dans lequel nous vivons a besoin de beauté pour ne pas sombrer dans la désespérance. La beauté, comme la vérité, c’est ce qui met la joie au cœur des hommes, c’est le fruit précieux qui résiste à l’usure du temps. » (Message aux artistes, 8 décembre 1965)

 

Prière :

- Chant: Que chante pour toi

- Ps 145-146

- Lecture : Gn 2, 4-15 ; 1 Co 3, 8ss

 

Vendredi . Celle qui s’est laissé revêtir de la Beauté de Dieu

 

Ø  L’Assomption, c’est le mystère de l’élévation, en son corps et en son âme, de Marie dans la gloire céleste, au sein de la Trinité.

Ø  Une des lectures proposées pour la fête : Isaïe 61, 10 : « Je tressaille  de joie dans le Seigneur, mon âme exulte en mon Dieu. Car il m’a revêtu du manteau de l’innocence, il m’a fait revêtir les vêtements du salut, comme l’époux orné d’un diadème, comme une fiancée parée de ses bijoux. »

Ø  Un autre texte proposé pour la fête : Ap 21, 2 : « Je vis la Cité sainte, la Jérusalem nouvelle, qui descendait du ciel d’auprès de Dieu. Elle s’est faite belle, comme une jeune mariée parée pour son époux. J’entendis une voix clamer, du trône : Voici la demeure de Dieu avec les hommes. »

Ø  Chant de Marc Donzé : « Tu es noire et pourtant belle, car il t’a revêtu de sa beauté. »

Ø  Marie, durant toute son existence, s’est progressivement laissé revêtir de la beauté de Dieu. Elle est devenue transparence de l’amour de Dieu, transparence de sa beauté jusque dans son corps. Marie est belle de la beauté même de Dieu. C’est pourquoi son corps peut être glorifié avec son âme lors de l’Assomption.

Ø  Le projet de Dieu accompli en Marie est le projet qu’il veut aussi réaliser en chacun de nous : Au ciel, nous seront transparents, miroirs de Dieu, reflets de sa beauté.

Et c’est notre personne tout entière qui est appelée à participer à la gloire de Dieu, y compris notre corps. C’est pourquoi nous devons l’y préparer dès cette terre. Notre corps doit commencer à se transfigurer dès maintenant ; il doit se spiritualiser, se laisser revêtir de la beauté de Dieu. Il y a une science de laisser l’amour pénétrer tout l’être de façon à ce que l’amour ressorte dans tous les gestes.

Ø  Pour suivre ce chemin de transfiguration qui doit m’amener à la gloire, je n’ai qu’à regarder Marie : elle veut me faire participer à sa  propre façon de recevoir, d’aimer et d’adorer Jésus, de se laisser revêtir de la beauté de Dieu.

 

Prière

- Chant : Tu es noire et pourtant belle, car il t’a revêtu de sa beauté (Marc Donzé)

- Ps 44: lu, repris, chanté

- Lecture: Is 61, 10ss ; Ap 19 ;  21

- Intercession: PTP 1434


Samedi. L’éthique, chemin pour retrouver la beauté intérieure

 

Ø  L’éthique est la science qui s’occupe des actes humains, et qui vise à ce que ces actes soient bons.

Ø  Emmanuel Kant : « Le beau est le symbole du bien moral. » 

Ø  L'étjique dessine le chemin, ou la sagesse, pour choisir la vie. Cf. Dt 30 : « Vois, je te propose aujourd’hui vie et bonheur, mort et malheur. (…) Je prends aujourd’hui à témoin contre vous le ciel et la terre : je te propose la vie ou la mort, la bénédiction ou la malédiction. Choisis donc la vie, pour que toi et ta postérité vous viviez, en aimant le Seigneur ton Dieu, en écoutant sa voix et en t’attachant à lui, car là est la vie. »

L’éthique est la sagesse pour poser des actes bons, des actes beaux (cf. tov en hébreu), imprégnés de la bonté et de la beauté de Dieu.

Le chemin pour devenir toujours plus image et ressemblance de Dieu

Jan Patocka : « La morale n’est pas là pour faire fonctionner la société, mais tout simplement pour que l’homme soit l’homme.» « Tout devoir moral repose sur ce qu’on pourrait appeler le devoir de l’homme envers lui-même » [2]

Ø  Xavier Thévenot : « Par la grâce de Dieu, nous sommes les artistes de nos vies. (…) Je dirai volontiers que nous sommes les sculpteurs de nos vies. Tout notre  génie créatif devra se mettre dans le modelage de ce "matériau » reçu de Dieu afin de faire œuvre belle pour lui » (Une éthique pour l'Evangile, p. 67) Donc, par ses choix, par ses actes, l’homme est l’artiste ou l’artisan de sa propre destinée, artiste ou artisan d’une œuvre belle.

Ø  L’acte bon est celui dans lequel Dieu peut se reconnaître

L’acte bon est toujours porteur de beauté. Il cherche à construire, à aimer, à éclairer, à purifier, à rassembler. Inversement, le péché, le mal est laid, porteur de dysharmonie. Le péché suscite la haine, la violence, la division, la guerre, la destruction, l’obscurité.

Ø  Olivier Clément : «  Créé à l’image et appelé à la ressemblance de Dieu, l’homme, quand il puise à sa source, est cocréateur de beauté. » (Tychique 164, p. 45)

« L’homme est appelé à devenir libérateur et créateur de beauté en rendant ressemblante l’image de Dieu qui le fonde et l’appelle. » (Tychique 164, p. 48

Ø  St Augustin, dans ses confession, écrivait par rapport à la beauté. « Tard je t’ai aimé, Beauté si antique et si nouvelle, tard je t’ai aimée… je te cherchais au-dehors et tu étais au-dedans. » Pourtant, dans ses confessions, Augustin ne renie pas le dehors, la création. « Le dehors n’est pas inutile, bien au contraire. Mais d’émerveillement en émerveillement, parce qu’il est porteur de présence et de beauté, il conduit au cœur. »  

Ø  Le siège de la beauté est notre cœur. Nous sommes appelés a retrouver la source de la beauté dans notre cœur. L’éthique nous dessine le chemin pour retrouver cette source de la beauté dans notre cœur.

Prière :

- Chant : Choisis la vie

- Psaume 25

- Dt 30

                                                                                                                                    Michel Maret, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges



[1] Eloi Leclerc, Le cantique des créatures. Abrégé Cantique, suivi du numéro de la page.

[2] Le Monde, 10 février 1977, Cité in Valadier, La conscience 13. Patocka est mort un mois après, victime de ce qu’il dénonçait.