Isaïe 43 : Le Nouvel Exode

14.     Ainsi parle le Seigneur, votre Rédempteur, le Saint d’Israël :

         à cause de vous j’envoie quelqu’un à Babel,

je ferai tomber tous les verrous, et les Chaldéens le lamenteront à grands cris.

15.     Je suis le Seigneur, votre Saint, le Créateur d’Israël, votre Roi.

16.     Ainsi parle le Seigneur,

         lui qui mit un chemin dans la mer,

dans les eaux puissantes un sentier,

17.     qui fit partir en campagne chars et chevaux,

         armée et vaillants guerriers tous ensemble ;

         ils sont couchés, ils ne se relèveront pas,

         ils sont éteints, comme une mèche ils se seront consumés.

18.     Ne vous souvenez plus des premiers événements,

         ne pensez plus aux choses passées,

19.     voici que je vais faire du nouveau,

         elle germe déjà, ne l’apercevez-vous pas ?

         Oui, je vais mettre un chemin dans le désert,

         Et des fleuves dans la steppe.

20.     Les bêtes sauvages m’honoreront, les chacals et les autruches,

         car je mettrai dans le désert de l’eau et des fleuves dans la steppe,

         pour abreuver mon peuple, mon élu.

21.     Le peuple que je me suis façonné publiera mes louanges.

 

1.      Introduction

Ø  Le livre d’Isaïe est considéré parfois comme le 5ème Évangile. C’est d’ailleurs le livre le plus cité dans le NT[MM1] . C’est le livre prophétique où les annonces des temps messianiques sont les plus fortes et les plus abondantes.

Ø  On distingue usuellement trois parties dans le livre d’Isaïe :

- 1-39   : écrite avant l’exil à Babylone

- 40-55 : Livre de la consolation d’Israël, écrit pendant l’exil

- 56-66 : écrite après l’exil                       

2.      Contexte historique

Ø  Le deuxième Isaïe : est 170 ans postérieurs au 1er Isaïe. Jérusalem a été prise et détruite ; le peuple hébreu a été déporté (586) et est captif à Babylone. Trente ans après le début de cet exil, Cyrus devient le roi des Perses. Ses options politiques, ses victoires successives laissent entrevoir qu’une libération pourrait être possible. Il sera en fait l’instrument de Dieu pour la délivrance du peuple.

Ø  Le prophète a prêché en Babylonie entre les premières victoires de Cyrus II, en 550 av. J.-C., qui laissaient présager la ruine de l’empire babylonien, et l’acte de libération en 538[MM2] . Le contexte de ce Livre de la consolation est donc les 12 dernières années d’exil, durant lesquelles l’espérance d’une libération commençait à apparaître.  Le prophète annonce que le Seigneur va libérer son peuple.

Ø  L’exil va durer 49 ans, sept semaines d’années (= année de jubilé, année de grâce). Entre les premiers signes d’espoir, en 550, et la libération effective, vers 538, 12 longues années vont s’écouler.

Ø  Il faut signaler que la libération a été opérée par Cyrus, un « Messie païen » !

Ø  Contexte des déportations: d’une cruauté inimaginable ; cf. les déportations dans les camps de concentration, durant la dernière guerre mondiale. L’exil était moins rude, mais néanmoins douloureux (éloignement du temple ; cf. Ps 136-137).

3.      Message du livre de la consolation[MM3]  

Ø  La consolation y est évidemment le thème principal. Les images utilisées par le prophète pour décrire la libération et la consolation qui en découle sont extrêmement fortes. Elles vont bien au-delà de la libération opérée par Cyrus (du moins dans les textes qui suivent); elles laissent entrevoir la réalisation définitive du dessein de Dieu, son règne universel de justice et de paix :

- Annonce d’un Nouvel Exode, une nouvelle délivrance.

- Annonce d’un complet renouveau, d’une Nouvelle création. Thème du Dieu créateur lié à celui du Dieu sauveur.

- Textes eschatologiques dans lesquels il y a une distinction entre deux temps : celui des choses passées et celui des choses à venir, d’un nouvel ordre.

4. Structure

Ø  On peut diviser notre texte en trois parties : 

-  V. 14-15 : Annonce de la libération de l’exil à Babylone : Ainsi parle le Seigneur…

-  V. 16-17 : Evocation du passage de la Mer Rouge : Ainsi parle le Seigneur…

V. 18-21 : Annonce des prodiges du nouvel Exode

 

5.  Thèmes

Première partie

Ø  v. 14. 16, aussi au v. 1 Ainsi parle le Seigneur : L’introduction donne un caractère solennel à ce qui va suivre. Les exégètes notent une grande fréquence des  références au Seigneur, ou à Dieu en Isaïe. Dans l’introduction, le Seigneur, mentionné deux fois, est accompagné de 5 titres : votre Rédempteur, le Saint d’Israël, votre Saint, le Créateur d’Israël, votre Roi. Avec le possessif votre à trois reprises, pour souligner la proximité de Dieu.

Est-ce que je crois que Dieu est réellement dans ma vie le tout proche qui me parle au cœur ? 

§  ce peut-être des rencontres de personnes qui nous éveillent à la vie, « à la partie vivante en nous ». Des personnes qui ont posé sur nous un regard d’espérance, qui ont vivifié en nous quelque chose de précieux, de sain, de fort ?

§  ce peut-être une expérience spirituelle en lien avec la Parole de Dieu où nous sommes fortement rejoints et où nous percevons intérieurement, qu’il y a quelque chose de grand, une expérience qui provoque un élan, une mise en route, une ouverture à nous-mêmes, aux autres à Dieu.

Ø  Votre rédempteur = le go’el : la notion de Rédemption, que l’on traduit parfois par rachat, est un thème très important du livre de la Consolation, il revient 17 fois. Mais ce  thème prête à beaucoup de confusions.

En hébreu, le go’el est un proche parent qui intervient dans des situations désespérées en faveur d’un membre de sa famille ; et qui en a en quelque sorte le devoir. Vis-à-vis de celui qui est mort sans enfant, le go’el lui donne une postérité en épousant sa veuve (cf. Rt 3,12-4,14). Vis-à-vis d’un parent emprisonné pour dettes ou tombé dans l’esclavage, le go’el peut payer ses dettes ou le racheter.

Affirmer que le Seigneur est le Rédempteur (go’el) d’Israël, « - c’est dire que le Seigneur se considère comme un proche parent d’Israël (…) c’est affirmer qu’il se considère de ce fait comme tenu par un devoir sacré d’intervenir (en sa faveur) ; c’est donc être sûr que la toute puissance du Seigneur va être mobilisée pour sauver le peuple écrasé, privé de sa liberté… » (Cahier d’Évangile 20, p. 47)

La traduction française racheter (et pire encore les théories de la satisfaction ou de la substitution) déforme la notion juive du go’el. Ce qui est central dans celle-ci, c’est le lien de parenté entre Dieu et son peuple, absente dans la notion de rachat. D’autre part, la notion de rachat introduit l’idée de transaction commerciale, absente dans le go’el. D’autant plus que quand il s’agit du Seigneur, il est clair qu’il ne doit rien à personne.

Ø  Le Saint d’Israël : C’est une expression qui apparaît tout au long du livre d’Isaïe, alors qu’elle est pratiquement absente du reste de la Bible. Elle exprime à la fois l’absolue transcendance et la proximité de Dieu :

« Il est le Saint, celui qui est au-dessus de tout, totalement " autre" que l’homme ; celui qu’Isaïe a contemplé dans le Temple au jour de sa vocation (Is 6, 1-5) ;

- mais ce même Dieu a choisi de faire alliance avec un peuple, et de se lier pour toujours avec lui » (Cahier d’Évangile 20 p. 47). Il est ainsi devenu le Saint d’Israël.

Le Seigneur est donc à la fois le tout autre et le tout proche.

L’infiniment grand se fait tout proche de l’infiniment petit (Is 41, 14 : vermisseau de Jacob, larve d’Israël).

Ø  Le créateur d’Israël : La notion de Dieu créateur ne se réfère pas seulement à la création du monde décrite dans le livre de la Genèse : Elle se réfère aussi à la création du Peuple de Dieu et à l’action de Dieu dans l’histoire de son peuple. Is 43, 1 : « Ainsi parle le Seigneur, celui qui t’a créé, Jacob, qui t’a modelé, Israël. Ne crains pas, car je t’ai racheté ». Ici, c’est la création du Peuple de Dieu qui est visée. Is 64, 7 : « Seigneur, tu es notre Père, nous sommes l’argile, tu es notre potier, nous sommes tous l’œuvre de tes mains »

Le Dieu créateur est aussi le Dieu recréateur, qui ne peut laisser sa création abîmée. Dans la pensée biblique, « la totalité des choses et des événements est création de Dieu » (Cahier d’Évangile 20 p. 38). Ce n’est pas un Dieu qui, comme un horloger, aurait lancé sa création une fois pour toute, mais qui continue cette création tout au long de l’histoire humaine.

Pour la pensée biblique, créer c’est faire de quelque chose de radicalement neuf, comme Dieu seul peut le faire ; en particulier lorsque la situation est humainement inextricable. La naissance du Peuple de Dieu, avec la sortie d’Égypte et le passage de la Mer Rouge est un acte créateur. Les actes par lesquels Dieu sauve son Peuple, par lesquels il fait revivre son Peuple ou le rétablit dans son Alliance sont aussi des actes créateurs.

Il y a donc la création originelle, la création historique d’Israël, la création rédemptrice, et Dieu qui continue sans cesse de créer.

Cette notion de Dieu créateur d’Israël sera  reprise au dernier verset : « le peuple que je me suis façonné ».

Dieu est celui qui sans cesse pose des actes créateurs en moi, dans ma vie, autour de moi.

Comment cette parole rejoint-elle quelque chose de mes propres expériences ? Je peux faire mémoire et relire comment ai-je déjà traversé des passages difficiles et qui après coup ont fait naître en moi quelque chose de nouveau.

Ø  votre Roi : Le thème du Royaume de Dieu occupe une place capitale, aussi bien dans l’AT que dans le NT. Suite à l’expérience plus ou moins heureuse des rois en Israël, mais le plus souvent désastreuse, les prophètes annoncent un roi futur, rejeton de la souche de David ; ce Roi sera animé par l’Esprit du Seigneur, il apportera la paix et fera régner la justice, et Israël deviendra comme un paradis terrestre. Et, de plus en plus, ce Roi porte des attributs divins. Is 9 : Dieu fort, Père éternel, Prince de la paix. Dans ce texte ce Roi, c’est Dieu lui-même : Dieu seul peut faire régner une justice parfaite apporter une paix éternelle

A partir de l’Exil, l’attente du Royaume de Dieu va devenir le point central de l’espérance d’Israël. Mais la dimension politique de ce Royaume est toujours bien présente : encore au temps de Jésus, on attend du Roi qu’il libère Israël de la domination romaine.

La proclamation de la venue du Royaume est un élément essentiel de la prédication évangélique du Christ : « Dès lors, Jésus se mit à dire : Repentez-vous car le Royaume des cieux est tout proche. » (Mt 3, 2) Avec la venue du Christ, ce Royaume de Dieu est déjà là, il est au-dedans de nous : « Voici que le Royaume de Dieu est au milieu de vous. » (Lc 17, 21) Avec le Christ, la notion de royaume est complètement spiritualisée, déchargée de toute dimension politique. Jésus est le Roi doux et humble de cœur qui ne brise pas le roseau froissé, qui n’éteint pas la mèche qui faiblit.

Ø  « Ce n’est pas dans un monde de rêves, mais dans notre environnement quotidien que nous pouvons observer la secrète germination du règne de Dieu, la lente montée de l’Esprit, de la sève de l’amour au cœur de l’humanité » (Michel Hubaut)

Que signifie la venue du Royaume en moi, dans ma vie ? 

§  Quelles espérances, quelles attentes ? Quels espoirs ont été enterrés par moi, ont été contrecarrés par d’autres personnes ou par les événements ? C’est peut-être justement là que j’ai à laisser entrer cette Parole : « Voici le Royaume de Dieu est au milieu de nous. »

§  Peut-être ai-je aussi à me laisser interroger par un « trop » dans ma vie, une abondance (de toute sorte) qui laisse un goût d’insatisfaction, de manque essentiel et qui me met dans une attitude de somnolence ?

§  Être attentif à tous « les commencements », que je vois en moi et autour de moi et qui sont  de l’ordre du Royaume.

§  Comment est-ce que je repère les semences du Royaume dans cette terre promise qui est un au-dedans et que je suis appelé à cultiver ? Qu’est-ce qui en moi est appui solide sur lequel construire ?

Deuxième partie

Ø  Les v. 16-17 font référence à l’Exode.

Le thème du Nouvel Exode est très important dans le Livre de la consolation.

Cahier d’Évangile 20 : « Le deuxième Isaïe. Le prophète du nouvel Exode »

Ø  Le terme Exode (exodos) désigne l’action de sortir, le chemin de sortie. Dans le langage biblique, il signifie la sortie du peuple captif en Égypte, le passage de la Mer Rouge, et son chemin à travers le désert en vue de la terre promise, avec tous les signes et prodiges accomplis par Dieu.

Pour Israël, l’Exode est un événement fondamental, fondateur, auquel sans cesse les textes bibliques se réfèrent. L’Exode est le prototype et le gage de toutes les délivrances opérées par Dieu envers son peuple.

Ø  Ce texte fait mémoire de l'événement fondateur du Peuple de Dieu, et pour nous : l'Exode, avec la libération d’Égypte, le passage de la Mer Rouge et la marche à travers le désert.

Ø  Il faut bien se mettre dans la tête que l’événement fondateur de notre foi est une libération : libération d’Égypte, libération de l’Exil, mais aussi libération apportée par le Christ. Jésus, lorsqu’il commence son ministère à Nazareth, s’approprie ces paroles du prophète Isaïe : Lc 4, 18ss « L’Esprit du Seigneur est sur moi parce qu’il m’a consacré par l’onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres. Il m’a envoyé annoncer aux captifs la délivrance… renvoyer en liberté les prisonniers…. Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Ecriture. »

St Paul dit, en Ga 5, 1 : « C’est pour que nous soyons vraiment libres que le Christ vous a libérés. »  5, 13 « Vous en effet, c’est à la liberté que vous avez été appelés »

Dieu veut faire de nous des hommes libres : La gloire de Dieu c’est l’homme vivant, libre !

Le Seigneur va promettre un nouvel Exode, encore plus merveilleux que le 1er. Le Christ est celui qui vient opérer en nous le vrai passage de l’esclavage à la liberté. Dieu promet aussi une nouvelle création.

Troisième partie

Ø  Ne vous souvenez plus des premiers événements, ne pensez plus aux choses passées : se réfère soit aux malheurs récents, soit à toute l’histoire passée, avec ses hauts et ses bas, soit enfin à l’Exode.

Dans la Bible, on ne parle du passé qu’en fonction de l’avenir : ce que Dieu a fait par le passé, c’est ce que Dieu veut faire dans l’avenir, et en plus grand encore.

La mémoire dans l’AT : Selon notre texte, le peuple de Dieu faisait mémoire, mais sans vision d’avenir, dans la désespérance. Or, ce n’est pas la conception hébraïque de la mémoire : dans celle-ci, la mémoire est promesse d’avenir.

Le prophète dit que le plus merveilleux n’est pas dans le passé, mais il est dans l’avenir. Il y a annonce de quelque chose de nouveau, de radicalement nouveau. Non seulement il y aura un Nouvel Exode, mais il sera tellement beau que l’on oubliera l’ancien ; les prodiges de la sortie d’Égypte seront éclipsés. [1] Le Dieu créateur va intervenir par un nouvel événement créateur.

Il y a un paradoxe dans ce texte : d’une part, il rappelle l’Exode, d’autre part, il dit de ne plus s’en souvenir. Et le livre du Deutéronome est ponctué par l’interpellation : « N’oublie pas le Seigneur ton Dieu qui t’a fait sortir de la maison d’esclavage ». Mais, c’est précisément ce souvenir qui permet de croire à une intervention de Dieu aujourd’hui. Il ne faut pas se souvenir de ces événements sans voir ce qu’ils signifient pour l’avenir.

Ne vous souvenez plus des premiers événements, ne pensez plus aux choses passées : Quelles sont ces choses passées dont j’ai à faire le deuil ? Que veulent-elles me montrer pour l’avenir ? De sorte que le chemin du deuil devienne lui-même chemin de re-création.

Ø  Le Nouvel Exode peut signifier dans ma vie, après une première conversion, après une part de chemin avec Dieu, un tournant dans ma vie, une conversion plus radicale, un événement important qui bouleverse toute ma hiérarchie des valeurs, qui bouleverse fondamentalement le sens que je m’étais donné à la vie, une crise dans l’existence qui ébranle mes fondations, et qui m’oblige à poser d’autres fondations.

Ø  Le Nouvel Exode, ce peut-être une seconde conversion dans son existence. Jean-Claude Sagne  Beaucoup peuvent entendre l’appel à être confiant, l’appel à être docile à l’Esprit-Saint. Il y a là une sorte de bonne volonté que beaucoup peuvent entendre, admettre et tenter de vivre. Mais le seuil, c’est quand on passe de cette disposition un peu générale à la disposition de tout donner, à la décision de tout faire purement et simplement agi par l’Esprit-Saint, non seulement se laisser conduire par l’Esprit mais ne se laisser conduire que par lui. C’est la différence entre le bon cœur et l’absolu d’une passion d’amour. » (Thérèse Couderc et la vie dans l’Esprit, p. 3)

Jean-Claude Sagne : « De la conduite de l’Esprit-Saint on passe à la conduite sans réserve, c'est à dire, de la bonne volonté on passe au désir de la perfection, au désir de la sainteté. L’âme s’allume d’amour, tout est pris et consumé : l’holocauste, comme dira par la suite Mère Thérèse. » (op. cit., p. 5)

Ø  Le Nouvel Exode, ce peut être une Nouvelle naissance…

Quel est ce Nouvel Exode auquel je me sens appelé dans ma vie ? 

§  « La vie est une suite ininterrompue d’attachements et de séparations, de morts et de naissances. Il faut sans cesse accepter de mourir à un état pour naître à un autre. C’est à ce prix que la vie continue. Le deuil fait donc partie de la vie ; il en est même un élément fondateur. » (J. Monbourquette, Groupe d’entraide pour personnes en deuil)

§  L’Exode est une expérience de libération, de délivrance, d’alliance nouvelle. Ai-je moi aussi vécu de telles expériences, à l’échelle de ma propre histoire personnelle ? Quels seuils de croissance humaine et spirituelle ces expériences m’ont-elles fait franchir ?

§  Y’a-t-il des événements, des  situations, des signes dans ma vie que je reconnais comme un appel à faire un choix qui entraîne une orientation nouvelle, un appel à un davantage, à aller vers le large, l’inconnu, l’espérance, vers un nouveau sens à donner au cœur de ma vie de chaque jour ?

Ø  Elle germe déjà : cf. Is 5, 2-5  le germe d’Israël exprime soit le Messie, soit le petit reste duquel naîtra un peuple nouveau. La notion de germination est souvent liée à celle de Messie. Jésus reprendra l’image de la germination pour exprimer le Royaume de Dieu : « Le Royaume de Dieu est comparable à un grain de sénevé qu’un homme a pris et jeté dans son jardin :  il croît et devient un arbre, et les oiseaux du ciel s’abritent dans ses branches. » (Lc 13, 19)

Ne l’apercevez-vous pas ? Renvoie à une réalité déjà présente, mais qu’il faut savoir reconnaître, en germe. Dans le cas concret, ce germe à reconnaître était l’arrivée au pouvoir de Cyrus, roi des Perses, qui les délivrera de la domination babylonienne. (dans le jardin en hiver : Il y a plein de plantes qui germent sous les feuilles, qui sortent déjà de terre, il faut fouiller un peu. Les bourgeons des arbres : tout est déjà là, prêt). La germination est quelque chose d’extrêmement discret ; mais dans la plante qui germe, tout est déjà contenu, toute la promesse de la plante à venir est là.

Quelles sont ces graines qui germent en moi, autour de moi, et qui sont promesses de vie ? 

Ø  Les images utilisées pour exprimer ce nouvel Exode sont celles d’une transformation de la création, d’une harmonie rétablie dans la création :

- La première image : la transformation du désert en un lieu ruisselant d’eau, des lieux arides en lieux fertiles. Image que se retrouve à plusieurs reprises dans le livre de la Consolation : Is 35, 5-7 ; Is 41, 18-20

Certains textes du Livre de la consolation présentent les temps messianiques comme la transformation du désert en paradis. Le désert serait ainsi le lieu où doit venir le Messie[MM4] .

- la deuxième image « Les bêtes sauvages m’honoreront » exprime une transformation des bêtes sauvages. // Is 11 : « Le loup habitera avec l’agneau ; la panthère se couchera avec le chevreau… » Se rappeler que les animaux étaient parfois utilisés dans l’orient ancien pour symboliser les êtres humains ou les classes sociales.  Dans cette nouvelle création, il y a harmonie entre les opposés, entre les incompatibles, harmonie entre les animaux qui devraient se dévorer. Harmonie entre les êtres humains ennemis…

Être attentif au parallélisme entre Les bêtes sauvages… et  Le peuple que je me suis façonné…

- La troisième image : « Le peuple que je me suis donné publiera mes louanges ». Exprime une transformation de l’être humain qui devient enfin ce que Dieu voulait dans son dessein créateur : un être de louange. Cf. Le Principe et fondement de St Ignace : « L’homme est crée pour louer, respecter et servir Dieu, et par là sauver son âme, et les autres choses sur la face de la terre sont créées pour l’homme, et pour l’aider dans la poursuite de la fin pour laquelle il est créé. »

La louange, l’action de grâces est une dimension fondamentale du christia­nisme. Le chrétien est un être de louange. Les termes eucharistia, eucharisteo (eucharistie, eucharistier = action de grâces, rendre grâce,) se retrouvent plus de 60 fois dans le NT. La notion d’action de grâces est donc fondamentale pour les chrétiens ; la vie chrétienne est (devrait être) une action de grâces, une eucharistie (cf. Renouveau charismatique).

Ø  Dieu promet un nouvel acte créateur par lequel il veut rendre à sa création son vrai visage. Il vient transformer  nos déserts, nos lieux arides, sans vie, sans eau, en lieux de vie, en lieu fertiles.

Dieu veut venir pacifier toutes nos bêtes sauvages intérieures, faire que le loup habite avec l’agneau, la panthère avec le chevreau… (cf. Is 11) Il veut faire de nous un être de louange, ce pour quoi nous sommes créés.

Quels sont dans ma vie ces déserts que le Seigneur veut venir transformer en lieux ruisselants d’eau ? 

Quelles sont en moi ces bêtes sauvages qui auraient besoin d’être apprivoisées ? 

Devenir un être de louange :  qu’est ce que cela signifie concrètement pour moi, à quoi est-ce que cela m’appelle ? 

Ø  Le texte d'Isaïe parle de cette nouvelle création comme quelque chose qui germe, qu'il faut reconnaître : notre tâche est de repérer, notre monde, dans notre vie, des lieux où cette nouvelle création germe. Et si nous avons de la peine à les reconnaître, nous sommes renvoyés, un peu comme Jean-Baptiste, aux signes du Royaume. Partout là où l'amour arrive à triompher de la haine, là où le pardon triomphe de la violence, là où la paix prend la place de la guerre. Partout où le Royaume de Dieu est réellement présent.

Ø  M. Zundel a une autre image qu’on peut relier à cette idée de Nouvel Exode : Il disait que le monde nouveau, c’est celui qui naîtra de l’amour « quand notre vie sera devenue un consentement d’amour, au point de devenir le berceau de la naissance de ce monde nouveau. » (Messager de St François, p. 8)

Ø  Telle est bien la couleur de notre attente pendant l'Avent : nous devons être tendus vers l'heure de la venue de Jésus non seulement comme vers l'heure de sa nais­sance, mais aussi de la nôtre. C'est-à-dire l'heure de notre re-naissance ou nou­vel­le naissance, l'heure de notre recréation à l'image et à la ressemblance de Dieu.


Michel Maret, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges



[1] Cf. VTB 422 ; 423 ; CE 20 p. 41-42


 [MM1]TOB 743

 [MM2]BJ, p. 1078

 [MM3]BJ 1079

 [MM4]cf. VTB 264 ; Ap 12