La confirmation du choix :  on reconnaît l'arbre à ses fruits

 

1. Livre de la Genèse : une mission de fructifier

Ø Selon le livre de la Genèse, Dieu, lors de la création, a inscrit en tout être une mission de porter du fruit. Gn 1, 11 : « Dieu dit : que la terre verdisse de verdure, des herbes portant leur semence et des arbres fruitiers donnant sur la terre selon leur espèce des fruits contenant leur semence. » Les animaux et l’être humain reçoivent de Dieu le commandement : Gn 1, 22.28 : « Fructifiez et multipliez-vous ! »

Ø Dans la parabole des talents de l’Évangile, le maître demande aux serviteurs de faire fructifier leurs talents : Lc 19, 13 : « Faites fructifier jusqu’à ce que je revienne. »

2. On reconnaît l’Arbre à ses fruits

Ø Chaque année, après la période du printemps, un long été, vient le temps de l'automne. L’automne est à la fois la fin d’un cycle et le début d’un nouveau cycle. Les plantes ont porté leurs fruits et vont entrer en repos durant l’hiver. Mais les fruits, qui portent en eux les semences, vont semer et germer pour former des nouvelles plantes.

Ø L’automne est le temps du mûrissement, de la maturation, le temps des fruits et des récoltes. C’est aussi un moment de vérité : les fruits témoignent de la santé et de la vigueur d’un arbre, témoignent de la qualité du travail qui a été opéré durant plusieurs mois.

Ø C’est par le fruit et sa qualité que l’on reconnaît la santé de l’arbre. Jésus disait à ses disciples : Mt 7, 17‑20 : « Tout arbre bon produit de bons fruits, tandis qu’un arbre en mauvaise santé porte de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut porter de mauvais fruits, ni un arbre mauvais porter de bons fruits. Tout arbre qui ne donne pas de bons fruits, on le coupe et on le jette au feu. »

Ø Dans l’agriculture, on peut vérifier la viabilité des graines. Déjà leur couleur indique leur degré de mûrissement : en général les graines deviennent noires lorsqu’elles sont mûres. Si elles ne sont pas mûres, elles ne germeront pas. On peut vérifier la viabilité des graines en les mettant dans l’eau : les bonnes vont au fond, celles qui restent  en surface sont défectueuses.

3. La Confirmation du choix, ou comment Dieu fait sienne ma décision

Ø De même que dans la nature, les fruits témoignent de la santé d’un arbre, dans le processus de discernement et le choix qui a été opéré, les fruits viennent confirmer ou infirmer ce choix.

Ø Après avoir parcouru les étapes successives d’un discernement qui aboutit à une prise de décision, je suis arrivé à ce moment particulier qui se situe à la charnière de la décision proprement dite et de sa mise en œuvre : c’est l’étape de la confirmation du choix. En effet, le choix qui a été réalisé n’est ni un absolu, ni irrévocable.

Ø A cette étape du parcours, St Ignace m’invite à faire un pas de plus pour me disposer à recevoir la confirmation de la décision :

N° 183 : « Cette élection ou ce choix étant fait, celui qui l’a fait doit, avec beaucoup d’empressement aller à la prière devant Dieu notre Seigneur et lui offrir cette élection, afin que sa divine majesté veille bien la recevoir et la confirmer, si tel est son plus grand service et sa plus grande louange. »

Il s’agit d’un moment de prière pour présenter et offrir à Dieu cette décision, et pour lui demander qu’il la confirme pleinement. Je demande que me soit donné confirmation, c'est à dire que me soit communiquée une assurance nouvelle, explicite, à la fois plus stable, moins sujette aux fluctuations internes, et plus certaine, moins soumise aux doutes et aux remises en question. Plus encore, je prie pour que me soit donnée l’assurance que la décision prise est bien en accord avec la « volonté de Dieu ». Que mon vouloir soit bien en accord avec le vouloir même de Dieu.

Ø « Qu’est-ce à dire ? Un autre me souffle-t-il ce qu’il faut faire ? Je commence plutôt à entrevoir que, finalement, ce n’est pas tellement moi qui ai eu à "découvrir" une volonté de Dieu plus ou moins préétablie, (…) et qu’il m’aurait fallu déchiffrer par la grâce d’une savante technique ou d’un pieux jeu de piste ! Cette vision s’estompe au profit de la conviction tranquille que c’est Dieu lui-même qui, dans le mystère de son amour créateur et rédempteur, veut me faire l’honneur de consacrer comme sienne ma propre volonté d’où procède cette décision concrète. (…) Moi, j’offre maintenant au Seigneur cette décision pour qu’elle me soit "rendue", assumée par Lui ; décision que je reçois maintenant par la médiation de la confirmation, tout entière de Lui, tout entière de moi» (Texte : La confirmation de l’élection)

4. Confirmation intérieure et confirmation extérieure

Ø La confirmation doit être à la fois intérieure et extérieure. Confirmation intérieure et confirmation extérieure sont essentielles pour valider le choix.

A.    Confirmation intérieure

Ø « Il peut ne rien se passer de particulier en moi. Mais l’absence de trouble, de malaise, le maintien dans une certaine tranquillité et harmonie intérieures, dans un climat de paix et de cohérence, sans être poussé à remettre en question la décision – et cela malgré les appréhensions que l’on peut connaître – sont déjà des signes du travail de l’Esprit qui me confirme. Ou bien, je peux ressentir de manière plus explicite un sentiment de courage, de force, d’élan pour avancer ; (…) liberté intérieure, plus de détermination à agir, toutes choses qui s’apparentent à l’énergie spirituelle, fruit en moi de l’Esprit de vie. (…) Cette énergie qui pousse à l’action peut aussi s’accompagner d’une joie calme et durable. » (Texte : La confirmation de l’élection)

Ø « L’expérience de la confirmation est de l’ordre de la certitude. De la certitude intérieure qui, précisément, ne repose pas forcément sur une "garantie" extérieure. » (Texte : La confirmation de l’élection)

Ø « La confirmation d’une décision s’accompagne normalement d’une augmentation de foi, d’amour, d’abnégation, d’une plus grande assurance dans le Seigneur, d’une pacification au secret de moi-même : ce sont là les vrais signes d’une décision selon Dieu. » (Texte : La confirmation de l’élection)

Ø C’est l’expérience des fruits de l’Esprit décrite par St Paul : Ga 5, 22-23 : « Le fruit de l’Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi. »

Ø B. Bekelynck : « Une bonne décision, me semble-t-il, est celle qui s’inscrit dans la cohérence de mon histoire, qui lui donne du sens (un sens), et me laisse dans la paix malgré les peurs. » [1]

B.    Confirmation  extérieure

Ø Une certaine confirmation extérieure vient déjà de l’accompagnateur, qui peut approuver le choix opéré par l’accompagné.

Ø Une exigence de St Ignace : N° 170 : « Que les matières de l’élection soient bien en accord avec notre sainte Mère l’Église hiérarchique.  » C’est ce que l’on pourrait appeler la confirmation ecclésiale.

Ø Un exemple de confirmation  extérieure : St Ignace a multiplié les efforts pour que la vocation de la Compagnie de Jésus et ses Constitutions soient  confirmées par des bulles et des lettres du pape.

Ø Dans le cas d’une décision d’entrer au monastère, la confirmation extérieure peut consister dans la réponse du monastère lui-même : c’est l’Institut qui confirmera le choix en acceptant la personne.

5. la révision d’un choix

Ø Selon St Ignace, du moins pour celles qui n’ont pas un caractère irrévocable, « les décisions sont toujours sujettes à révision par un discernement renouvelé, si l’expérience en montre la nécessité. » [2]

Il se peut, après que le choix ait été pourtant confirmé, que celui-ci s’avère inadapté, soit « parce qu’on avait manqué de voir quelque évidence nécessaire ou qu’on se trouve dans une situation nouvelle. C'est pourquoi le processus de discernement ignatien est toujours dynamique, toujours ouvert à la toujours nouvelle parole de Dieu. » [3]

Ø Qu’en est-il du choix qui avait été opéré auparavant et qui avait pourtant été apparemment confirmé. Était-il donc erroné ? Non, ce choix était le plus ajusté à ce moment-là en fonction des éléments dont je disposais. « En ce sens, il est exact de dire qu’au niveau le plus profond on a trouvé et on fait "la volonté de Dieu" : la vie de l’amour dans le temps présent. S’il apparaît plus tard, à l’expérience, qu’on avait malencontreusement négligé quelque évidence nécessaire ou qu’elle faisait alors défaut, la nécessaire modification de la décision se fait aussi dans la paix et dans la confiance que de l’ "erreur" elle-même, le Père fera jaillir un bien, une création pascale de "vie nouvelle". » [4]

                                                                                                                                                             Michel Maret, Communauté du Cénacle au Pré-de-Sauges



[1] Vie Chrétienne, sept. 2004, N° 499, p. 26.

[2] John Carroll Futrell, Prière et décision, Supplément à Vie Chrétienne N° 147, p. 41.

[3] John Carroll Futrell, ibidem.

[4] John Carroll Futrell, ibidem.