Mi 4,8 - 5,4 : Bethléem Ephrata

 

0. structure

 

Et toi, Tour du Troupeau, Ophel de la fille de Sion,

à toi va revenir la souveraineté des origines, la royauté de la fille de Jérusalem.

 

Maintenant, pourquoi pousses-tu des cris ?

N'y a-t-il pas un roi chez toi ?

Tes conseillers sont-ils perdus, que la douleur t'ait saisie comme la femme qui enfante ?

Tords-toi de douleur et crie, fille de Sion, comme la femme qui enfante,

car tu vas maintenant sortir de la cité et demeurer en rase campagne.

Tu iras à Babylone, c'est là que tu seras délivrée;

c'est là que le Seigneur te rachètera de la main de tes ennemis.

Maintenant, des nations nombreuses se sont assemblées contre toi.

Elles disent: "Qu'on la profane et que nos yeux se repaissent de la ruine de Sion !"

C'est qu'elles ne connaissent pas les plans du Seigneur,

et qu'elles n'ont pas compris ses desseins:

il les a rassemblés comme les gerbes sur l'aire.

Debout, foule le grain, fille de Sion !

car je rendrai tes cornes de fer, de bronze tes sabots,

et tu broieras des peuples nombreux.

Tu voueras leur butin et leurs richesses au Seigneur de toute la terre.

Maintenant, fortifie-toi fille de la bande !

Ils ont dressé un retranchement contre nous;

à coups de verge ils frappent à la joue le juge d'Israël.

 

 

Et toi, Bethléem Ephrata, le plus petit des clans de Juda,

c'est de toi que me naîtra celui qui doit gouverner Israël.

Ses origines remontent aux temps d'éternité, aux jours antiques.

C'est pourquoi il les abandonnera

jusqu'au temps où aura enfanté celle qui doit enfanter.

Alors le reste de ses frères rejoindra les fils d'Israël.

Ils se dressera, il fera paître son troupeau

par la puissance du Seigneur, par la majesté du nom de son Dieu.

Ils s'établiront, car alors il sera grand jusqu'aux extrémités de la terre.

C'est lui qui sera la Paix.

 

1. Contexte

Si Michée a vécu au temps du prophète Isaïe, c'est-à-dire vers 700 avant Jésus-Christ, cet oracle date probablement de la déportation à Babylone, (ou contient des ajouts ultérieurs datant de l'exil). Il aurait été inséré dans le livre de Michée au VI° siècle.

Considérons donc que le contexte de cette prophétie est celui du Siège de Jérusalem (18 mois)  par Nabucodonosor et de la déportation à Babylone.  (cf. 2 R 25, 1-11; 2 Ch 36, 17-21; Ps 136; E. Leclerc, Le peuple de Dieu dans la nuit).

2. Structure du texte

Commentaire feuille:

- 2 parties qui encadrent, introduites par Et Toi, tournées vers l'avenir, qui annoncent  un souverain, un salut messianique. // Et toi- et toi; à toi - de toi; la souveraineté - celui qui doit gouverner; origines - origines

- une partie centrale avec trois sous-sections commençant par maintenant, décrivant l'oppression, la détresse présente, mais en laissant entrevoir une signification positive et un salut pour l'avenir.

On voit donc qu'il s'agit d'un oracle de salut qui regarde la situation douloureuse présente dans une perspective d'espérance et de promesse.

3. Lecture

Première partie

V. 4, 8 En une période d'Exil à Babylone, loin du pays, loin du temple et des institutions religieuses, sans roi ni juge, l'oracle annonce la venue d'un souverain, qui restaurera la royauté des origines. L'oracle annonce un avenir nouveau, un avenir glorieux par un certain retour aux origines.

Tour du Troupeau, (Migdal-Eder) est un ancien nom de lieu près de Bethléem Ephrata; au sens propre, c'est le lieu où le pasteur passe la nuit, et où le troupeau est à l'abri. La formule désigne ici Jérusalem comme un bercail, une bergerie, protégé par une Tour; il s'agit d'une image de sécurité, d'abri.

Ophel désigne le quartier de la résidence royale. Cette Tour pour garder le troupeau est la résidence royale.

Fille de Sion: la symbolique de la Fille pour désigner la ville est une symbolique maternelle: la ville enfante une population.

Partie centrale

Avec le v. 9, un revient au maintenant de l'humiliation, de la souffrance.

    Le premier maintenant fait allusion à Babylone, le lieu de l'Exil (absence de roi, de conseiller). Les habitants vont devoir "sortir de la cité et demeurer en rase campagne." La souffrance de cet Exil est présenté comme les douleurs de la femme qui enfante: il s'agit d'une souffrance pour une naissance, pour la vie. Babylone sera le lieu de la délivrance, du rachat.

Jésus lui-même, peu avant sa passion, utilisera l'image de la femme qui enfante: "Vous serez tristes, mais cette tristesse se changera en joie. La femme sur le point d'accoucher s'attriste parce que son heure est venue; mais lorsqu'elle a donné le jour à l'enfant, elle ne se souvient plus des douleurs dans la joie qu'un homme soit venu au monde" (Jn 15, 20-21).

Dans la Bible, les épreuves prévues pour la fin des temps sont souvent comparées aux douleurs de l'enfantement (cf. TOB note w).

"Tu iras à Babylone, c'est là que tu sera délivrée": pas seulement le siège de 18 mois de Jésuralem, mais encore la déportation à Babylone; il faut un plus dans l'épreuve pour que la délivrance vienne. C'est là: il faut aller jusque là dans l'épreuve...

    Le deuxième maintenant fait allusion au siège de Jérusalem (18 mois) et à la ruine de la ville qui a précédé la déportation (ruine qui donne aux ennemis de se réjouir). L'oracle dit que les ennemis ne comprennent pas les plans, les desseins de Dieu: par ce rassemblement des nations autour de Jérusalem, Dieu est en train de les rassembler sur une aire, comme le grain, où elles vont être foulées.

Le prophète présente ici un événement à double visage: négatif aux yeux des humains (rassemblement pour détruire Jérusalem), mais qui a une visée dans le plan de Dieu, une visée de salut, de libération (rassemblement où ces nations vont être broyées). Dieu utilise en fait toute chose, aussi négative soit-elle, pour en tirer du bien. Certes, Dieu ne provoque pas le mal, mais il utilise les souffrances provoquées par la méchanceté des hommes pour en tirer un bien. En tant que chrétien, "il n'est aucun événement en ce monde que nous ne puissions lire à la lumière de la résurrection du Christ, et qui ne puisse être transfiguré par celle-ci" (cf. Vatican II).

Le prophète utilise ici l'image du battage du blé lors de la moisson. Jésus a aussi présenté le jugement final sous l'image de la récolte et de la moisson, ainsi que du battage du blé.

Les deux images, douleur de l'enfantement, douleur de la moisson, expriment une souffrance en vue d'une vie.

    Le troisième maintenant fait encore référence à l'humiliation présente par l'image du juge frappé sur la joue à coups de verge.  Le juge, qui a pouvoir pour faire régner la justice, est ici lui-même bafoué; c'est le comble de l'humiliation. (// Is 50, 4 ss: Premier chant du serviteur souffrant; Is 53: Deuxième chant du serviteur souffrant)

Troisième partie

Dans la troisième partie, on repasse à l'annonce d'un salut messianique, dans la perspective d'une naissance à venir (naîtra, jusqu'au temps où enfantera celle qui doit enfanter). Comme dans Is 9 (un enfant nous est né, un fils nous a été donné) la naissance d'un souverain est annoncée.

V. 1. Bethléem en Ephrata évoque l'origine de David: Jessé, son père venait d'Ephrata (= avant la royauté).

Bethléem signifie la maison du pain;   Ephrata signifie La féconde.

Bethléem était effectivement toute petite, la plus petite parmi les familles (clans) de Juda. C'est précisément cette famille qui doit produire le souverain. C'était déjà le cas lorsque Samuel est venu oindre David comme roi: c'était le plus petit des frères. On peut d'ailleurs vraiment découvrir dans le message biblique une option préférentielle de Dieu pour les petits, les pauvres, les opprimés, les malades: Dt 6, 7: "Si le Seigneur s'est attaché à vous et vous a choisis, ce n'est pas que vous soyez le plus nombreux de tous les peuples; car vous êtes le moins nombreux d'entre tous les peuples". Comme le dit St Paul "ce qu'il y a de fou dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre les sages, ce qu'il y a de faible, voilà ce que Dieu a choisi pour confondre ce qui est fort; ce qui dans le monde est sans naissance et que l'on méprise, ce qui n'est pas, voilà ce que Dieu a choisi pour réduire à rien ce qui est". (1 Co 1, 27-28).

Comme pour Is 11 (Le rejeton de la souche de Jessé), c'est un oracle qui fait correspondre l'avenir à l'origine. Mais l'oracle va encore plus loin: il dit que l'origine de ce Messie remonte aux temps d'éternité, aux jours antiques. ôlâm, qui est traduit ici par éternité, signifie le temps que l'on ne peut embrasser du regard, trop long pour la mémoire humaine, trop long pour que l'homme l'organise. Même si éternité est un peu excessif, il s'agit bien d'un temps à mesure divine. Cela signifie que se souverain a été préparé par Dieu depuis longtemps avant que l'homme puisse y penser.

Il faut noter que le prophète évite soigneusement d'utiliser le terme roi pour désigner ce Messie, pour bien signifier qu'il s'agit de quelque chose de nouveau par rapport à la royauté qui avait existé en Israël.

    La tradition aussi bien juive que chrétienne a toujours vu dans cet oracle une prophétie messianique annonçant l'avènement d'un personnage à venir, et qui sera pasteur d'Israël. Né à Bethléem et d'origine davidique, il fera figure de nouveau David (cf. TOB note g).

l'Evangile de Mt affirme très clairement que Jésus accomplit cette prophétie de Michée: Lorsque les mages arrivent à Jérusalem et demandent où est le roi des juifs qui vient de naître, les chefs des prêtre et scribes répondent : "A Bethléem de Judée; il est en effet écrit par le prophète: "Et toi Bethléem, terre de Juda, tu n'es nullement le moindre des clans de Juda; car de toi sortira un chef qui sera pasteur de mon peuple Israël." (Mt 2, 5-6).

V. 2. Le temps où enfantera celle qui doit enfanter mettra un terme à cette période où le peuple est livré, abandonné aux mains des nations.  Alors, le reste du peuple pourra revenir de Babylone et rentrer en Israël. La formule du v. 2. fait probablement référence à l'oracle de l'Emmanuel d'Is 7, 14: "Voici que la jeune femme est enceinte, elle va enfanter un fils et elle lui donnera le nom d'Emmanuel".

Le thème du "reste" est un thème biblique important. Les guerres et leurs massacres posaient toujours la question de la survie du petit peuple d'Israël. Les prophètes annoncent qu'un reste subsistera, permettant que se continue la promesse faite à Abraham d'une nombreuse descendance.

Avec Michée, le reste est déjà  un terme technique désignant le petit peuple des temps messianiques, purifié par l'exil. Le petit reste est à l'origine d'un peuple nouveau et fidèle au Seigneur. Ce thème du reste sera développé aux v. 6-7 : "Alors le reste de Jacob sera, au milieu des peuples nombreux, comme une rosée venant du Seigneur, comme des gouttes de pluie sur l'herbe, qui n'espère point en l'homme, qui n'attend rien des humains".

    Les v. 3-4 décrivent ce souverain: ce sera un pasteur. Le texte donne une image de stabilité, de force, de puissance, de grandeur. Le rôle d'un pasteur est de rassembler et de protéger. Ce pasteur remplira cette tâche par la puissance même du Seigneur.

Ce pasteur permettra au peuple de s'établir de façon stable, et non pas d'être toujours déplacé par les guerres ou les déportations.

Car il sera grand jusqu'aux extrémités de la terre nous ouvre une perspective d'universalité.

V. 4. Ce pasteur est appelé la Paix, qui est ici comme un nom propre. Et c'est la première fois que quelqu'un est appelé comme celui qui est la Paix. Je le redis encore une fois, la paix est une des principales caractéristiques des temps messianiques.

4. Conclusions

    C'est un oracle qui va de maintenant (humiliation, souffrance de l'Exil)

                                           à l'avenir (délivrance, triomphe)

Le passage du présent à l'avenir est présenté par des images qui montrent une douleur au service d'une nouvelle vie: les douleurs de l'enfantement, le battage du blé lors de la moisson. Il s'agit donc d'un salut à travers l'épreuve, la souffrance.

    Cette délivrance arrivera par la naissance d'un Messie venant de Bethléem, de la famille de David, et ce Messie sera pasteur de son peuple, du petit reste d'Israël.

Ce règne, qui remonte aux temps d'éternité, engage un tournant dans l'histoire: le temps de David est maintenant terminé pour faire place à une souveraineté universelle. Ce pasteur sera la Paix.

    Cet oracle présente le thème du salut d'un petit peuple, un petit reste, contre les grandes puissances environnantes (puissance babylonienne, l'Assyrie évoquée aux v. 4-5). Il veut aussi signifier que Dieu agit par les petits: c'est du plus petit des clans de Juda que vient ce sauveur, comme c'était déjà le cas pour David.

                                                    

                                                                        Michel Maret, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges