Isaïe 61 : L’annonce de la bonne nouvelle

 

1.    L’esprit du Seigneur Dieu repose sur moi,

car le Seigneur m’a consacré par l’onction.

Il m’a envoyé annoncer la Bonne nouvelle aux pauvres, panser les cœurs meurtris,

annoncer aux captifs la libération et aux prisonniers l’éblouissement,

2. proclamer une année de grâce de la part du Seigneur,

et un jour de vengeance pour notre Dieu,

pour consoler tous les affligés,

3. pour leur donner un diadème au lieu de la cendre,

de l’huile de joie au lieu d’un vêtement de deuil,

un manteau de fête au lieu d’un esprit abattu.

On les appellera térébinthes de justice, plantation du Seigneur,

destinés à manifester sa splendeur.

4.    Ils rebâtiront les ruines antiques, ils relèveront les restes désolés d’autrefois.

Ils restaureront les villes en ruines, les restes désolés des générations passées.

 

5.    Des étrangers se présenteront pour paître vos troupeaux,

des immigrants seront vos laboureurs et vos vignerons.

6.    Mais vous, vous serez appelés prêtres du Seigneur,

on vous nommera ministres de notre Dieu.

Vous vous nourrirez des richesses des nations,

vous leur succéderez dans leur gloire.

7. Au lieu de votre honte, vous aurez double part.

    au lieu de l’humiliation, les cris de joie seront votre apanage.

    Vous recevrez double héritage dans votre pays, et vous aurez une joie éternelle.

8.    Car moi, le Seigneur, qui aime le droit, qui hait le vol et l’injustice,

je donnerai fidèlement votre récompense,

et je conclurai avec vous une alliance éternelle.

9.    Votre descendance sera célèbre parmi les nations,

et vos rejetons au milieu des peuples.

Tous ceux qui les verront les reconnaîtront comme une race bénie du Seigneur.

 

1.Contexte

O      Texte qui se situe dans le Troisième Isaïe (56-66). Il a été probablement écrit après les premiers retours des exilés de Babylone, entre 537 et 520.

O      Lien très fort entre les ch. 60 et 61 (17 termes s’y retrouvent) ainsi qu’avec le ch. 62. Les chapitres 60-62 célèbrent la splendeur de la Jérusalem renouvelée :  Le chapitre 61 commence par :  « Debout resplendis ! car voici ta lumière, et sur toi se lève la gloire du Seigneur ! »

O      Israël a retrouvé son pays, des ruines, quelques restes du temple, entre autres son autel, et attend sa restauration. Jérusalem attend encore une population plus grande, et une meilleure tranquillité. Ce n’est pas encore l’allégresse et la prospérité du retour de l’exil telle qu’elle était attendue. On retrouve des ruines, et la pauvreté règne encore. Ces ch. 60-62 sont des paroles d’encouragement annonçant la Jérusalem renouvelée.

O      Notre texte montre le prophète – messie qui présente sa mission de consoler les cœurs blessés et de libérer les opprimés.

2. Structure

O      On peut repérer dans le texte 2 parties : moi, eux et vous

- V. 1-4 : La vocation du prophète qui présente sa mission

- V. 5-9 : La promesse de restauration de Jérusalem

3. Thèmes

1.    L’Esprit du Seigneur Dieu repose sur moi : 

O      L'Esprit du Seigneur est présent à travers toute l'histoire biblique, dès le 2° verset de la Genèse où il est dit que l'Esprit du Seigneur planait sur les eaux. C'est cet Esprit qui inspire les prophètes, éclaire les juges et les rois.

O      C'est la deuxième fois dans un texte biblique qu'il est dit que l'Esprit du Seigneur repose (nâchâ) de façon permanente sur un roi; il ne s'agit pas d'une simple impulsion ponctuelle, mais d'une emprise qui imprègne tous ses actes. Dans le premier texte, en Is 11, 1, un texte aussi messianique, il était dit : « Sur lui reposera l’Esprit du Seigneur, esprit de sagesse et d’intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte du Seigneur. »

O      Dans le Deuxième chant du Serviteur, dans le Livre de la Consolation, il était dit : « Voici mon serviteur que je soutiens, mon élu qui a toute ma faveur. J’ai mis sur lui mon esprit .» (Is 42, 1) Le prophète est celui qui a reçu l’esprit et qui parle en son nom. Je reviendrai tout à l’heure sur notre vocation prophétique, en tant que chrétiens.

Parce qu’il m’a consacré par l’onction (« Il a fait de moi un messie » TOB)

O      Celui qui recevait l’onction était avant tout le roi (aussi le grand prêtre); on l’appelait l’Oint du Seigneur. Celui qui avait  reçu l’onction était appelé le Messie (messiah) en Hébreu, le Christ (christos) en Grec (les deux termes sont une traduction du mot).  Le Messie ou le Christ est celui qui a reçu l’onction.

O      Les rois ayant souvent mal tourné, corruption, polythéisme, vie décadente…, les prophètes se sont alors tournés vers le Roi futur, le Messie, le Christ, celui qui doit venir. L’attente du Messie, du Christ, a une place importante dans l’eschatologie (parole sur ce qui va venir en dernier, sur les derniers temps) juive.

O      Au temps de Jésus, les juifs attendaient celui qui devait venir, le Christ, celui qui allait sauver le peuple opprimé alors par les romains, celui qui allait les délivrer. Mais malheureusement, c’était une attente politique. Jésus sera réellement ce  Messie annoncé, mais il évitera toute orientation politique.

Annoncer la bonne nouvelle

O      Cette formule a été traduite dans la Bible grecque des Septante, par le verbe évangelizestai, qui a donné en français évangéliser. Evangéliser, c’est apporter la bonne nouvelle. L’Évangile, c’est la Bonne nouvelle.

O      C’est encore une parole de consolation, de réconfort, d’espérance, comme dans tout le 2ème Isaïe.

Les pauvres, les cœurs meurtris, les captifs, les prisonniers, les affligés

O      Les destinataires de cette bonne Nouvelle : Les pauvres, les cœurs meurtris, les captifs, les prisonniers, les affligés. Tous ceux qui éprouvent une détresse profonde. Ceux en qui on peut se reconnaître, en quelque détresse que ce soit.

O      On retrouve les pauvres (anawîm), les privilégiés de Dieu. Ceux qui suscitent la pitié de Dieu et provoquent son intervention. On peut parler d’une option préférentielle de Dieu pour les pauvres dans la Bible.

A quelles détresses de ma vie, à quelles pauvretés font écho ces paroles du prophète ? 

§  Peut-être : quels sont les cris que j’ai envie de pousser vers Dieu ? Exprimer ces cris, que ce soit de vive voix – par modelage – par écrit – à travers une tierce personne ou encore d’une autre manière …

Annoncer aux captifs la libération

q  Toujours en arrière fond la libération d’Égypte, l’Exode. Le sens littéral du terme hébreu est l’élargissement.  // « Elargis l’espace de ta tente ! » (Is 54, 2)

Quelles sont les parties de mon cœur, de ma vie à élargir, un peu recroquevillées ? Où est-ce que je me sens à l’étroit ? 

§  Je peux me poser la/les questions : Quels sont les lieux  intérieurs et extérieurs où je me sens comme à « l’étroit, où je manque de souffle », où je manque de perspective porteuse de sens ? Ne pas craindre de nommer ces lieux et de les dialoguer dans une écoute attentive aux résonances qu’ils provoquent en moi.

Aux prisonniers l’éblouissement

O      On traduit en général par la libération. Mais le sens littéral, c’est l’éblouissement ; il s’agit bien sûr de l’éblouissement consécutif à la libération. Cf. les prisons sans lumière ; lors de la sortie, les yeux étaient aveuglés.

O      Introduit une idée de lumière : la libération est en même temps illumination, retour à la lumière.

O      // Is 61, 19-20 : (passage juste avant) « Tu n’auras plus le soleil comme lumière le jour, la clarté de la lune ne t’illumineras plus : le Seigneur sera pour toi une lumière éternelle, et ton Dieu sera ta splendeur. Ton soleil ne se couchera plus, et ta lune ne disparaîtra plus, car le Seigneur sera pour toi une lumière éternelle. »

O      Le Seigneur est à la fois celui qui libère, et le Soleil qui illumine. Celui qui est appelé parfois le Soleil de justice : Mal 3, 20 "Pour vous qui craignez le Seigneur, le Soleil de justice brillera, avec la guérison dans ses rayons".

Quelle lumière ai-je besoin dans ma vie pour éclairer mon chemin, mon cœur ? 

2. Proclamer une année de grâce :

O      Selon la loi juive, au bout de 7ans, ou de 7 semaines d’années, soit 49 ans, avait lieu l’année du Jubilé, l’année sabbatique. C’était entre autres l’année de l’affranchissement des esclaves. Il est intéressant de noter que cette période de 49 ans correspond au temps de l’exil à Babylone. Au retour de l’Exil, le Seigneur annonce une année de Jubilé, une année de Grâce.

O      Un passage du livre du Deutéronome souligne la fécondité de l’année sabbatique lorsqu’elle est authentiquement vécue : « Il n’y aura pas de pauvre chez toi car Yahvé t’accordera sa bénédiction dans le pays que Yahvé ton Dieu te donne en héritage pour le posséder, à condition que tu écoutes vraiment la voix de Yahvé ton Dieu, en gardant et pratiquant tous ces commandements que je te donne aujourd’hui.» (Dt 15, 4) Ces paroles sont prononcées pour le cadre de l’année du Jubilé.

Jésus est celui qui a fait la meilleure exégèse de ce passage de l’Écriture :

O      Dans l’Évangile de Luc, Jésus commence son ministère en lisant ce passage du livre d’Isaïe, et en se l’appropriant : Lc 4, 16-19 :  « L’Esprit du Seigneur est sur moi, parce qu’il m’a consacré par l’onction, pour porter la bonne nouvelle aux pauvres, il m’a envoyé annoncer aux captifs la délivrance et aux aveugles le retour à la vue, renvoyer en liberté les opprimés, proclamer une année de grâce du Seigneur. »  Jésus commence son ministère sous le signe de la libération.

O      Puis il leur dit : « Aujourd’hui s’accomplit à vos oreilles ce passage de l’Écriture. » (Lc 4, 21) A la suite de ce passage, Jésus opère de multiples guérisons, pour montrer que cette parole s’accomplit réellement. Il se présente comme celui qui accomplit cette parole du prophète Isaïe, donc comme le Messie annoncé.

Un jour de vengeance  pour notre Dieu

O      Problème des anthropomorphismes (attribution à Dieu d’attitude ou d’actions humaines) : le bras de Dieu, la main de Dieu, la colère, la vengeance de Dieu ; Dieu est au-delà de toutes les attitudes humaines : il est le Tout autre.

O      Si l’on regarde la vie de Jésus, son enseignement, ses guérisons, son accueil des pécheurs, on voit alors ce qu’est la vengeance de Dieu : Dieu se venge en faisant triompher le bien, l’amour, la justice, la paix. C’est sa revanche sur le mal. Il ne détruit pas le mal en détruisant ceux qui commettent le mal, mais en faisant triompher le bien sur le mal. Il est vrai que cela prend plus de temps, que c’est moins simple, mais c’est la manière de Dieu.

O      Le texte d’Isaïe va d’ailleurs dans le même sens : La vengeance de Dieu, c’est de consoler tous les affligés, leur donner un diadème au lieu de la cendre.

O      // Is 35, 4 : « C’est la vengeance qui vient, la rétribution divine. C’est lui qui vient vous sauver. Alors se dessilleront les yeux des aveugles, et les oreilles des sourds s’ouvriront… »

O      Ce thème signifie pour nous que nous devons vaincre le mal, non pas par le mal, mais par le bien.  Nous venger du mal en faisant le bien. C’est ce que dit St Paul dans la lettre aux Romains : « Bénissez ceux qui vous persécutent ; bénissez, ne maudissez pas. (…) Sans rendre à personne le mal pour le mal, ayant à cœur ce qui est bien devant tous les hommes, en paix avec tous si possible, autant qu’il dépend de vous, sans vous faire justice à vous-mêmes. (…) Ne te laisse pas vaincre par le mal, sois vainqueur du mal par le bien. » Rm 12, 14-21)

O      J. Philippe : « C’est une vérité absolument fondamentale : Dieu est capable de tirer profit de tout, du bien comme du mal, du positif comme du négatif. C’est en cela qu’il est Dieu, et qu’il est le "Père tout-puissant" que nous confessons dans le Credo. » Nous sommes appelés de même à tirer profit de tout, du bien comme du mal.

De quelle situation négative de ma vie est-ce que je pourrai tirer un bien ? Lequel ?  Comment ? 

Consoler tous les affligés

O      On retrouve le thème de la consolation, que l’on avait au ch. 43. Il est explicité ici par diadème : renvoie à l’image des noces. On retrouve le diadème juste dans le passage qui suit : v. 10 : « J’exulte d’allégresse dans le Seigneur, mon âme jubile en mon Dieu, car il m’a revêtu des vêtements du salut… comme l’époux qui se coiffe d’un diadème, et la fiancée qui se pare de ses bijoux. »  Et plus encore, il y a le manteau de fête.

L’huile de joie 

O      Il s’agit en fait des huiles parfumées, qui étaient une manifestation d’allégresse.

Plantation du Seigneur 

O      // cantique de Moïse, juste après le passage de la Mer Rouge, après la sortie d’Égypte : « Tu les amèneras et les planteras sur la montagne de ton héritage » (Ex 15, 17). Israël est fréquemment comparé à une plantation de Dieu, surtout à la vigne. (Cf. Is 5, le Chant de la vigne)

La promesse de la joie est encore reprise au v. 7, de manière renforcée

- double part au lieu de la honte

- double héritage (au lieu de la double punition du ch. 43)

- les cris de joie au lieu de l’humiliation

- joie éternelle : l’expression la plus forte // 51, 11 : « Les libérés du Seigneur reviendront, ils entreront à Sion avec des cris de joie, une joie éternelle sera sur leur tête, l’allégresse et la joie les accompagneront. » Cette explosion de joie sera reprise dans les v. 10 et suivants…

O      La joie est une des principales caractéristiques du chrétien. Elle est un fruit de l’Esprit. Ga 5, 22 : « Le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi. » Elle est aussi une caractéristique du Royaume de Dieu.  Rm 14, 17 :   Le règne de Dieu n’est pas affaire de nourriture ou de boisson, il est justice, paix et joie dans l’Esprit Saint. »

O      Cette joie ne fait pas l’impasse sur l’épreuve et la souffrance. Jésus disait juste avant sa passion : « En vérité, en vérité je vous le dis, vous pleurerez et vous lamenterez, et le monde se réjouira ; vous serez tristes, mais votre tristesse se changera en joie. La femme, sur le point d’accoucher, s’attriste parce que son heure est venue ; mais lorsqu’elle a donné le jour à l’enfant, elle ne se souvient plus des douleurs, dans la joie qu’un homme soit venu au monde. Vous aussi maintenant vous voilà tristes, mais je vous verrai de nouveau et votre cœur sera  dans la joie, et votre joie nul ne vous l’enlèvera. » (Jn 16, 20-22) Dans notre vie, il y a presque toujours le temps du passage par la passion, mais il devrait y avoir  aussi le temps de la résurrection ; c’est du moins ce que le Seigneur veut faire pour nous.

Rebâtiront - restaureront 

O      VTB 314 : « Les thèmes de la construction, du bâtiment qu’on édifie tiennent une grande place dans la Bible, livre d’un peuple qui se construit et bâtit ses maisons, ses cités, son Temple. Bâtir est un désir naturel de l’homme, Dieu en fera l’un des axes de son dessein de salut. »

O      Il y a un passage du livre d’Ezéchiel  qui exprime bien ce thème de la restauration des ruines :  « Ainsi parle le Seigneur  Yahvé :  au jour où je vous purifierai de toutes vos fautes, je ferai que les villes soient habitées et les ruines rebâties ; la terre dévastée sera cultivée, après avoir été dévastée au yeux de tous les passants. Et l’on dira :  Cette terre naguère dévastée, est comme un jardin d’Eden, et les villes en ruines, dévastées et démolies, on en fait des forteresses habitées. Et les nations qui survivront autour de vous sauront que c’est moi, Yahvé qui ai rebâti ce qui était démoli, et qui ai replanté ce qui était dévasté. Moi, Yahvé, j’ai dit et je fais. » (Ez 36, 33-36)

O      Selon le Psaume 118, « la pierre qu’ont rejeté les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle. » Ce qui était rejeté, sans valeur, devient la pièce maîtresse de la construction. Cette parole du Psaume a été appliquée au Christ ressuscité. Et de par la grâce de sa résurrection, toutes les pierres rejetées peuvent devenir des pierres d’angle.

Quelles sont dans ma vie ces ruines, ces terres dévastées, que le Seigneur veut restaurer, rebâtir.

Prêtres du Seigneur

O      De par le baptême nous sommes prêtres, prophètes et roi. Nous sommes donc investis, d’une part, de la mission du prophète tel qu’il se présente en Isaïe 61 :  Nous sommes appelés à apporter la Bonne nouvelle aux pauvres…

O      Nous sommes prêtres, prophètes et rois, ainsi que le dit la 1ère lettre de St Pierre :  « Vous, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis… » (1 Pi 2, 9) Notez que l’on trouve ici la race élue // race bénie dans le v. 9 du texte d’Isaïe. On retrouve ici la notion d’élection divine que j’ai déjà développé dans un précédent exposé.

O      De par le baptême, nous sommes prophètes, nous avons une mission de témoignage. Témoins de l’Évangile du Christ. Témoins de l’amour de Dieu. Témoins de la vie plus forte que la mort. Témoins de la force de vie de la résurrection du Christ qui doit se répandre dans le monde.

O      Mt 5, 13-16 : « Vous êtes le sel de la terre. Mais si le sel vient à s’affadir, avec quoi le salera-t-on ? Il n’est plus bon à rien sinon à être jeté dehors et piétiné par les gens.

O      Vous êtes la lumière du monde. Une ville au sommet d’un mont ne peut se cacher. Et l’on n’allume pas une lampe pour la mettre sous le boisseau, mais bien sur le lampadaire, où elle brille pour tous ceux qui sont dans la maison. Ainsi votre lumière doit-elle briller devant les hommes afin qu’ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux. »

O      Jean-Paul II faisait le lien entre notre vocation de prophète et le témoignage de la charité:  « Devenez une épiphanie crédible de l’amour et de la tendresse de Dieu face aux attentes des pauvres et aux personnes qui vivent en marge de la société. Le témoignage de la charité est la grande prophétie des temps présents. » (Discours à des missionnaires, le 29 janvier 2000)

Dans un autre discours, Jean-Paul II disait encore à des consacrés (mais cela vaut aussi pour tous les chrétiens engagés) : « Notre monde, dans lequel les traces de Dieu semblent souvent perdues de vue, éprouve l’urgent besoin d’un témoignage prophétique fort de la part des personnes consacrées. Ce témoignage portera d’abord sur l’affirmation du primat de Dieu et des biens à venir. (…) La vie fraternelle elle-même est une prophétie en acte dans une société qui, parfois à son insu, aspire profondément à une fraternité sans frontières. La fidélité à leur charisme amène les personnes consacrées à offrir partout leur témoignage avec la franchise du prophète qui ne craint pas d’aller jusqu’à risquer sa vie. La cohérence entre l’annonce et la vie confère une force de persuasion particulière à la prophétie. »

A quel témoignage prophétique est-ce que je me sens appelé ?  A quoi est-ce que je me sens appelé de changer dans ma vie, dans mon cadre de vie, pour être fidèle à ce témoignage prophétique ? 

§  Être co-créateur de Dieu conduit nécessairement au discernement des esprits et au combat spirituel, pour chercher au plus profond de nous la ressource afin de poser des actes  prophétiques, responsables, qui sont en cohérence avec notre foi, notre parole et notre agir.

O      De par le baptême, nous sommes aussi prêtres. Le sacerdoce auquel nous sommes appelés est un sacerdoce spirituel. Celui-ci est bien exprimé dans la lettre de Paul aux Romains :  « Je vous exhorte donc, frères, par la miséricorde de Dieu, à offrir vos personnes en hostie vivante, sainte, agréable à Dieu ; c’est le culte spirituel que vous avez à rendre. » (Rm 12, 1) Mère Thérèse Couderc disait que nous devons être comme des « victimes offertes en sacrifice pour la gloire et le salut des âmes. » Ce sacerdoce spirituel, c’est transformer dans notre vie ce qui est subi (ce que nous ne pouvons pas changer, déterminismes, épreuves, maladies…) en offrande. Passer du subi à l’offrande. Cf. la parole du Christ : « Ma vie, nul ne la prend, mais c’est moi qui la donne. »

O      J. Philippe : « Par le consentement libre, la vie prise devient une vie donnée. (…) Notre liberté a toujours ce merveilleux pouvoir : faire de ce qui nous est pris (par la vie, les événements, les autres…) quelque chose qui est offert. (…) Par notre liberté, il n’est aucun événement de notre vie, quel qu’il soit, qui ne puisse recevoir une signification positive, être l’expression d’un amour, devenir abandon, confiance, espérance, offrande… Les actes les plus importants, les plus féconds de notre liberté ne sont pas tant ceux par lesquels nous transformons le monde extérieur que ceux par lesquels  nous modifions notre propre attitude intérieure, pour donner un sens positif à quelque chose, en nous appuyant en ultime instance sur la ressource de la foi, selon laquelle nous savons que de tout sans exception Dieu peut tirer un bien. » (La liberté, p. 57-58)

En quel domaine de ma vie est-ce que je me sens appelé à passer du subi à l’offrande ? Qu’ai-je dans ma vie à offrir ? Quelle passation suis-je appelé à réaliser ? 

Fidèlement - Alliance éternelle

O      En de nombreux passages de l’AT, il est dit du Seigneur qu’il est le Dieu fidèle : « Tu sauras donc que Yahvé ton Dieu est le vrai Dieu qui garde son alliance et son amour pour mille générations à ceux qui l’aiment et gardent ses comman­dements. » (Dt 7, 9) Cette fidélité est soulignée dans le v. 8 avec le thème de l’alliance déjà présent dans le texte d’Isaïe 49, une alliance éternelle, indéfectible.

O      Etant donné que les Israélites ont été constamment infidèles à l’alliance, dans le prophète Jérémie, on trouve la promesse d’une alliance nouvelle gravée dans le cœur de l’homme : « Voici venir des jours – oracle de Yahvé – où je conclurai avec la maison d’Israël une alliance nouvelle. Non pas comme l’alliance que j’ai  conclue avec leurs pères, le jour où je les ai pris par la main pour les faire sortir du pays d’Egypte – mon alliance qu’eux-mêmes ont rompue bien que je fusse leur Maître, oracle de Yahvé ! Mais voici l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël après ces jours-là, oracle de Yahvé. Je mettrai ma loi au fond de leur être, je l’écrirai sur leur cœur. Alors je serai leur Dieu et ils seront mon peuple. »

O      Par le don de l’Esprit Saint à Pentecôte, Dieu grave sa loi et inscrit son alliance dans le cœur de tous les baptisés. Cet Esprit permet au chrétien d’être fidèle à l’alliance de Dieu.

O      L’Alliance  C’est le lieu du mémorial de notre appel personnel L’Alliance, c’est le chemin par lequel Dieu s’invite à chaque instant dans notre histoire. Le contenu de l’Alliance se déploie par un certain nombre de traits. Elle est proposée par Dieu, mais il ne l’établit pas sans notre consentement. L’alliance est un lien qui signifie que désormais le sort de l’un est associé au sort de l’autre.

Que signifie pour moi la notion d’alliance. Ai-je bien conscience que Dieu fait alliance avec moi ?  Est-ce que je me sens appelé à renouveler cette alliance que Dieu a conclue avec moi ? 

§  Que signifie pour moi aujourd’hui la notion d’alliance ? où se trouve aujourd'hui ce lieu intérieure, ces lieux où se croisent toutes mes craintes, mes peurs, mes angoisses, mes solitudes et mes espérances… et comment  je peux y trouver le noyau vital de l’Alliance où Dieu se dit à travers son engagement pour moi ? je peux revisiter cette alliance, mon lien particulier avec le Christ au plus concret de mon être et de mon agir.

§  Je peux aussi faire mémoire de mes ruptures d’alliance avec lui et comment son pardon, chaque fois a élargi l’espace de ma liberté intérieur dans un mouvement de re-création

§  Comment je prends le temps au cours d’une journée, d’une semaine, d’un mois… d’habiter consciemment cette alliance, d’être attentif au mouvement de la vie qui m’habite, à y discerner les appels à la Vie ? De renoncer aux chemins de mort ?

 

                                                                                                                              Michel Maret, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges